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Lundi, le 12 juin 2017
Nice, le gâteau 100 fois bon et la Servante écarlate
En ce moment passe The Handmaid’s Tale, une série télévisée diffusée sur la plateforme de VOD Hulu. J’avais eu l’occasion de voir précédemment La Servante écarlate, le film de Volker Schlöndorff sorti en 1990, mais pas de lire le roman de la Canadienne Margaret Atwood dont le film et la série sont inspirés.
L’univers dystopique est plutôt bien rendu. Il faut dire que, dans la réalité, la montée sournoise du populisme dans le monde politique n’est malheureusement plus aussi invraisemblable qu’elle pouvait l’être dans la fiction, en témoigne le passage des présidents Obama à Trump aux États-Unis (cf. la critique de PILOTE, la chronique série).
Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de croiser Margaret Atwood. C’était à Nice, lors du colloque « La science-fiction dans l’histoire, l’histoire dans la science-fiction » co-organisé par l’ami Ugo Bellagamba, en 2005. Margaret Atwood était venue y parler de sa vie et des liens avec la science-fiction.
Lors de cette rencontre, j’étais venu y présenter un article que j’avais écrit avec le compère Jean-Jacques Girardot sur « le Steampunk : une machine littéraire à recycler le passé ». Nous avions conclu notre propos ainsi :
Notre article débutait par une liste, se voulant impressionnante, d’ingrédients, dont la seule accumulation laissait présager du pire. Mais le steampunk n’est pas le Gâteau cent fois bon (Jindra Capek, Le Gâteau cent fois bon, Flammarion, Paris, 1986), il se bonifie avec chaque nouveau condiment, mais aussi avec chaque nouvelle façon de l’accommoder, et se décline aujourd’hui en plus d’un parfum (...).
Le Gâteau 100 fois bon
La référence au Gâteau cent fois bon, un livre pour enfants dont la trame se résume à l’idée que si l’on réalise un gâteau pour des amis, il sera 100 fois meilleur si l’on mélange 100 bons ingrédients, avait échappé à la plupart des auteurs et universitaires présents à ce colloque, dont Margaret Atwood. Je me rappelle ainsi qu’au moment du dîner de gala, j’avais dû raconter à l’assemblée cette histoire, et que cela avait fini par un véritable sketch quand mes paroles étaient simultanément traduites en anglais par Daniel Tron pour l’autrice canadienne.
Voilà pourquoi, dans mon esprit tordu, quand je regarde un épisode de The Handmaid’s Tale, même au moment d’une scène particulièrement dramatique, je ne peux m’empêcher de repenser au rire de Margaret Atwood lorsque j’avais donné la recette de ce gâteau concocté par des animaux. En effet, les pâtissiers amateurs de l’histoire, imaginant qu’en mélangeant ce que chacun préférait (l’os du chien, le ver de terre de la poule, l’herbe tendre de la vache, la carotte du lapin...), ils auraient dû obtenir un gâteau merveilleux... Bien entendu, le résultat culinaire avait déçu leurs attentes car leur mixture s’était avérée immangeable.
La morale de cette histoire ? Je ne sais pas. Tout dépend si on l’applique aux domaines de l’humour, de la cuisine, ou à la politique...


Mercredi, le 28 décembre 2016
Car... de 2016 à 1983, 1984
En tapant les premières lettres de « Carrie Fisher », le moteur de recherche m’a proposé « Careless Whisper » de George Michael...
Macabre clin d’œil du destin.
La princesse Leia vient de rejoindre les étoiles peu après le départ de celui qui fut l’incarnation du séducteur à la super-classe de mon adolescence.
La période entre Noël et Nouvel An est toujours pleine de nostalgie et m’anime d’un mélange de sentiments excessifs et contradictoires, les retrouvailles familiales avec les différentes générations faisant écho aux différents âges de ma vie. Mais cette année, ça fait beaucoup.
Je me rappelle que pour mes dix ans, ma mère m’avait accompagné au train se rendant à la ville. Alors qu’elle allait faire des courses avant Noël, j’allais —  pour la première fois ! — voir un film tout seul au cinéma. Sur le quai de la gare, j’avais rencontré une fille de mon club de judo qui, âgée d’un an de plus, était déjà au collège. Avec des copines, elle se rendait également au cinéma.
« Tu vas aussi voir E.T. ? » avais-je demandé avec candeur.
« Euh, non. On va voir La Boum ! »
À ce moment-là, j’avais compris que même si je me sentais grand d’avoir un âge à deux chiffres, j’étais encore un petit garçon par rapport aux centres d’intérêt de ces fraîches adolescentes...
Ma chambre comportait des photos de fusées, de satellites et des dessins d’artistes du projet de la navette spatiale européenne Hermès. Ce n’est que plus tard que j’ai punaisé un poster de George Michael dans ma chambre, essayant de copier l’allure et la coiffure du chanteur britannique, mes cheveux naturellement blonds n’ayant pas besoin d’être décolorés ; je ne savais pas encore que, chez cet artiste, la séduction auprès de la gent féminine était aussi factice que sa couleur de cheveux... Combien de slows ai-je dansés sur la musique de Careless Whisper et de son troublant solo de saxophone, tombant souvent amoureux de mes cavalières, ou sur les accords de guitare de Purple Rain de Prince ? Les années 1983 et 1984 virent aussi la sortie du Retour du Jedi dans les salles. Et de Let’s Dance de David Bowie dans les bacs. Et d’Hallelujah de Leonard Cohen sur son album Various Positions.
Durant cette année 2016, vilaine Faucheuse, tu n’as vraiment pas chômé. Puisses-tu te calmer un peu pour 2017...


Dimanche, le 15 mai 2016
Intergalactiques de Lyon 2016
Cette année, mon passage aux Intergalactiques de Lyon aura été très bref, limité au seul samedi après-midi. J’arrive à l’ENS, amphi Charles Mérieux, on fouille mon sac, je récupère mon bracelet vert d’inscrit à l’accueil : bizarre de venir en ce lieu pour un événement SF alors que je me rends ici de temps à autre pour des rendez-vous professionnels.

Le hall est occupé par les exposants. Je rencontre Olivier Paquet, j’aperçois Jean-Claude Dunyach (sans masque de troll) qui s’en va déjeuner, je viens saluer Markus Leicht, de la librairie Temps-Livres, toujours fidèle au poste, et je vois Jérôme Vincent reprendre sa place au stand des Indés de l’imaginaire armé d’un sandwich... La conférence d’ouverture débute à 13h30, dans 10 minutes, j’entre alors dans l’amphithéâtre et je m’installe dans un des fauteuils, pas trop loin de la scène. Je remarque Sylvie Lainé et Dominique Douay prendre leurs places à quelques rangs devant moi. Trois anglophones viennent s’assurer que c’est bien là qu’aura lieu la conférence et vont s’asseoir à quelques places, à ma gauche. Leurs têtes me disent quelque chose. Je rallume mon téléphone portable pour vérifier la liste des invités : ce sont Peter F. Hamilton, Alastair Reynolds et Paul J. McAuley...
Dans mon sac, j’ai rapporté quelques exemplaires de ma bibliothèque : des ouvrages de Christopher Priest (L’Archipel du rêve, La Machine à explorer l’espace et son Livre d’or en Pocket), mais aussi l’anthologie Destination 3001 dirigée par Robert Silverberg et Jacques Chambon (sortie en 2000 chez Flammarion) avec Priest, mais aussi Paul McAuley. Et ce dernier est là, juste à côté. Comment dit-on « dédicace » en anglais ?
Je regarde la couverture de Destination 3001 dont la typographie était reprise du texte d’ouverture de la saga Star Wars. Pincement au cœur : la liste alphabétique des auteurs commence par Ayerdhal et se termine par Roland C. Wagner, deux personnes dont j’ai lu et aimé les textes, deux très grands de la science-fiction d’expression française qui ont su rester accessibles et avec qui j’avais eu l’occasion d’échanger quelques mots et de déjeuner en compagnie de la Gang, lors d’une édition du festival de la science-fiction de Roanne pour le premier ou d’une convention nationale française de science-fiction dans le sud de la France pour l’autre. Deux auteurs qui m’ont tant apporté, le militantisme et l’engagement écologique dans Demain, une oasis, l’humour et l’imagination débridée dans la conception de l’IA (aya) Gloria dans la série des Futurs Mystères de Paris. Yal et Roland, vous nous manquez tant...


Christopher Priest et Stéphane, le traducteur, entrent sur la scène. Un Julien Pouget — que la Nuit des Séries (sans sommeil) n’a pas laissé au meilleur de sa forme — nous présente Priest et les tables rondes à venir.
Aux premiers mots de Priest débutant sa conférence par l’évocation de ses souvenirs d’enfant en période de guerre, l’incipit du Monde inverti (« J’avais atteint l’âge de mille kilomètres ») me revient en mémoire, des mots qui m’avaient amené à reconsidérer les notions d’espace et de temps. Je crois que c’était Sylvie qui m’avait fait découvrir Priest. Puis, surprise : les souvenirs très précis du vrombissement des avions, du visage angoissé de sa mère ou du lieu exigu sous l’escalier où ils s’étaient protégés n’étaient que des fabrications de son esprit : Priest n’avait pu connaître les bombardements des grandes villes par l’aviation allemande durant la Deuxième guerre mondiale car il n’est né qu’en 1943 et vivait en banlieue de Manchester, au nord-ouest de l’Angleterre, loin du lieu où les bombes étaient tombées, et ces bombardements avaient cessé au printemps 1941. Introduite par cet exemple de faux souvenir, « Reality, Memory and Doubt », la conférence de Priest se poursuit, pleine de réflexions intéressantes sur l’imaginaire, les jeux sur les points de vue. Je comprends mieux comment l’auteur du Prestige a construit son roman et peint avec un tel brio l’histoire de la rivalité entre les deux prestidigitateurs Alfred Borden et Rupert Angier.


Première table ronde : « De l’empire britannique à l’imperium galactique ? »
Intervenants : Peter Hamilton, Alastair Reynolds et Sara Doke ; modérateur : Anudar Bruseis. L’empire galactique est une constante du genre space opera. Des parallèles entre la Grande-Bretagne, du temps où elle était un empire sur lequel ne se couchait jamais le soleil, et un éventuel empire galactique ?
Points de vue et visions optimistes ou pessimistes s’enchaînent.
Sara (dont j’apprécie le travail de traduction des œuvres de Paolo Bacigalupi, un de mes coups de cœur de ces dernières années) sursaute aux maladresses de Stéphane : le cycle « culturel » (sic) de Ian Banks au lieu du cycle de la Culture ou le « guide pour auto-stoppeur de la galaxie » au lieu du Guide du voyageur galactique de Douglas Adams. Un empire, ou au moins une structure fédératrice de nations, nécessite un partage de valeurs communes... mais comment tenir compte des spécificités des minorités ? Ce questionnement me renvoie aux réflexions qui avaient longtemps trotté dans ma tête à la suite de la lecture de la Notion de génocide nécessaire de Thomas Day, au milieu des années 2000. Question toujours d’actualité, en témoigne la récente victoire de l’Ukrainienne Jamala à l’Eurovision et sa chanson évoquant le drame de la population tatare de Crimée en 1944, et faisant évidemment écho au conflit toujours présent entre l’Ukraine et la Russie...



Deuxième table ronde de l’après-midi sur un sujet apparemment plus léger : « Jamais sans ma serviette, l’humour dans la science-fiction britannique » avec comme intervenants les auteurs Catherine Dufour et Jean-Claude Dunyach ainsi que Nicolas Botti (promoteur de l’œuvre de Douglas Adams en France), et comme modérateur François « Le-Fossoyeur-de-films » Theurel.
Jean-Claude Dunyach cabotine un peu, Catherine Dufour parle des Annales du Disque-monde de Terry Pratchett, Nicolas Botti parle de H2G2, et avec Sylvie Lainé assise à mes côtés, nous échangeons quelques bons mots.
Pour Jean-Claude Dunyach, l’humour anglais est issu d’une élite (les humoristes ayant fait leurs classes dans les universités de Cambridge ou d’Oxford), ce qui fait que les humoristes sont mieux acceptés par la classe dirigeante qu’en France, c’est aussi un humour qui joue sur l’autodérision et qui n’a pas de limite (il illustre ses propos notamment par la série télévisée Black Mirror et son épisode pilote The National Anthem) ; Nicolas Botti évoque aussi un humour plus trash et plus populaire apparu à la suite des années Thatcher ; Catherine Dufour raconte comment les Monty Python et leur Vie de Brian ont forgé sa conscience politique et lui ont fait comprendre l’inanité de certaines formes de militantisme.
L’humour anglais passe-t-il en françaisa ? Nicolas Botti en veut à Jean Bonnefoy d’avoir mis dans ses traductions des jeux de mots graveleux qui n’étaient pas présents dans le texte originel de Douglas Adams, Catherine Dufour au contraire défend l’idée que le travail de traduction est une œuvre de création et cite, en plus de Poe traduit par Baudelaire, l’exemple, chez Pratchett, d’un elfe ressemblant à s’y méprendre à un chanteur rock ’n’ roll bien connu : he looks Elvish (pour « il avait l’air elfique/Elvis ») et qui, en français, avait été traduit par quelque chose comme « il avait l’air presque laid ».
Références de livres, de films et de séries télévisées s’enchaînent et terminent sur la façon dont l’humour britannique a imprégné la culture française...

Je ressors de cette table ronde un peu assommé. L’absurde et l’humour anglais ont quelque chose de désespéré. Il est presque 18h00... Je me sens soudain très seul. Les personnes que je voulais voir sont parties ou occupées. Tant pis, je n’aurais pas de dédicace. Tant pis, je n’aurais pas eu l’occasion de saluer des personnes que je n’ai plus vues depuis des années et avec lesquelles je ne suis plus lié qu’à travers le faible lien des réseaux sociaux virtuels. Morose, je ne me sens plus trop faisant partie de cet univers. Je rallume mon téléphone. Ma femme a essayé de me joindre. Mes enfants s’amusent à l’aire de jeux. Je prends le tramway pour les rejoindre... et retrouver une vie normale.


Samedi, le 23 mai 2015
Adoptez un Artiste !
Il y a bientôt 13 ans, je créais mon weblog (appelé à l’époque « Avis singuliers ») et mon deuxième billet concernait le dernier ouvrage de l’artiste multiforme (auteur, directeur de collection, compositeur, multi-instrumentiste...) Francis Valéry.
Depuis, Francis a connu des hauts et pas mal de bas, jusqu’à ne presque plus écrire de fiction, et il fallait suivre ses carnets sur le Journal d’un Homme des Bois pour avoir quelques nouvelles de ses activités.
Mais le Cousin Francis se remet à écrire ! Alors, pas d’hésitation : soutenez son beau projet, il en a vraiment besoin, en allant voir ici et en renvoyant le formulaire .
Merci à vous !


Lundi, le 19 novembre 2012
L’IA, les robots et moi (créateurs, créatures, et cætera)
Il y a 10 ans, je venais de créer ce blogue. À cette époque, je m’apprêtais à soutenir une thèse dans un domaine dérivé de l’intelligence artificielle et je me posais des questions sur mon avenir. Dix ans plus tard, je suis toujours autant intéressé par l’intelligence artificielle et mon métier d’enseignant et chercheur me permet de faire de jolies rencontres, comme revoir le mois dernier lors d’une conférence quelqu’un qui avait été l’auteur d’un essai fondamental sur l’IA que j’avais lu avec passion dans mes premières années d’études universitaires, puis, bien des années plus tard, avait été un de mes professeurs du temps où j’étais encore un étudiant parisien, et qui est désormais un collègue. Il m’avait alors confié qu’il devait participer en tant qu’invité aux dernières Utopiales afin d’intervenir sur une table ronde dédiée au sujet des morales humaines et lois robotiques dans l’œuvre d’Isaac Asimov...
En mars 2012 s’était déroulé à Lyon le sommet européen de robotique « InnoRobo ». Mon intérêt pour l’intelligence artificielle (l’IA) et la robotique ne date pas d’hier : tout jeune adolescent, j’étais déjà fasciné par les œuvres de science-fiction évoquant des créatures artificielles, qu’il s’agît de grosses machines avec de simples boutons lumineux clignotants – comme le « Colossus » du film le Cerveau d’acier de Joseph Sargent sorti en 1970 (et adapté du roman Colossus de Dennis Feltham Jones) –, de robots vaguement humanoïdes – comme « Robby » de la Planète interdite de Fred McLeod Wilcox en 1956 –, ou que les machines fussent si semblables aux êtres humains que seuls des tests très poussés permettaient de les distinguer de nous – comme les « réplicants » dans Blade Runner de Ridley Scott sorti en 1982 (adapté des Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick).
J’éprouvais déjà pour les créatures artificielles une réelle fascination, un mélange curieux d’admiration et de crainte, que je dois à la tradition judéo-chrétienne et à l’héritage culturel gréco-romain qui m’ont façonné. Or c’est peu dire que la Bible n’est pas tendre avec ceux qui se permettent de réaliser des créations qui nous ressemblent, car cet art est réservé à Dieu seul : « Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme. » (Genèse 1:26). L’Ancien Testament est bourré d’interdits sur la réalisation de créations nous ressemblant : « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre » (Exode 20:4, mais on retrouve des propos similaires aussi en Lévitique 26:1, en Deutéronome 4:25 ou 5:8, etc.). À ce propos, je devrais aussi m’interroger pour mon attrait pour les arts plastiques, et en particulier pour la sculpture et le modelage de l’argile... Dans la mythologie grecque, le destin est tragique pour l’être légendaire qui aurait été à l’origine de l’humanité, à savoir le Titan Prométhée. Après avoir créé les hommes à partir d’argile et d’eau, il vole le Feu de l’Olympe (symbolisant la connaissance) aux dieux pour en faire don aux hommes, déclenchant le courroux des dieux qui l’enchaînèrent à un rocher où un aigle venait chaque jour lui dévorer le foie.
De fait, les histoires de créatures intelligentes se terminent mal, en général, et les créateurs qui osent braver l’interdit sont remis à leurs places de simples mortels le plus souvent de manière très cruelle.
Les premières créatures appelées « robots », qui sont plutôt des androïdes, sont celles que l’on retrouve dans la pièce de théâtre R.U.R. de l’auteur tchèque Karel Capek... Je pense que ce n’est pas trop déflorer l’histoire que de dire que, à la fin de la pièce, les robots se révoltent et finissent par anéantir l’humanité.
Les créatures artificielles qui ressemblent à l’homme, on en retrouve aussi des traces dans la tradition juive avec le Golem, ce « second Adam » d’argile prenant vie par le pouvoir magique du rabbin le Maharal de Prague. En détruisant le Golem, le rabbin aurait été écrasé par la masse de sa créature.
Dans Frankenstein ou le Prométhée moderne, écrit en 1818 par Mary Shelley, la science reprend la place qu’occupait auparavant la magie, et on sent dans ce texte que l’arrivée de l’électricité permettait d’imaginer toute forme de pouvoirs, dont celui de donner vie à une créature composée de parties de corps humains décédés. Là encore, le récit se termine par la mort du créateur (qui traquait sa créature qui ne faisait que semer la désolation autour d’elle), et l’horreur inspirée par cette histoire était telle qu’une confusion a fini par s’établir entre la créature et le créateur, « Frankenstein » désignant pour la plupart des gens le monstre au lieu du scientifique qui était parvenu à créer une telle abomination.
Au moment où l’homme mettait le pied sur la Lune, Stanley Kubrick sortait son film 2001, l’Odyssée de l’espace (au scénario inspiré de nouvelles écrites par Arthur C. Clarke). Le vaisseau spatial était assisté par une intelligence artificielle appelée HAL 9000. Les astronautes, comprenant que l’IA était en train de dérailler, avaient décidé de la désactiver... mais celle-ci, ayant pu lire leurs intensions sur les lèvres, avait essayé de les supprimer.
On peut noter que la seule manifestation de HAL, outre sa voix et son contrôle du vaisseau spatial, est son œil rouge, nécessairement menaçant, comme l’est celui du robot Terminator quand il est débarrassé de son enveloppe humaine.
Dans la saga des films Terminator, dont le premier volet avait été réalisé par James Cameron en 1984, le concept est toujours le même – des méchants robots viennent pour détruire l’humanité et il ne reste qu’une poignée d’humains pour lutter contre les machines – mais l’histoire se complique par des voyages dans le temps pour revenir dans le passé afin de changer l’issue de cette bataille. Suivant les épisodes, le Terminator venait du futur soit pour tuer le leader de la révolution, soit pour le protéger.
Dans les années 1970 et 1980, même si on rencontrait en Occident des robots moins méchants (comme « R2D2 » et « C6PO » de la saga la Guerre des étoiles), c’était surtout les influences orientales (où le robot est vu plutôt comme un compagnon que comme une créature soumise à un maître) qui vinrent changer le regard que nous portions sur les créatures artificielles, comme Astro le petit robot (Astroboy dans sa version originale japonaise) ou « Nono » de la série télévisée d’animation franco-nippone Ulysse 31.
On commençait à faire apparaître des robots plus gentils à partir du moment où ces derniers devenaient plus « humains », ou en tout cas quand ils perdaient un peu de leur rationalité initiale au profit de l’émotion. On trouvait ainsi « Johnny 5 », dans Short Circuit de John Badham, sorti en 1986, qui est un exemple intéressant de recyclage de la créature de Frankenstein. C’est à nouveau l’électricité qui provoque la vie en changeant un robot militaire et en lui donnant des capacités émotionnelles que l’on ne retrouve pas chez les artefacts ordinaires. Le robot est considéré comme étant un humain parce qu’il est capable d’avoir de la sensibilité et de l’humour.
Bien plus tard, il y eu aussi « Andrew », le robot domestique de l’Homme bicentenaire de Chris Columbus, sorti en 1999, et adapté de la nouvelle éponyme d’Isaac Asimov. Tout au long des deux siècles où se déroule cette histoire, le robot évolue, il subit des modifications qui le font paraître de plus en plus humain, et ce dernier se bat juridiquement pour chercher à être reconnu comme un être humain à part entière par l’humanité. Il y parvient au moment où il acquiert enfin une caractéristique essentielle pour tout être vivant, c’est-à-dire la possibilité de mourir...
C’est d’ailleurs intéressant de voir que, dans les œuvres de fiction traitant de l’intelligence artificielle, les oppositions de base entre la vie et la mort, le créateur et sa créature, l’amour et la haine, ou le fait de donner la vie ou de tuer semblent perdre leurs frontières pour se mêler, car on a un peu l’impression qu’une créature artificielle ne peut être considérée comme intelligente que si elle est aussi vivante, et que donc elle a aussi la capacité à mourir. C’est ainsi que Frankenstein finit par se faire tuer par sa créature, ou que Tyrell, le créateur des réplicants de Blade Runner, se fait écraser la tête après un baiser de la mort donné par une de ses créatures qui souhaitait l’obliger à modifier son caractère génétique afin de prolonger sa durée de vie...
Ces jeux curieux entre la vie et la mort, la créature et son créateur, le fait de donner la vie et de tuer se retrouvent chez ce même réalisateur qu’est Ridley Scott dans d’autres œuvres cinématographiques. Déjà, dans le premier Alien sorti en 1979, on rencontre, en plus d’une intelligence artificielle assez basique chargée de piloter le vaisseau spatial et appelée « Maman », un androïde caché parmi les humains appelé « Ash ». Sans vouloir interpréter tout de façon freudienne, il est difficile de manquer dans ce film les jeux multiples sur la reproduction et la sexualité, avec une certaine obsession pour l’orifice buccal : les êtres humains sont contaminés par les aliens qui leur pondent un fœtus de créature dans la bouche, les aliens sont pourvus d’une tête phalloïde ainsi que d’une deuxième bouche rétractile dans leur bouche, l’androïde Ash cherche à étouffer Ripley en lui introduisant un magazine dans la bouche en une parodie de scène de fellation, les androïdes sont des machines dont les circuits sont alimentés par un liquide blanc et gluant...
On dirait vraiment que ces idées hantent le réalisateur américain car dans Prometheus, son dernier film en date, ces obsessions sur les modes de reproduction et sur l’artificiel sont encore plus criantes : si les machines androïdes sont des créations des humains, nous, les êtres humains, serions les créations d’une espèce extra-terrestre appelée les « Ingénieurs » ; l’origine de la vie sur Terre serait due au sacrifice d’un Ingénieur qui aurait mêlé l’ADN de son organisme à l’eau à travers l’action de nanorobots ; ces mêmes nanorobots seraient capables de contaminer un être humain pour le transformer en créature zombiesque parvenant à féconder une femme stérile ; un Ingénieur sorti de son hibernation cherchera à détruire les humains que son espèce est parvenue à créer... Cette fois-ci, les monstrueuses créatures, ce sont nous, et nos créateurs cherchent à nous détruire comme avait tenté de le faire le Docteur Frankenstein.
Sans dresser une liste exhaustive des œuvres de fiction (cinématographiques) où sont présentées des intelligences artificielles et leurs incarnations sous forme de robot (j’aurais pu parler d’I, Robot d’Alex Proyas qui est sorti en 2004 ou d’A.I. de Steven Spielberg qui est sorti en 2001), je crois que l’une des visions les plus réalistes mais néanmoins tordues qui soient sur les liens entre la nature et l’artificiel, le modèle et sa copie, se rencontrent dans le du film de science-fiction franco-espagnol Eva réalisé par Kike Maíllo et sorti en 2011 où se mêlent les sentiments humains d’amour, de jalousie et de haine dans un monde de petits génies de l’intelligence artificielle et de la robotique.
Enfin, pour l’instant, nous n’en sommes pas encore là. Les robots que j’ai croisés au mois de mars de cette année sont plein de potentialités en terme de capteurs et de capacités d’action mais, à mon sens, ils sont encore loin d’être dotés de programmes pouvant leur donner un semblant de comportement intelligent...
Nao
« Nao » d’Aldebaran Robotics

Reeti
« Reeti » de Robopec

RoboThespian
« RoboThespian » de Engineered Arts Limited




Lundi, le 20 août 2012
IA et SF
En ce moment, je suis en train de lire Zendegi de Greg Egan. Le mystérieux et très discret écrivain australien de hard science est aussi l’auteur de quelques articles scientifiques, en particulier dans le domaine de la physique (et plus particulièrement en relativité générale et en cosmologie quantique, comme cet article dont le sens m’a largement échappé).
J’avoue avoir un net penchant pour les œuvres de fiction qui essaient de s’intéresser de très près aux avancées scientifiques et technologiques et qui cherchent à voir quelles pourraient être leurs implications sur la société, en poussant ces avancées à leurs limites, genre dans lequel excelle Egan même si cela donne parfois à la lecture de ses textes une certaine âpreté.
Le premier auteur à m’avoir ainsi touché est sans conteste René Barjavel, dont la culture scientifique restait modeste, mais qui avait d’extraordinaires capacités d’imagination et qui s’est fait le spécialiste de la thématique de la fin du monde.
J’ai découvert Barjavel lors de mes années au collège, mais l’auteur qui m’avait le plus marqué à la fin du lycée est Jean-Michel Truong qui, en plus d’être auteur de fictions et d’essais, est aussi un expert en intelligence artificielle. Son roman Reproduction interdite, paru en 1988, m’avait fait une impression durable, d’une part parce qu’il était le premier du genre sur le clonage humain, d’autre part parce qu’il se déroulait en Alsace, lieu natal de l’auteur et où j’ai moi-même vécu mon enfance, mais encore parce qu’on y découvrait de manière finement décrite le système expert (un outil d’intelligence artificielle) utilisé par le personnage principal pour mener son enquête. J’avoue avoir été moins intéressé par son roman le Successeur de pierre, paru en 1999, car l’auteur y poussait loin, et peut-être trop loin à mon goût, ses idées post-humanistes.
La semaine dernière, le 15 août 2012, nous quittait l’auteur Harry Harrison. Connu notamment pour son roman dystopique Soleil vert, paru en 1966, et adapté au cinéma par Richard Fleischer en 1973, il avait aussi écrit en collaboration avec Marvin Minsky, un des « pape de l’IA » le roman Le problème de Turing en 1992. Ce roman d’aventures science-fictives avait le don de plonger le lecteur au cœur des mystères de l’intelligence, artificielle ou non, et s’avérait être un mariage vraiment réussi entre la science et la fiction, une rencontre bien trop rare et si précieuse...


Vendredi, le 10 août 2012
En souvenir d’un auteur de SFF mutant
Dimanche dernier, Roland C. Wagner nous quittait. Je pensais ne reprendre ce blogue que pour annoncer une naissance, et c’est finalement pour parler d’une disparition que je reviens ici...
Roland est le tout premier auteur de science-fiction que j’aie rencontré. C’était en 1998, j’étais alors étudiant dans la capitale, et je découvrais la faune curieuse du fandom SF lors d’un événement parisien (le festival Visions du Futur ? les Rencontres du Club Présence d’Esprit ?) au cours duquel Laurent Kloetzer (*) se voyait remettre le prix Julia-Verlanger. Une amie m’avait fait venir à cette manifestation et me présentait à tout un tas de gens en tant que « Fabrice », un jeune auteur qui devait sortir un roman dans la collection Abysses aux Éditions du Masque, et nous n’imaginions pas que cette collection s’arrêterait peu de temps après sans avoir eu le temps de me publier. Détail amusant, les personnes rencontrées me prenaient souvent pour Fabrice Colin (*) car nous avons le même âge en plus du même prénom. C’est donc là que j’ai croisé Laurent Genefort dont j’avais lu les Chasseurs de sève ainsi que Roland C. Wagner dont je n’avais encore rien lu.
En 1999, je quittais Paris pour Lyon. J’ai fait la connaissance d’André-François Ruaud (*) et j’ai été adopté par la Gang. Les années du tournant du siècle et du millénaire ont été extraordinairement riches en rencontres et en découvertes, j’ai connu de nouveaux auteurs, de nouveaux textes, j’ai beaucoup lu, j’ai écrit des nouvelles, j’ai repris mon roman non publié, j’ai débuté ce blogue, j’ai commencé à faire de la cuisine... C’est ainsi que, avec mes amis, je suis allé à quelques conventions de science-fiction, celles de l’Isle-sur-la-Sorgue en 2000, de Saint-Denis en 2001, de Tilff-Esneux en 2002, d’Entraigues-sur-la-Sorgue en 2004, et plus récemment celle de Nyons en 2008. Lors de la plupart de ces rendez-vous, j’ai pu rencontrer Roland et échanger avec lui quelques mots. Je me rappelle avoir eu l’occasion de lui parler d’intelligence artificielle, domaine informatique qui est ma spécialité, et qu’il appelait « ayas » dans sa série des Futurs Mystères de Paris et qu’il représentait sous l’une des plus formes les plus déjantées de la littérature SF. Lors d’un passage à Lyon avec sa compagne Sylvie Denis en 2003, il avait même mangé de mon gâteau à l’ananas et récupéré mon nez de clown fétiche...
Entre temps, j’avais lu pas mal de ses textes, dont le recueil de nouvelles Musique de l’énergie, les premiers tomes des Futurs Mystères de Paris et plus récemment la version hardcover de Poupée aux yeux morts publiée par les moutons électriques... J’ai toujours passé des moments de lecture agréable, j’ai souvent beaucoup ri, mais j’étais toujours un peu frustré de ne pas trouver dans l’œuvre de Roland un sentiment d’intérêt aussi important que la sympathie que j’éprouvais pour ce bonhomme si attachant. Et cela était vrai jusqu’à... la semaine dernière. Le mois dernier, j’ai emprunté à mon beau-frère – grand amateur de SF – le roman uchronique Rêves de gloire. J’en avais entendu beaucoup de bien, j’avais entendu Roland parler de son roman à l’émission « Mauvais genres » de France Culture. Bref, j’ai attendu avec impatience que mon emploi du temps me permette de commencer la lecture même si le sujet ne semblait pas m’intéresser vraiment a priori (la Guerre d’Algérie et de ses conséquences). Et j’ai dévoré ce pavé de près de 700 pages. À la fin juillet, alors qu’il ne me restait plus qu’une petite moitié du livre à lire, André-François était venu me donner un coup de main pour monter le lit de mon futur bébé. Tout en bricolant, nous avions évoqué ce roman où Roland mettait vraiment toutes ses tripes, ses passions, ses blessures, tous ses fantasmes... ce qui en faisait un roman décoiffant pour le lecteur, et expliquait aussi le fait qu’il rafle la plupart des prix littéraires en SFF.
Et dimanche matin, j’avais terminé Rêves de gloire, j’en parlais avec enthousiasme au téléphone à mon beau-frère qui avait éprouvé des difficultés à se plonger dans l’univers uchronique et que les nombreux narrateurs et le contexte algérien trop mal connu de nous avaient un peu rebuté. En raccrochant, j’étais content d’avoir pu le convaincre de reprendre la lecture du roman.
Comment imaginer que, quelques heures plus tard, Roland décéderait dans un accident de voiture ?

En 2000, à la convention SF de l’Isle-sur-la-Sorgue



En 2001, à la convention SF de Saint-Denis



En 2002, à la convention SF de Tilff



En 2002, toujours à Tilff, Roland rappelant notre discussion sur les AI/IA (ou ayas)



En 2003, à Lyon, chez Markus Leicht, Roland évoquait mon nez de clown fétiche

Au revoir, Roland.
Merci pour tes textes, merci pour ton humour, ta joie de vivre et les idées que tu nous auras fait partager.
Mes plus sincères condoléances à Sylvie et à ta famille.




Mercredi, le 18 janvier 2012
À l’écoute de la science-fiction
En ce moment, je n’écris plus grand chose, en tout cas en science-fiction, et je n’en parle pas beaucoup (même si j’en lis !) mais je reste à l’écoute.
Voici donc, en ce début d’année, la liste de quelques podcasts SF (ou assimilé) que j’écoute très régulièrement :
  • Salle 101, l’émission science-fictionnesque sur Fréquence Paris Plurielle : chroniques inspirées de la famille Abdaloff, parfois des interviews d’auteurs, le tout enregistré en public au Nul Bar Ailleurs (un bar à bières parisien). S’intéresse aussi « à tout ce qui sort de la tête des gens ». Musiques qui pulsent, jingles absurdes et remise de prix (les « testicules d’or ». Si, si ! Vous avez bien lu).
  • Le Palais des déviants (iTunes) : podcast francophone d’Étienne Barillier et Laurent Queyssi consacré à l’imaginaire, sous toutes ses formes. Et d’autres choses encore. Forcément. (C’est eux qui le disent. On les croit.)
  • Les Lyonnes de la SF : de très chouettes interviews d’auteurs, des retours sur les grands rendez-vous des littératures de l’imaginaire, des chroniques de bouquins...
  • La Bibliothèque orbitale, le blog de Bifrost (le Bélial’ éditions) (iTunes) : la chronique de Philippe Boulier, critique de la revue Bifrost, en direct d’une station spatiale russe désaffectée (mais quand même pleine de bouteilles de vodka).
  • La Planète Bleue (flux RSS) : l’émission de Couleur3 (la radio suisse romande), animée par Yves Blanc, qui recycle le futur (écologie, recherche, espace, nouvelles technologies, politique...) avec des interventions parlées qui privilégient les sujets singuliers, décalés, les points de vue et les points d’écoute radicalement différents, dissidents, déviants, et les musiques les plus innovantes, en provenance des bouts du monde. Musiques superbes. Et ce qui avait été dit lors de l’émission 718 rejoint un peu mes propos ici.
  • Mauvais Genres : émission de France Culture animée par François Angelier qui parle parfois de SF, mais aussi de polars, mangas, comics, et autre littérature érotique et fantastique. (L’émission du 31/12/2011 était assez grandiose.)



Lundi, le 5 septembre 2011
La Planète des singes : évolution et nouvelle génération
Avant d’aller voir le film La Planète des singes : Les Origines, un intelligent préquel de La Planètes des singes de Pierre Boulle, je vous conseille de revoir les vidéos des adaptations cinématographiques précédentes de l’auteur français de science-fiction, en particulier la version de 1968 réalisée par Franklin J. Schaffner et celle de 2001 réalisée par Tim Burton.
Dans la version de 1968, quatre astronautes quittent la Terre en 1972 pour un voyage d’exploration spatiale et arrivent sur une planète inconnue 20 siècles plus tard. Sur cette planète, les êtres humains sont dénués de parole et de raison et les grands singes (des primates non humains) en sont les maîtres. Sur les quatre voyageurs, un premier (la seule femme de l’équipage) meurt durant le voyage à cause d’un problème dans le système d’hibernation, un deuxième est tué à l’occasion d’un safari (organisé par des gorilles) et un troisième est lobotomisé par une équipe de savants chimpanzés. Le colonel George Taylor, le seul rescapé, guérit d’une blessure à la gorge qui l’avait rendu temporairement muet, attire l’attention de Zira (une guenon scientifique) qui l’aide à s’échapper, puis découvre au milieu de fouilles archéologiques la preuve que l’humain pouvait parler autrefois sur cette planète (avec une poupée humaine qui dit : « Maman ! »). Le film se termine lorsque Taylor, fuyant les singes avec une indigène nommée Nova dans la « zone interdite », découvre avec stupeur les restes de la Statue de la Liberté, comprenant ainsi que cette planète est la Terre et que les humains se sont autodétruits avec la bombe atomique...
(En aparté, l’astronaute Taylor aurait pu s’en douter un peu : les singes parlaient le même anglais que lui et utilisaient le même système d’écriture ! Par contre, ils ne maîtrisaient ni l’électricité ni les machines à vapeur, la seule force motrice étant issue d’espèces domestiquées telles que le cheval... ou l’homme.)
Contrairement au roman de Boulle, dans le film de Schaffner, les événements se déroulent sur une planète qui est la nôtre (même si on ne le sait qu’à la fin du film, désolé de spoiler) après une évolution de deux mille ans. Dans le roman de Boulle, la « planète des singes » est bien différente de la Terre... mais lors du retour sur sa planète d’origine, le seul astronaute terrien rescapé découvre que les singes sont aussi parvenus à dominer notre planète.
Dans un cas comme dans l’autre, je m’étais interrogé sur la manière dont cette sorte d’évolution à l’envers aurait été possible puisque, en scientifique adepte de la théorie de l’évolution, j’ai toujours considéré ceux de mon espèce comme des lointains cousins des grands singes. Dans les films suivants de la saga aux scénarios écrits principalement par Paul Dehn (qui est aussi scénariste de quelques aventures cinématographiques de James Bond), que sont le Secret de la planète des singes de Ted Post sorti en 1970, les Évadés de la planète des singes de Don Taylor sorti en 1971, la Conquête de la planète des singes de J. Lee Thompson sorti en 1972 ou la Bataille de la planète des singes de J. Lee Thompson sorti en 1973 et rescénarisé par Joyce Hooper Corrington et John William Corrington, l’idée mise en avant est qu’une guerre nucléaire aurait ravagé la Terre, détruisant l’essentiel de la population humaine, les survivants étant soit des humains dépourvus d’intelligence et de langage et vivant dans la nature, soit des mutants télépathes adorateurs de la bombe automique et vivant terrés dans les décombres du métro. Une telle explication était plausible pour l’époque, on était alors en pleine guerre froide et on vivait au sein de l’équilibre de la terreur formé par les blocs de l’Ouest et de l’Est tous deux détenteurs de l’arme atomique. Néanmoins cette idée de cataclysme nucléaire qui aurait permis, d’une part, de détruire presque entièrement une espèce (les humains) et permettre à une autre de les supplanter (bon, OK : ça s’est déjà vu, les mammifères ont dominé la Terre après la disparition des dinosaures), d’autre part, d’apporter des mutations rapides et bénéfiques majeures à des espèces (les singes pouvant parler, les humains devenant télépathes), et même de créer des failles spatio-temporelles (permettant à trois singes évolués du futur de revenir dans le passé — c.-à-d. notre présent — et ainsi de laisser la possibilité à César, le fils du couple de chimpanzés, d’amener les singes domestiques à se révolter et battre les humains). Mouais, pas très convaincant...
Dans le film de 2001 réalisé par Tim Burton, avec un scénario écrit par William Broyles Jr., Lawrence Konner et Mark Rosenthal, la suprématie des singes sur la planète Ashlar serait liée à une sorte de « contamination » de cette planète par des singes intelligents et agressifs rescapés du crash d’une station spatiale terrienne. Là encore, j’avais du mal à accepter une telle justification.
La Planète des singes : Les Origines remet au goût du jour les idées science-fictives des versions précédentes. Déjà, Rupert Wyatt, le réalisateur, est un Britannique né en 1972, c.-à-d. pendant la sortie des films de la saga de la Planète des singes. Des idées telles qu’une destruction globale par une catastrophe nucléaire militaire, nous n’y croyons plus tellement depuis le déclin de l’Union soviétique. Et au niveau des catastrophes nucléaires civiles, Tchernobyl ou Fukushima ont provoqué des développements de cancers mais pas de mutations « positives » amenant à des superpouvoirs à la manière des X-Men. Nous ne croyons plus trop non plus à l’exploration spatiale (un vol spatial habité vers Mars semble déjà le bout du monde), et encore moins aux voyages dans le temps. Et puis, il y a eu les années SIDA, la brebis Dolly, le projet séquençage de l’ADN humain... Du coup, les idées en vogue sont plutôt à puiser du côté du domaine médical et des sciences cognitives, avec des attentes fortes dans les retombées des travaux menés en génie génétique, en virologie et dans la recherche destinée à lutter contre les maladies neurodégénératives.
Prenez ces ingrédients, mélangez le tout et secouez bien et vous obtiendrez un cocktail assez cohérent comme base du film La Planète des singes : Les Origines sorti en salle cet été 2011. Le résultat est un divertissement vraiment plaisant et assez bien ficelé, les singes sont bien plus réalistes que ceux obtenus par les acteurs grimés dans les versions des années 1968 à 1973, ou même que la version de 2001. On se laisse assez facilement emporter par l’histoire, les personnages et les effets spéciaux, et on s’amusera des clins d’œil multiples aux anciennes versions.


Mardi, le 7 juin 2011
Trois quarts d’heure pour vous faire aimer l’histoire (et plus si...)
Si l’Histoire, la grande ou les petites, vous intéresse, ou au contraire si vous regrettez d’avoir été dégoûté par cette matière qui se résumait pour vous à une suite de dates et d’événements dénués de sens à apprendre sur les bancs de l’école, je vous conseille l’excellente émission Au cœur de l’Histoire d’Europe 1 animée par Franck Ferrand.
Et si, en écoutant le podcast du 15 avril intitulé Il y a un demi-siècle, le Putch d’Alger, vous avez des envies d’uchronies, laissez vous tenter par Rêves de Gloire de Roland C. Wagner.


Jeudi, le 18 novembre 2010
Huit ans
Lundi, le 18 novembre 2002, je postais mon avis d’arrivée sur la planète WebLog.
Ces derniers temps, j’ai volontairement réduit le rythme de mise à jour de mon blogue afin que cet anniversaire tombe très précisément à l’occasion de l’article numéro 500. Plutôt qu’un nouveau bilan de l’année écoulée, ou une réflexion sur l’intérêt de tenir un blogue sur mon site, je préfère parler de deux petits événements récents qui m’ont fait sentir de manière assez frappante le passage du temps...
La semaine dernière, avec le « Capitaine » André-François, je me suis rendu à la Marquise, une péniche amarrée sur les quais du Rhône, pour assister au concert du groupe stéphanois French Kitch. Premier coup de poing dans la face de Monsieur-le-Temps-qui-passe : le batteur de ce groupe de rock est Alain, le fils de Jean-Jacques Girardot, mon ami et collègue, mais aussi l’auteur de science-fiction avec qui j’avais écrit « Quand s’envoleront ma vie et ma conscience... », mon premier texte publié professionnellement (il y a... près de huit ans, là encore). Les premières fois où j’avais croisé Jean-Jacques furent notamment les Conventions de Science-Fiction Française, et ce dernier venait accompagné d’un garçonnet, un drôle de lutin blond qui faisait chuter la moyenne d’âge des personnes présentes aux conventions SFF, lieux de rassemblement des grands enfants que sont souvent les amateurs du genre. Le lutin avait bien grandi, et ce soir-là à la Marquise, j’ai pu voir qu’il se dépensait avec une belle énergie pour rythmer de la musique qui fait du bruit. Deuxième coup de poing : la musique jouée par les groupes actuels est un revival des années 1980, c’est-à-dire de « mes » années, de la musique que j’écoutais en tant qu’adolescent. Ben mince alors, moi qui avais du mal à comprendre que des amis un peu plus âgés ne juraient que par la musique des années 1960 ou 1970, voilà que je me trouvais face à des gamins, enfin des tout jeunes adultes, qui ont pour influence Cure ou Téléphone...
Enfin, avant-hier, en prenant le train pour rentrer à Lyon, j’ai vu un vieux monsieur aux cheveux gris qui ne m’était pas inconnu. Celui-ci, voyant mon regard un peu insistant, m’a aussi regardé. À son air, sans beaucoup entrer dans le jeu des méta-représentations, j’ai compris qu’il avait compris qu’il était reconnu comme familier, sans pour autant être identifié. Je l’ai donc croisé, hésitant un peu avant de passer sans oser le saluer, me trouvant trop gêné de ne pas pouvoir lui donner un nom. Ce n’est que dans le train que je me suis souvenu de qui il s’agissait : Jean-Claude Bourret, l’ancien présentateur des journaux télévisés de TF1 dans les années 1970 et 1980. Ouch ! À nouveau, le temps avait fait son effet : dans mes souvenirs, le journaliste n’avait pas les cheveux gris, mais la dernière fois que j’avais dû voir une image de lui remontait à... une époque bien lointaine où je vivais encore chez mes parents qui disposaient d’un poste de télévision.


Samedi, le 2 octobre 2010
Rentrée littéraire
Oui, je ne mets plus très souvent ce blog à jour : mon activité créatrice du moment se limite à mon boulot de chercheur (dont je ne souhaite pas parler ici), ou alors à la cuisine, d’où l’aspect de blog culinaire que prennent ces notes...
Il n’empêche que je lis quand même des œuvres de fiction. J’ai terminé tout dernièrement le premier tome de Bodichiev d’André-François Ruaud. Je n’ai jamais été un grand fan des enquêtes policières mais, ici, les affaires du détective imaginé par Ruaud se déroulent dans un monde uchronique, ce qui donne une saveur particulière à l’ouvrage. On apprécie ainsi autant la découverte de cet univers — où, de nos jours, la Russie des tsars s’étendrait sur la majeure partie du monde (de l’archipel britannique à la côte occidentale de l’Amérique du Nord) — que des personnages ayant réalisé tels ou tels méfaits, la manière dont ils ont procédé ainsi que leurs motivations. Je recommande vivement la lecture de ce recueil de nouvelles, d’autant que les expressions et mots un peu précieux qu’emploie Ruaud pour peindre son monde s’accordent à merveille avec le temps de son livre, mélange d’un présent et d’un passé décalé.
Après Bodichiev, j’ai débuté avec un autre grand bonheur la lecture de La tête en arrière de Violaine Schwartz, comédienne et cantatrice qui narre avec un humour caustique l’histoire d’une chanteuse lyrique, sans travail depuis des mois et des mois, qui... (allez plutôt suivre le lien pour la suite du résumé ou découvrir les premières pages du roman). Ensuite, je vais attaquer Cent Seize Chinois et quelques de Thomas Heams-Ogus. Je crois que je vais aussi beaucoup aimer ce livre. En tout cas, j’ai eu l’occasion de rencontrer ces deux jeunes auteurs jeudi dernier à la Villa Gillet, et ils m’ont donné très envie de lire leurs textes... et aussi de me remettre à l’écriture.
Ah oui, et ce n’est pas ma faute, la carte Wi-Fi de mon ordinateur portable s’est remise à déconner, alors j’ai acheté une petite clé USB-Wi-Fi et je n’ai pas pu m’empêcher de prendre aussi Lunar Park de Bret Easton Ellis. J’avais vu les adaptations cinématographiques d’American Psycho, Les Lois de l’attraction et Zombies et j’ai lu cet été Moins que zéro... alors je me suis dit que ce serait mieux de connaître aussi ce roman d’autofiction avant de commencer Imperial Bedrooms dont j’avais fait l’acquisition sous sa forme anglaise lorsque j’étais au Canada.
Problème, avec tout ça : il va me falloir une nouvelle bibliothèque... Mes rayonnages débordent de partout !


Samedi, le 1er mai 2010
Le prix de la fin du monde
J’ai un petit frère qui vit au Canada, dans la partie anglophone, et j’ai voulu lui envoyer un cadeau il y a quelques jours à l’occasion de son anniversaire. J’ai eu du bol car je m’y suis pris en avance et j’ai ainsi évité de pas grand chose de voir mon colis bloqué en raison de l’interruption du trafic aérien (le volcan en Islande, vous vous rappelez ?) Cependant, mon frère a eu la mauvaise surprise de découvrir qu’il devait aux livreurs une quinzaine de dollars de frais de taxe et de douane pour pouvoir récupérer son présent, alors que j’avais bien pris à mes frais tout ce qui concernait le transport.
Petite explication : je souhaitais offrir quelque chose représentant de la culture française. Tout d’abord, de la littérature. J’ai donc pensé à Big Fan, l’excellent roman de Fabrice Colin. Outre le fait que je connaisse un petit peu l’auteur, que j’avais recueilli son témoignage sur la co-écriture pour un article dans le tome 2 de la revue Fiction et que l’on m’ait pris pour lui à un rendez-vous parisien sur les littératures de l’imaginaire il y a une dizaine d’années (nous partageons le même prénom et la même année de naissance), Big Fan est vraiment un bel ovni littéraire, parlant de musique, et plus particulièrement du groupe Radiohead (en plus, mon petit frère reprend Creep et My Iron Lung avec son groupe de rock dans les bars de Toronto) et de la plongée dans la folie d’un fan ultime. La seconde partie de mon cadeau concernait un autre aspect de la culture de notre beau pays, à savoir la cuisine, et donc je lui ai fait parvenir un kit de cuisine moléculaire (le même que je me suis acheté et dont je me suis servi dans la préparation du plat dont je parle dans mon billet précédent).
De ce fait, un livre sous-titré « Radiohead, la fin du monde et moi » et un kit de cuisine ressemblant davantage à une boîte du petit chimiste avaient de quoi rendre les douaniers quelque peu méfiants...


Samedi, le 2 janvier 2010
Meilleurs voeux pour 2010 !
Amie lectrice, ami lecteur, reçois tous mes vœux en cette nouvelle année.
Pour moi, l’année 2009 s’est achevée de manière très atypique, avec Noël que je n’ai pas fêté en famille, et le 31 décembre que je n’ai pas fêté du tout, pas plus que mon anniversaire, d’ailleurs.
Cependant, l’an 2010 commence bien parce que, après des mois où, débordé de boulot, je n’ai pu me plonger dans la lecture de textes de fiction, je viens enfin de poster mon chèque de réabonnement à la revue Bifrost du Bélial’ et d’acquérir le dernier recueil de nouvelles d’un de mes maîtres, à savoir Océanique de Greg Egan. Et c’est un recueil bourré d’inédits : je salive déjà !
Sensation amère pourtant : l’endroit où j’ai acheté le bouquin de l’auteur australien est situé à quelques mètres d’un hypermarché où, il y a quelques jours, des vigiles voulant jouer les gros bras ont tué un malheureux marginal...


Dimanche, le 8 novembre 2009
The Box de Richard Kelly
Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie.

Arthur C. Clarke (1917—2008)

Dans son nouveau film, le réalisateur et scénariste Richard Kelly rend un bel hommage à l’âge d’or de la science-fiction.
Tout d’abord, le film repose sur la nouvelle Button, Button de Richard Matheson (Le journal d’un monstre, Je suis une légende, Échos, etc.), déjà adaptée à la télévision sous la forme d’un épisode de la Cinquième Dimension ; l’ambiance est terriblement seventies (même par le travail sur l’image et la lumière) ; les numéros d’Amazing et Astounding Stories apparaissent déjà défraîchis ; le contexte, avec le monde des chercheurs et ingénieurs de la NASA au moment du programme Viking, évoque un passé où tout semblait encore possible dans le domaine de la conquête spatiale... et l’histoire débute le 16 décembre 1976, jour anniversaire de feu Arthur C. Clarke (ainsi que de ceux de Philip K. Dick et du mien, par la même occasion).
Rapidement, le début de l’histoire : Quelques jours avant Noël de l’année 1976, un colis est déposé devant la porte de la maison qu’occupent les Lewis. Dans ce colis se trouve une boîte noire surmontée d’un bouton-poussoir. L’après-midi, un homme arrive pour expliquer le fonctionnement de la boîte aux Lewis : s’ils appuient sur le bouton, une personne qu’ils ne connaissent pas mourra, mais ils recevront un million de dollars. Ils ont vingt-quatre heures pour se décider..
Annoncé comme cela, on dirait à mauvais pitch à la M. Night Shyamalan (qui — mais cela ne regarde que moi — n’a pas fait grand chose de bien depuis Sixième sens). Cependant, il n’en est rien car, très vite, ce qui aurait pu n’être qu’une simple histoire fantastique assez fumeuse se transforme en un véritable scénario de science-fiction qui prend autant aux tripes qu’au cortex, avec l’installation d’une pesante ambiance d’inquiétante étrangeté, et nous retrouvons là l’excellent Richard Kelly de Donnie Darko, regonflé à bloc après l’épisode plutôt malheureux de Southland Tales.


Jeudi, le 13 août 2009
Journée évianaise
Excursion bien agréable, hier, à Évian-les-Bains avec des amis.
Ravissante petite bourgade en bord du lac Léman, en face de Lausanne, la ville accueillait l’exposition Rodin et les Arts décoratifs dans le cadre de son Palais Lumière. Superbe exposition, grand moment d’émotion, et quelques souvenirs un peu nostalgiques aussi : j’ai toujours été un grand admirateur du travail de l’auguste Auguste et, durant mon année parisienne, j’allais souvent me ressourcer auprès du jardin de l’hôtel Biron.
Après avoir entendu mes amis discuter de leurs envies communes d’acquérir un téléphone mobile « intelligent », en contemplant la sculpture de créatures mythiques, une naïade enlevée par un satyre, j’ai pensé que fantasy et nouvelles technologies pouvaient enfin de se mêler avec succès : l’invention de l’i-faune.
Plus tard, autre source d’amusement en passant à côté d’une buvette au bord du lac. Nous avons entendu la serveuse s’esclaffer après avoir pris une commande : « Une Vittel-menthe ? À Évian ! »
Un comble, en effet...



Vendredi, le 7 août 2009
Pan ! Dans ta face de bouc !
On ne se moque pas : j’ai un compte sur Facebook.
C’est ici :
Fabrice Méreste
Fabrice Méreste
Créez votre badge
Pourquoi moi ? Et pourquoi maintenant, après tant de réticences ? Il se trouve que le cousin Francis (aka Francis Valéry) avait décidé de créer son blog au moment où la blogosphère se désagrégeait (contrairement à moi qui en avais un dès 2002). Alors là, quand Francis m’a invité à rejoindre le célèbre réseau social, tant qu’à aller à contre-courant, je me suis dit : « pourquoi pas ? »


Dimanche, le 5 juillet 2009
L’ami cause
Ugo Bellagamba, champignon du mélange entre science-fiction et histoire, et personnage extraordinairement humain que j’ai l’honneur de compter parmi mes amis, parle de son roman uchronique Tancrède dans l’émission « Mauvais Genres » de France Culture. Allez l’écouter, c’est ici (mais disponible seulement pendant une semaine), et courez vite acheter et lire son roman qui vous plongera à l’époque des Croisades, dans un univers épique de batailles sanglantes, de crises mystiques, d’amour... et d’un chouilla de steampunk.
Ugo et moi l’an dernier à Nyons, durant l’Olicon, la convention de science-fiction spécialement dédiée à René Barjavel



Vendredi, le 8 mai 2009
Pas si méchant
Dure journée que celle d’hier.
Tout d’abord, il me restait à évaluer des dossiers de jeunes candidats. Ah là là, non ! Par rapport à d’autres dossiers de candidature vus les jours plus tôt, ils n’étaient vraiment pas bons du tout : pas de publications scientifiques de grande valeur, ou des travaux de recherche situés dans des thèmes trop éloignés de ceux souhaités par le laboratoire d’accueil et qui amenaient à penser que ces jeunes docteurs auraient de grosses difficultés d’intégration pour le poste convoité. Dommage pour eux.
Après avoir traité ces derniers dossiers, j’ai eu à évaluer un article proposé à une revue scientifique internationale qui m’a choisi pour faire partie de son comité de rédaction. Ouille ouille ouille, une catastrophe, cet article ! Tout avait l’air brouillon, de la présentation au style, pas de respect de la typographie, plein de fautes et, surtout, cette proposition d’article n’avait aucune pertinence scientifique. Je ne suis pas parvenu à trouver quelque chose à sauver dans ce fouillis. Too bad again.
Je suis ressorti un peu amer du laboratoire. Faire avancer la science, c’est aussi séparer le bon grain de l’ivraie.
Pas grand monde dans le tramway. J’ai trouvé une place libre, isolée, idéale pour poursuivre ma lecture des critiques de livres dans le dernier Bifrost. Un peu plus tard, le tram s’est retrouvé plein. J’ai cédé ma place à une vieille dame. Ouais, j’ai fini ma journée par une bonne action. Je ne suis pas si méchant, hein ?


Samedi, le 30 août 2008
Images de la convention SF 2008 (l’OliCon), suite...
Eh oui, c’est la rentrée.
Alors, histoire de se redonner du courage en se rappelant des bons moments de la convention nationale de science-fiction, je vous invite à aller voir les nouvelles photos mises en ligne : celles de Bruno Para, de Gilles Massardier et de Jean-Jacques Régnier...


Mercredi, le 27 août 2008
Compte rendu de l’OliCon, la convention SFF 2008
La 35e convention nationale de science-fiction s’est déroulée la semaine dernière à Nyons, charmante bourgade de la Drôme provençale, pays de l’olive (ce qui lui a valu d’être rebaptisée l’OliCon). Et j’y étais. :-)
Les conventions constituent l’occasion privilégiée d’assister à des conférences, de participer à des tables rondes et à des débats, de rencontrer des auteurs avec lesquels on peut discuter librement (et non juste une seule minute, le temps d’une dédicace, comme cela peut arriver dans un salon du livre et qui est vraiment très frustrant), d’assister à des expositions (cette année, ce fut les photographies de Sylvain Renault, les illustrations de Jeam Tag, les mobiles et autres machins inclassables de Tim Rey, et les surprenantes créations de Didier Cottier), de trouver des livres intéressants, neufs ou d’occasion, de découvrir des nouvelles productions – qu’elles soient issues de professionnels ou du fanzinat – du paysage littéraire SF... mais aussi et surtout de retrouver des copains avec qui partager un bon moment.

jour J - 1
En voiture : ma compagne au volant, Sylvie Lainé et le chien à l’arrière, moi en co-pilote (mais moins fort que le GPS). Sommes arrivés à Nyons après 22h30. Tout le monde était très fatigué. Petit couac : nous ne pensions pas être attendus, mais la mère d’Ugo Bellagamba avait préparé un repas. Du coup, nous étions en retard. Oups. Dîner ensommeillé en présence de Marie-Claude « la-Mama » Bellagamba, d’Ugo, de Didier « le-sculpteur-qui-met-en-forme-ses-visions-cauchemardesques » Cottier et de son amie Nicole.

premier jour
Voilà à quoi ressemble Nyons :
Nyons, depuis les hauteurs
Le jeudi, c’est jour de marché (avec le dimanche). Beaucoup de monde à Nyons. Trois quart d’heure d’attente au(x) restaurant(s), mais le plat de spaghetti al pesto genovese se trouvait être l’incarnation parfaite du bonheur gastronomique faite pâtes. Je ne suis arrivé à la Maison de Pays, où se tient la convention, qu’au cours de l’après-midi, pendant l’intervention (pré-enregistrée) de Laurent Queyssi intitulée « Regard français sur les séries TV des années 2000 ».
Présent juste à temps pour animer la rencontre-débat avec Sylvie Lainé sur le thème : « Une œuvre éperluette, entre Science et Science-Fiction ». Stupéfait de la manière dont il est possible de donner des réponses intelligentes (bravo Sylvie) à des questions stupides (les miennes). Découverte (un peu dans la douleur) que l’animation d’une rencontre n’est pas un exercice facile.
Ensuite, conférence instructive de Jean-Claude Dunyach sur « La publication des auteurs français à l’étranger : trucs et astuces ». En résumé, même si c’est possible et très gratifiant (parce que cela permet éventuellement d’être lu par des auteurs étrangers que l’on apprécie), c’est le contraire de la loterie : c’est difficile, ça coûte cher (en énergie, en réseautage et en prix de traduction) et ça ne rapporte pas bien gros.

deuxième jour
Conférence de Clément Pieyre, conservateur à la BNF, sur : « Les archives du futur, ou comment la Science-Fiction entre à la Bibliothèque Nationale de France ».
Clément Pieyre, conservateur à la BNF
Inauguration officielle de l’OliCon et des Journées Barjavel en présence des représentants de la municipalité (le maire s’est fait désirer, mais il y avait Nathalie Fert-Rifaï, l’adjointe chargée de la culture), le sous-préfet ainsi que Pierre Creveuil, président de l’association des Amis de René Barjavel et collaborateur du barjaweb, le site Internet de référence sur Barjavel.
Ugo Bellagamba, le chef d’orchestre de l’OliCon, et, au micro, Pierre Creveuil, membre essentiel des Journées Barjavel
Quand est venu le temps de l’apéritif (avec les inévitables olives), je me suis sauvé dans le centre-ville pour retrouver ma belle.
L’après-midi, Joseph Altairac a donné une conférence sur Van Vogt dont j’ai oublié le titre (il avait changé par rapport à celui du programme).
Une table-ronde, animée par Jean-Claude Dunyach, a suivi : « Regards croisés sur le futur lointain ». Y participaient : Ugo Bellagamba, Fabrice Méreste (ah oui, tiens, j’y étais !), Catherine Dufour, Sylvie Lainé et Michel Jeury. Jean-Claude nous a lancé sur le thème de la Singularité. Catherine prenait tranquillement des notes pendant que parlaient Sylvie, Ugo et Michel, puis est intervenue soudain avec une pluie d’idées brillantes. Quant à moi, je n’ai dû raconter qu’un truc ou deux car le futur lointain, ce n’est pas trop ma tasse de thé, je suis plutôt du genre à m’intéresser au futur proche (m’enfin, je ne suis même pas capable de savoir comment je vais m’habiller le lendemain).
Après, les (très) attendus jeux de l’OliCon, avec le « champion de la SF », animés par Raymond Milési. Questions érudites, mauvais jeux de mots, pouêt-pouêt, tout va trop vite pour que j’aie la moindre chance de sortir une bonne réponse... Bravo à Timothée Rey, aussi à l’aise dans le verbe que dans la mise en espace d’objets étranges (il exposait des sculptures étonnantes durant la convention).
Retard sur le timing : le « Barjaquizz » que j’étais censé animer est reporté au dimanche. Bon, dommage. Mais pas grave.
Rencontre-débat avec Jean-Pierre Andrevon animée par Ugo Bellagamba. L’auteur-phare de la SFF de la fin des années 1960 au début des années 1990, et considéré par René Barjavel comme son fils spirituel, est toujours un artiste très actif, il vient de sortir un album de chansons et termine un nouveau roman...
Jean-Pierre Andrevon et Ugo Bellagamba
Jean-Pierre Andrevon
Retour au centre-ville, à la Médiathèque, pour voir l’exposition de Didier Cottier, le « sculpteur de l’imaginaire ».
les créations de Didier Cottier
les créations de Didier Cottier
les créations de Didier Cottier
Didier Cottier discutant avec une jeune femme qui lui confie qu’elle a été remuée par la découverte de son travail
Que dire du travail de Didier ? Personnellement, j’adore ! On aime ou on n’aime pas, mais ses aliens, ses compositions à la fois organique, minérale, végétale et électronique ne laissent pas indifférent.
Soirée théâtrale sur le thème « Préhistoire et Science-Fiction ». Conférence sur Francis Carsac par Frédéric Boyer et spectacle de paléo-fiction « Mémoires d’Hommes » avec la charmante Vanessa Bellagamba, la sœur d’Ugo. En plein air. Fallait prendre une p’tite laine. ;-)
Retour à la Maison de Pays. Jean-Pierre Andrevon a poussé la chansonnette accompagné de sa guitare (euh, honte à moi, j’ai manqué cette soirée, mais l’adorable Joëlle Wintrebert, rencontrée dans le restaurant de l’hôtel le lendemain, m’a tout raconté au moment du petit déjeuner).

troisième jour
Promenade matinale au lieu d’assister à l’assemblée générale de l’association Infini (ce n’est pas la mort, je ne suis pas membre de l’association).
Rencontre-débat avec Catherine Dufour sur le thème « Des goûts et des Dieux, discutons-en ! », animée par Jean-Jacques Régnier.
Après-midi : table-ronde sur « La publication électronique, quel avenir pour la science-fiction française ? »
La publication électronique, quel avenir pour la science-fiction française ?
Participants (de gauche à droite sur la photographie ci-dessus) : Sylvie Lainé, Florence et Selene (les Lyonnes de la SF), Jean-Luc Blary (des éditions Eons) et Clément Pieyre. Animateur : Ugo Bellagamba. Les sujets abordés étaient aussi divers qu’intéressants : quel prix payer pour un support électronique, l’importance du travail éditorial absent dans le cas d’une auto-publication sur Internet, la lecture des textes sur e-book, etc.
Vote pour la convention SF de 2010...
Gilles Goullet, Frédéric de la librairie Omerveilles et Raymond Milési
Résultat : la convention SF se déroulera en 2010 à Grenoble, organisée par la Librairie Omerveilles et une petite équipe en train de se constituer (avec déjà Gilles Goullet, traducteur).
Informations sur la convention SF de 2009 qui se déroulera à Bellaing (dans le Nord de la France).
Pour la suite des événements, la convention SF a retrouvé le centre-ville où Michel Jeury, après une rencontre-débat sur le thème « Des étoiles au certif en passant par le terroir... » a signé son recueil La Vallée du temps profond, paru aux Moutons électriques en 2008.
Alors que tout le monde quittait le salon de thé (par ailleurs tenu par Dany Jeury, la fille de Michel) où s’étaient déroulées les signatures, mon amie et moi avons investi les lieux, rejoint peu après par Markus Leicht. Pendant ce temps, à quelques pas de là, se déroulait la remise officielle des prix littéraires :
  • Prix Rosny-Aîné, catégorie romans : Élise FONTENAILLE, avec Unica (Stock)
  • Prix Rosny-Aîné, catégorie nouvelles : Jean-Claude DUNYACH, avec « Repli sur soie » (in Bifrost, Numéro 47, Le Bélial’)
  • Prix Merlin, catégorie romans : Élodie TIREL, avec Les Héritiers du Styrix, (éditions Milan/Grands romans)
  • Prix Merlin, catégorie nouvelles : Virginia SCHILLI, avec « Dernier soupir » (in Solstice, Volume 1 : Facettes d’Imaginaire, éditions Mille saisons)
  • prix Cyrano : Michel JEURY, pour l’ensemble de son œuvre
  • Pépin d’or : Timothée REY, avec « Développement du râble »
En soirée, retour à la Maison de Pays pour le dîner de gala (mon amie et moi nous trouvions à la table où étaient présents Sylvie Lainé, Jean-Claude Dunyach, Anne Lanièce et Gilles Massardier). Remise du prix Versins (du plus mauvais jeu de mots fait durant la convention) par Jérôme « Globulle » Lamarque à Bruno Para. Vente aux enchères animée par Georges Pierru. Crevés, avec ma compagne, nous allons nous coucher dès le dessert avalé.

quatrième et dernier jour
Le dimanche, ainsi qu’une partie de l’après-midi du samedi (avec la rencontre-débat avec Michel Jeury), le programme de la convention de science-fiction était commun avec les Journées Barjavel.
Fabrice Méreste relisant ses notes, Ugo Bellagamba jouant à Monsieur Loyal
J’ai animé la dernière grande table-ronde sur le thème : « La place de René Barjavel dans le patrimoine de la science-fiction française » où participaient Nathalie Fert-Rifaï, Ugo Bellagamba, Michel Jeury, Sylvie Lainé et Pierre Creveuil. Un regret : l’absence de Jean-Pierre Andrevon, qui aurait eu tout un tas de choses intéressantes à dire sur René Barjavel, mais Michel Jeury a quand même eu l’occasion d’évoquer des anecdotes émouvantes sur la relation qu’il avait eu avec l’auteur né à Nyons, Michel appelant respectueusement celui-ci « Mon cher Barjavel » et se voyait répondre « Mon cher Jeury ». Petite gêne de la Nyonsaise Nathalie lorsque l’érudit Pierre évoquait l’attachement ambivalent de Barjavel à son pays (le petit René avait été plus ou moins obligé de quitter Nyons durant son adolescence).
Fabrice Méreste, Nathalie Fert-Rifaï, Ugo Bellagamba, Michel Jeury, Sylvie Lainé et Pierre Creveuil
Après cette table-ronde, en compagnie de Pierre Creveuil, nous avons animé un questionnaire très spécial (ce n’est rien de le dire) sur René Barjavel, le fameux barjaquizz, Pierre se chargeant des questions érudites sur l’auteur et son œuvre (on peut retrouver ces questions sur le barjaweb ici). De mon côté, je me suis occupé des titres d’ouvrages de Barjavel à retrouver après avoir été présentés sous la forme de synonymes approximatifs (à la manière des jeux SF animés par Raymond Milési le vendredi soir). Je me permets de vous les proposer à nouveau dans la liste ci-dessous. Pour ceux qui donnent leur langue au chat, passez votre curseur sur les titres afin de voir apparaître la solution...
  • l’esquimau du lac
  • Fraise en quête de l’épouse d’un acteur qui jouait James Bond
  • Danseuse génisse
  • Pas tôt en sous-préfecture du Jura
  • le 24 novembre 1929
  • Les routes du Brahmane, du Kshatriya, du Vaishya et du Shudra
  • Le futur chêne diabétique
  • Le fromage de Hollande frappe quand le cri de chasse se fait entendre
  • Un mauvais cheval chez les beaux-parents de Johnny Depp
  • La femme de l’oncle a des vents
  • Ténor pas rapide
  • Le leurre (sonore) de ces souverains russes
Le grand gagnant du barjaquizz était Georges Bormand, d’autres habitués des jeux SF (comme Bernard Dardinier) ont aussi remporté un des livres proposés par notre sponsor les Moutons électriques, éditeur, mais également quelques personnes qui étaient venues spécifiquement pour les Journées Barjavel (dont un jeune fan de Grenoble qui gagna le droit de participer à la conférence organisée dans l’après-midi par Pierre Creveuil).
Dernier repas pris à la Maison de Pays. Même Margot Bellagamba, quatre ans, la fille d’Ugo, était mobilisée (elle récupérait les tickets repas). Ça sentait les au revoir.
Retour au centre-ville, cour du collège Roumanille. Pierre Creveuil et son jeune assistant évoquaient « René Barjavel, écologiste de la science-fiction ».
le jeune fan grenoblois et Pierre Creveuil
La clôture de l’OliCon et des Journées Barjavel s’est faite en beauté : Vanessa Bellagamba et Claude Ecken ont lu des textes de René Barjavel, Michel Jeury, Sylvie Lainé, Catherine Dufour et Jean-Pierre Andrevon.
Claude Ecken et Vanessa Bellagamba lisant un texte de Catherine Dufour
Vanessa Bellagamba lisant un texte de Sylvie Lainé
le public attentif durant les lectures
Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin. Après les lectures et quelques rafraîchissements, il a fallu se séparer...
Envie de rester encore, de prolonger ces bons moments, encore une glace, encore quelques souvenirs de Nyons (de l’huile d’olives et du miel de garrigue), profiter encore et encore du soleil de la Provence. Et puis, quand même, il a fallu reprendre la voiture pour rentrer à Lyon...
En résumé, d’une certaine manière, cette convention SF aura été pour moi paradoxale car, en tant que co-organisateur (j’étais déjà venu à Nyons afin de préparer l’OliCon avec Ugo Bellagamba en novembre 2007 et j’en avais parlé ici), je m’y sentais plus fortement impliqué qu’aucune autre rencontre science-fictive précédente, mais, comme j’étais venu à Nyons avec mon amie, et que nous souhaitions très naturellement nous réserver un peu de temps rien qu’à nous, je me suis finalement révélé être un « olico-participant » assez peu présent, ayant manqué quelques grands rendez-vous de cette manifestation et la quasi-totalité des repas pris en commun... (Que celui qui, à ma place, aurait souhaité ne pas vivre les délicieux déjeuners, goûters ou dîners que nous avions pris en amoureux loin de tout le monde me jette la première pierre.) Emmener à Nyons la fleur qui embaume sa vie du parfum de l’amour, c’est être avec une rose...
Une Rose...
...au Paradis !
...au Paradis

Pour voir d’autres images prises par Markus Leicht lors de l’OliCon, vous pouvez aller ici (le 21 août) et là (le 22 août).
Pour vous rendre sur le compte rendu de la convention réalisé par Catherine Dufour, c’est ici.
D’autres liens sur des comptes rendus et photos de la convention peuvent se trouver sur la page d’accueil du site ActuSF.
Pour récupérer les photos en grand format, il suffit de m’adresser un courrier électronique (à  fabrice arobase mereste point net). Et si vous vous reconnaissez sur une photo et que vous ne voulez pas apparaître sur ce site web, il suffit de me contacter de la même manière.


Mardi, le 19 août 2008
En route pour l’Olicon 2008 !
Vous n’êtes pas sans savoir – du moins, je l’espère ! – que la 35econvention nationale de science-fiction va avoir lieu à Nyons (dans la Drôme provençale) du 21 au 24 août 2008.
Je laisserai donc mon nouvel appartement lyonnais, mes meubles non installés et mes cartons non déballés pour quelques jours, partant dès demain soir avec la femme de ma vie et sa chienne, ainsi que Sylvie Lainé (Bénie soit l’invention du GPS, car ce sera moi qui prendrai le volant).
Sylvie est l’invitée dont je m’occupe plus spécifiquement en tant que co-organisateur de la convention, vous pouvez lire ses réponses à mon questionnaire proustien ici, avec une rencontre-débat à son sujet prévue le jeudi après-midi intitulée « Une œuvre-éperluette, entre Science et Science-Fiction » dont je me charge de l’animation (ouh la la, qu’est-ce que ça va donner !)
En attendant un compte rendu des événements (si je trouve un peu de temps), voici l’affiche réalisée par l’illustrateur Jeam Tag :
Affiche de l’Olicon, © Jeam Tag, 2008
J’espère vous voir très prochainement à Nyons...


Vendredi, le 1er août 2008
Article supprimé
(...)


Dimanche, le 24 février 2008
T-shirt spécial Barjavel
Je viens de terminer de peindre un tee-shirt que je compte porter à l’occasion de l’OliCon 2008, la prochaine convention nationale de science-fiction.
Cet événement sera consacré à l’auteur René Barjavel et aura lieu au mois d’août à Nyons, la ville de Drôme provençale d’où est natif l’écrivain.
t-shirt personnalisé René Barjavel


Mercredi, le 23 janvier 2008
Anticipation, anti-, si, passions
Pff...
À la moitié du film Impostor de Gary Fleder (inspiré de l’œuvre de Philip K. Dick), je me doutais bien – malgré la chute à rebondissements – de qui était le réel imposteur.
Dans l’improbable Alien vs. Predator de Paul W. S. Anderson, il ne m’a pas fallu plus de 10 minutes pour imaginer quel personnage allait être le survivant.
Et dans la nouvelle PV de Lucas Moreno, au sommaire du numéro 49 de Bifrost (qui vient juste de paraître, un numéro spécial Robert Silverberg), dès la quatrième page, au moment où le personnage principal se demande ce que veut dire l’énigmatique inscription « P V », j’avais eu une idée assez nette de la signification de cet acronyme... et cette hypothèse, dévoilée 10 pages plus loin, s’est avérée être la bonne.
Bref, aucune surprise ! Ou si peu...
Mes connaissances et capacités de raisonnement – par déduction, induction, analogie ou autres – me gâchent de plus en plus le plaisir de la découverte et l’émerveillement face à la nouveauté.
Merde alors : je suis en train de perdre le regard d’enfant que je portais sur le monde...


Lundi, le 5 novembre 2007
Week-end en familles
La seule différence entre Nyons et le paradis,
c’est qu’à Nyons, on est bien vivant.

Je ne saurais mieux exprimer mes sentiments que René Barjavel évoquant la ville qui l’a vu naître, ce petit joyau situé au cœur de la Drôme provençale où je viens encore de passer un inoubliable séjour.
Vendredi 2 novembre, après quelques heures de train, d’attente de correspondance et de car – que les pages de bons bouquins et l’enchanteresse vision des paysages automnaux ne rendaient nullement fastidieuses –, j’ai retrouvé Ugo Bellagamba et sa famille dans cette magnifique ville médiévale. L’ami niçois, entre dix mille projets professionnels, d’écriture, et bientôt une nouvelle paternité, est à la tête du comité d’organisation de l’OliCon 2008, la prochaine convention nationale de science-fiction (à défaut de trouver des informations concernant cet événement sur le site, pas encore activé, je vous conseille d’aller sur le blog de la convention), et nul ne saurait résister à l’enthousiasme communicatif d’Ugo quand il vous demande de le rejoindre dans cette aventure. Comme nous étions le jour de la « Fête des Morts », je lui ai proposé d’aller à Tarendol voir la tombe de l’auteur à qui la convention SF 2008 souhaite rendre hommage, et, après nous être engagés sur quelques fausses pistes (comme suivre la départementale D185 au lieu de la D185b ou aller au cimetière de Bellecombe-Tarendol au lieu de celui de Tarendol), alors que le soleil se couchait, nous avons pu nous recueillir auprès de la demeure paisible de l’auteur qui nous a tant marqué.
René Barjavel, 1911-1985, écrivain


Samedi 3 novembre a débuté par une belle balade sur les hauteurs environnantes de Nyons. Après le déjeuner, alors que nous faisions la vaisselle, nous avons écouté à la radio Catherine Dufour (une invitée de l’OliCon 2008) en direct des Utopiales de Nantes qui venait d’obtenir le Grand Prix de l’Imaginaire pour sa nouvelle (Ugo, qui était nominé pour son texte Quirites, n’avait ainsi pas remporté de nouveau prix). L’après-midi s’est poursuivi en se promenant dans Nyons tout en discutant de science-fiction et de l’organisation de la convention. Le dîner a consisté en un délicieux pot-au-feu que nous avons partagé avec l’autrice Dany Jeury – la fille de Michel (autre auteur invité à la convention) – son mari et son fils et, après le dessert, nous avons joué à reconnaître des films à partir de leurs musiques (Ugo, tais-toi ! tu es trop fort...)
Dimanche 5 novembre, au matin, ayant décidé d’avancer plus sérieusement la préparation de la convention, Ugo et moi nous sommes rendus à la Place des Arcades pour nous installer au salon de thé une Rose au Paradis que tient Dany Jeury.
Une Rose au Paradis, le salon de thé tenu par Dany Jeury

Dany a donné à son charmant établissement le nom d’un roman de Barjavel – le lieu ne pouvant mieux s’y prêter ! – et, pour la petite histoire, on retrouve en quatrième de couverture de ce livre une critique signée de son papa dans Sud-Ouest.
Dans ce cadre idéal, les thés Marco Polo et Casablanca stimulant nos neurones, des schémas ont rempli peu à peu mon bloc-notes, nos ordinateurs ont vu leurs fichiers de données se compléter... Quelle agréable façon de travailler !
Avec Ugo Bellagamba, au salon de thé Une Rose au Paradis

Et puis, après le déjeuner, il a fallu ranger son sac de voyage et nettoyer la maison. Nous nous sommes quittés avec un petit pincement au cœur, Ugo et les siens laissant le « petit Nice » qu’est Nyons pour rejoindre le grand, plus au sud, et j’ai repris le car et les trains qui m’ont ramené chez moi.
Durant le trajet, alors que le soleil déclinant rendait la lecture difficile et que je me remémorais des moments vécus auprès de ces familles de cœur, partageant mon goût des livres et de l’écriture, je ne pouvais m’empêcher de penser que le Paradis, pour Barjavel et pour nous, c’est peut-être cela : rester vivant dans l’esprit des gens en leur apportant un peu de bonheur à travers quelques pages écrites avec passion...


Lundi, le 15 octobre 2007
Qui dîne dort peu
Ouais, l’expression française « qui dort dîne » – du moins dans son acception actuelle et non celle que lui donnaient les aubergistes d’autrefois – n’a pas vraiment pu s’appliquer à moi, la semaine dernière. Les rares soirs consacrés à une activité qui ne soit ni sportive ni artistique, je me suis retrouvé en bonne compagnie pour des dîners sympathiques.
Mercredi, j’ai retrouvé André-François Ruaud – le « capitaine » des moutons électriques, éditeur – à la gare de Châteaucreux... Nous sommes allés ensemble voir et écouter l’étonnant spectacle musical et humoristique Laissez votre science au bestiaire des Kazoo’s Belli, le groupe auquel participe notre ami le prof/chercheur/auteur/musicien Jean-Jacques Girardot. J’avais déjà assisté à une représentation des Kazoos, il y a près d’un an maintenant, mais comme Jean-Jacques a adapté le spectacle au thème du congrès dont il constituait la clôture peu commune, de la fantasy avait été introduite dans cet ensemble plutôt hard science par l’entremise du « bon génie des procédés ». Plaisir de voir des copains, le chanteur Rémi Garin, l’autrice Sylvie Lainé venue en famille, le sculpteur Didier Cottier... mais les uns doivent rentrer à Lyon ou ailleurs, les autres ne peuvent éviter le dîner de gala officiel, aussi André-François et moi sommes retournés au centre-ville à la recherche d’un petit restaurant. Il était cependant déjà plus de vingt-deux heures, et en semaine, dans notre bonne ville de Saint-Étienne, c’était peine perdue. Malgré tout, je suis parvenu à faire quelque chose d’assez convenable pour mon invité avec les crevettes et filets de poisson qui traînaient encore dans mon congélateur.
Jeudi soir, après une réunion pédagogique, dîner en compagnie de collègues dans un restaurant japonais. Le repas s’éternisait, les plats mettant un temps considérable à nous parvenir : la préparation des sushi, maki et sashimi ne semble pas bien s’adapter aux grands groupes de personnes. Néanmoins, l’ambiance était chaleureuse : je suis ravi de pouvoir travailler avec des infographistes, magiciens de l’art et des nouvelles technologies, et des profs pour le moins atypiques.
Samedi midi, à mon retour de la salle de gym, j’ai rencontré Jean-Jacques par hasard dans un magasin de surgelés (il fallait que je reconstitue le stock de mon congélateur). Déjeuner impromptu en sa compagnie, nous évoquons son spectacle de mercredi dernier et son retour à la vie « normale » car il va cesser pour un temps ses activités musicales. Chouette, il se peut que nous écrivions enfin la suite de notre nouvelle steampunk !
Samedi soir, j’étais invité par Gilles Massardier, un éducateur spécialisé, mais aussi diacre et auteur amateur de science-fiction (voir les Yeux pour pleurer) que j’avais rencontré le mois dernier lors de l’événement organisé par les Lyonnes de la SF. La soirée s’est déroulée au Passage de Saint-Chamond, un « lieu de vie », c’est-à-dire une structure où, avec son épouse et ses enfants (ainsi que, durant la semaine, d’autres éducateurs et travailleurs sociaux), ils accueillent jusqu’à huit enfants « à problèmes » dont ils s’occupent en se démarquant des projets classiques des grosses institutions et des familles d’accueil. Que dire d’autre que durant ces quelques heures en présence de Gilles, de son épouse, de ses gamins, des enfants du Passage et de la charmante psychologue, j’étais entré dans un autre univers ? La science(-fiction) évoque des univers parallèles, mais il n’est pas nécessaire de recourir à de tels subterfuges pour déboucher dans d’autres mondes, en tout cas « autre » pour moi qui ai vécu une enfance heureuse et très protégée au sein d’une famille aimante. Le travail que Gilles et ses collègues effectuent est formidable, je suis admiratif de la force qu’ils déploient à chaque instant pour vivre au quotidien avec des mômes dont les malheurs font ensuite trouver bien dérisoires les inimaginables horreurs rapportées par les médias ou certaines planches dessinées par Jiho. Étudiant en psychologie pendant quelques années, je n’ai jamais été spécialement attiré par les aspects cliniques, m’intéressant davantage aux aspects expérimentaux et aux théories cognitives. Cela m’avait permis d’échapper à la brutale réalité rencontrée par ceux qui travaillent dans le « social »... Pourtant, la vraie vie, ce n’est pas l’Île aux enfants : les monstres existent et ils ne sont pas gentils.
Dimanche, enfin, j’ai pu rattraper mon manque de sommeil. Mais cela ne m’a pas empêché de terminer une sculpture.
Naviguons sur la vie avec légèreté...
Sur les flots



Samedi, le 22 septembre 2007
Les contraintes créatrices
Je suis d’accord avec David et Umberto. (Attention, article long, plus de 1500 mots, mais ça compense le fait que mon dernier billet date du début de la semaine...)
J’ai terminé depuis peu Dans les coulisses du roman, le dernier essai de l’excellent écrivain britannique David Lodge. Dans ce livre fort instructif, Lodge commence par raconter l’histoire mouvementée de l’écriture et de l’accueil par le public de L’auteur ! L’auteur !, sa biographie romancée d’Henry James (parue en 2005 en France), histoire mouvementée en effet car, peu avant la sortie de son roman, un autre (a priori très bon) livre était malencontreusement paru en Grande-Bretagne traitant du même sujet...
Le chapitre de l’essai de Lodge qui m’a cependant le plus interpellé concerne l’histoire de l’écriture du Nom du la rose d’Umberto Eco (roman paru en 1980 en Italie et en 1982 pour la traduction française), livre dont Eco lui-même avait déjà parlé dans son essai Apostille au Nom de la Rose (1983).
À l’origine, Eco voulait placer son histoire dans l’Italie contemporaine, mais il a finalement choisi la fin du Moyen Âge, a repris des éléments classiques du roman policier en situant l’intrigue principale dans un lieu isolé (une abbaye) et, tout en produisant un texte érudit qui continue de faire le délice des intellectuels, a rendu un hommage appuyé à Conan Doyle – dont l’œuvre a connu et connaît encore un incontestable succès populaire – à travers son héros détective (qui a d’ailleurs pour nom « Guillaume de Baskerville », comme le fameux chien). Pour Eco, la construction du roman s’est effectuée à travers l’apparition d’un ensemble de contraintes créatrices afin de garder toute sa cohérente, ainsi l’histoire devait-elle se dérouler au cours du XIVe siècle, dont il était peu familier (Eco maîtrisait davantage les XIIe et XIIe siècles) puisqu’il fallait que l’esprit philosophique de Roger Bacon et Guillaume d’Occam (dont est animé le héros) ait existé au temps du récit, ou encore l’abbaye devait-elle être située en altitude afin de faire coïncider deux éléments temporels, le premier concernant un événement non fictif (ayant eu lieu en novembre 1321), le second un effet du roman (un cadavre retrouvé la tête enfoncée dans du sang de cochon – en référence à l’Apocalypse –), ce qui n’était possible qu’en hiver (en une autre saison, il était trop difficile de conserver la viande de cochon avant de pouvoir la préparer, et les cochons n’étaient ainsi abattus que par temps très froid) ou un peu plus tôt dans les lieux situés en altitude.
Je reprends les propos de David Lodge dans Dans les coulisses du roman (Rivages, 2007) traduits de l’anglais par Marc Amfreville, à la page 261 :

En d’autres termes, pour raconter une histoire, il faut construire un univers qui a une relation cohérente et logique avec le monde réel, le défi pour le romancier consiste à explorer et à développer sa ou ses idées de récit à l’intérieur de ces contraintes. Les relations entre l’univers fictionnel et le monde réel ne requièrent pas nécessairement l’imitation réaliste (l’allégorie, par exemple, entretient avec le monde réel une relation logique cohérente mais sans aucun caractère réaliste) ; toutefois, pour ce qui concerne Le Nom de la rose, c’est le cas.

Avec mon ami auteur Jean-Jacques Girardot, nous avions rencontré le même type de phénomène lors de l’écriture de notre nouvelle intitulée « Quand s’envoleront ma vie et ma conscience... » (parue en 2003 dans l’anthologie Passés recomposés, sous la direction d’André-François Ruaud, aux éditions Nestiveqnen).
Tous deux chercheurs en informatique dans le « civil » et spécialisés en hard science-fiction, je n’imaginais pas que ma collaboration avec Jean-Jacques Girardot se jouerait sur le registre du steampunk, cette science-fiction essentiellement située à l’ère victorienne ou édouardienne qui présente un univers différent du nôtre à travers quelques traits distinctifs, tels l’apparition d’éléments fantastiques, ou bien à travers l’énergie qui n’est plus associée à l’arrivée de la fée électricité mais à des sources différentes comme une intensification de la force caractéristique de la révolution industrielle qu’était la machine à vapeur (d’où vient d’ailleurs le terme steam au lieu du cyber de cyberpunk).
Puisque nous avions l’opportunité de proposer un texte dans une anthologie uchronique, et donc de travailler sur une histoire à la structure cohérente mais décalée de l’Histoire (véritable) par l’apparition d’un événement non réel (ou la non production d’un fait historique avéré), Jean-Jacques m’avait fait part de son envie de se laisser guider par des éléments inspirés par ses lectures de jeunesse. Il souhaitait ainsi retrouver dans notre texte la société de dirigeables ABC décrite par Rudyard Kipling – le célébrissime auteur du Livre de la jungle (1894) – dans ses nouvelles « As Easy as ABC » ou « With the Night Mail », mais aussi désirait employer un personnage de fiction inventé par sir Arthur Conan Doyle, à savoir le professeur Challenger (le héros du Monde perdu, un peu moins connu il est vrai que Sherlock Holmes).
Tout d’abord, les propositions de Jean-Jacques m’avaient assez déconcerté. N’étant pas de la même génération que lui, je n’avais pas eu ce genre de lectures durant mon enfance, et je me sentais un peu mal à l’aise à manier un univers issu d’un matériel littéraire que je ne maîtrisais pas. J’ai pourtant lu les quelques textes proposés par Jiji, rafraîchissants comme des bonbons acidulés, et – de mon côté – j’ai fait des recherches sur la période du début du XXe siècle pour apporter ma propre pierre à l’édifice que nous construisions, et je suis tombé sous le charme de cette époque où bouillonnaient de nouvelles visions scientistes du monde. L’image à laquelle tenait Jean-Jacques était celle d’un dirigeable s’arrimant à la tour Eiffel. Nous avions donc une contrainte de lieu, Paris, et une contrainte de date, après l’Exposition universelle de Paris de 1889. Des auteurs passionnés avaient analysés les textes de Conan Doyle et avaient situé la rencontre du professeur Challenger et du journaliste Malone (au cours du Monde perdu) vers 1905. Il fallait donc que l’histoire ait lieu un peu plus tard, et comme nous pensions que l’Exposition universelle était un événement qui aurait bien pu s’accompagner d’une rencontre entre des hommes de sciences de tous les pays, nous avions imaginé une nouvelle exposition à Paris en 1909 (au lieu de celle qui eut lieu à Seattle). Le contexte politique trouble à la veille de la Grande Guerre (au sein des grands pays d’Europe, ou dans leurs colonies) que connaissait l’année 1909 était intéressant à plus d’un titre et nous permettait de mettre en avant un certain nombre d’événements différents de l’Histoire, ces différents faits étant des conséquences de la divergence uchronique que nous avions située quelques années plus tôt. Clin d’œil à Sherlock Holmes, nous avions aussi mis en place un lieu clos où un crime avait été réalisé (le meurtre et la disparition de l’équipe lyonnaise du docteur Claudius Regaud dans l’École militaire du Champs de Mars où étaient consignés tous les savants). Il était vraiment très curieux de se rendre compte que plus nous faisions des recherches pour ancrer notre histoire dans le réel (tout en considérant les effets possibles de la divergence uchronique que nous nous étions imposés), bien que des contraintes se soient mises en place, l’essentiel des informations trouvées avaient plutôt une vertu créatrice et nous donnaient plein d’idées pour rebondir au niveau de l’intrigue. C’était impressionnant : plus nous grattions le passé, plus nous découvrions des personnages historiques ou des événements réels qui ne faisaient que renforcer nos idées d’un passé alternatif qui aurait pu se produire.
Pour les lecteurs intéressés, vous trouverez l’article retraçant de façon plus détaillée cette histoire de création littéraire sous forme papier dans « Le steampunk, une machine littéraire à recycler le passé », parue dans La Science-Fiction dans l’Histoire, l’Histoire dans la Science-Fiction, Actes du Colloque, Nice – 10-11-12 mars 2005, dir. D. Terrel, Revue Cycnos, Volume 22, Numéro 1, p. 55-66, 2005 (en collaboration avec Jean-Jacques Girardot) ou directement sous forme électronique ici.
Néanmoins, même si écrire est une activité passionnante (je commence à avoir à présent assez de matière pour donner une suite à cette nouvelle, j’attends avec impatience que Jean-Jacques soit un peu plus disponible pour se lancer dans l’aventure), et qu’il est tout aussi plaisant de lire les romans de David Lodge et Umberto Eco que leurs essais, il faut malgré tout ne pas se leurrer : il y a de moins en moins de lecteurs (en dehors de quelques phénomènes moutonniers de PotterMania touchant essentiellement le jeune public) et paradoxalement de plus en plus d’auteurs, pas nécessairement de talent... C’est ainsi que les derniers éditeurs publiant de la littérature de l’imaginaire ne proposent plus vraiment de science-fiction ambitieuse, je n’ai réussi à en trouver aucun capable de miser un kopeck sur quelqu’un qui, comme moi, cherche à faire publier un roman exigeant transcendant les genres de la science-fiction, de l’espionnage et du thriller, un texte qui va de la hard science fiction jusqu’aux interprétations ésotériques de la Bible tout en passant par la critique sociale.
Las, cela ne m’empêchera pas d’écrire, même si je ne rencontre mon public que par l’intermédiaire de ce site Web.


Lundi, le 17 septembre 2007
Rencontres ambigrammées (sens dessus dessous)
Samedi soir s’est déroulé le Lyonnacolo, une rencontre science-fictive franco-italienne organisée par les Lyonnes de la SF.
Un peu avant 17 heures, j’arrive à Temps Livres, l’antre de Markus Leicht, où se trouve déjà Georges Bormand. Un peu plus tard, d’autres gens arrivent : des Français, des Italiens, un Espagnol... Nous collons des étiquettes (« I speak English » et « Je parle français » dans mon cas) sur nos badges. Là, trop la classe : je sors mon propre badge avec mon pseudo « Méreste » sous forme d’ambigramme (celui-ci). Les gens ne peuvent s’empêcher de tourner mon badge à l’envers parce que ça les intrigue...
Notre petite troupe quitte la boutique en laissant Markus, qui a l’air bien fatigué, et qui ne nous rejoindra pas pour la soirée, dommage. Il y a aussi d’autres absents : Franco Ricciardiello ne pourra pas venir. Et m... ! J’avais prévu de lui faire signer deux bouquins amenés tout exprès, dont Passés recomposés où se trouve également une de mes nouvelles : il était l’un des derniers auteurs de cette anthologie dont je n’avais pas encore la dédicace...
Nous passons auprès des bouquinistes du quai de la Pêcherie, puis traversons la Saône, quai Fulchiron, pour aller chez le Père Penard. Mon sac est prêt à exploser... j’ai emporté ma trousse de toilette et un minimum de vêtements (mon petit frère lyonnais a prévu de m’héberger pour la nuit). Par conséquent, avec les livres déjà emportés, les « nouveaux » bouquins (d’occasion) achetés, ça n’va pas l’faire...
Un peu plus de 19 heures, nous arrivons au Café de la Cloche. Nous retrouvons d’autres gens, dont Sylvie Lainé, une amie qui faisait – comme moi – partie de la Gang, au début des années 2000 (ben mince, ça semble super loin, dit comme ça !). Sylvie sera invitée à la prochaine convention nationale de science-fiction, l’OliCon, dont je suis l’un des organisateurs. Je lui montre l’ambigramme que j’ai fait à partir de son nom :
Sylvie Lainé

Ça a toujours quelque chose d’étonnant...
À propos de l’OliCon qui aura lieu à Nyons en 2008, l’auteur René Barjavel (né dans cette ville) fera partie du programme à travers une table ronde lui étant consacrée (et que votre serviteur se devra de modérer) et où participera, outre Sylvie (ah, tu n’étais pas au courant ?), Pierre Creveuil, l’un des principaux animateurs du barjaweb, le site Web le plus complet sur ce grand monsieur.
Hop, voici l’ambigramme que j’ai fait pour Pierre :
Pierre Creveuil

Appelé par la faim, nous rejoignons une crêperie, et je fais la connaissance de Gilles Massardier, un éducateur spécialisé (mais portant aussi bien d’autres casquettes !) qui est l’auteur de quelques petits textes de SF, dont celui-ci. Le personnage est fort intéressant, et comme c’est un « voisin » saint-chamonais, plutôt que de passer la nuit chez mon frère, il s’est proposé de me raccompagner à Saint-Étienne et nous avons pu poursuivre sur le chemin du retour vers la Loire la discussion que nous avions entamée au restaurant puis en revenant au café.
Voici ce que donne son nom en ambigramme :
Gilles Massardier

En résumé, cette soirée Lyonnacolo s’est passée de manière assez curieuse, je n’ai pas tellement eu l’occasion de discuter avec les amateurs italiens de science-fiction (je ne me suis pas retrouvé à côté de l’un d’eux, à table ou au café), mais pas de réel regret : j’ai retrouvé des anciens amis et fait la connaissance de personnages intéressants, tel Gilles, même s’il était bizarre de se rencontrer à Lyon alors que la distance qui sépare Saint-Étienne de Saint-Chamond n’est que d’une douzaine de kilomètres...


Jeudi, le 13 septembre 2007
La double double-vie de Fabrice M.
L’excellent et regretté Polonais Krzysztof Kieślowski avait réalisé, en 1991, un film étonnant : la Double Vie de Véronique. Dans ce petit bijou cinématographique, une femme, après la mort de son impossible double, voyait sa vie curieusement changer...
En ce qui me concerne, j’ai deux doubles vies : une d’enseignant/chercheur qui m’occupe durant une bonne partie de la période diurne des jours ouvrables (et bien souvent davantage) où je suis le « docteur Fab M. », et une autre d’auteur/sculpteur – que j’exerce le reste du temps – sous le pseudonyme de Mister « F. Méreste ».
Parfois, ces deux vies se mêlent. Hier matin, avant de coiffer ma casquette de prof et de passer la journée à participer à des jurys de soutenance de stage ou à donner des cours, j’étais devant l’ordinateur afin de concevoir l’affiche annonçant la prochaine exposition d’arts plastiques de mes collègues et moi-même (cela se passera à l’atrium de la Bibliothèque universitaire du site de Tréfilerie « Droit, Lettres », à Saint-Étienne, du 13 au 28 septembre 2007, voir ici). Et tout à l’heure, je vais installer cette expo avant de retourner bosser « pour de vrai » à mon labo.
Samedi, cette fois en tant qu’auteur, j’irai à Lyon pour participer au Lyonnacolo, une soirée-débat avec quelques auteurs et animateurs du petit monde science-fictif de France et d’Italie, un événement organisé par les Lyonnes de la SF.
Bref, je n’ai vraiment pas le temps de m’ennuyer...
Enfin, petite nouveauté : j’ai décidé de ne plus indiquer directement mon pseudonyme sur les étiquettes des œuvres plastiques que je vais exposer. Désormais, seuls seront présents le nom de la sculpture, l’URL permettant d’accéder à ce site Web et, en guise de signature, le nouvel ambigramme de mon nom d’artiste :
Méreste, l’ambigramme me servant désormais de signature




Mardi, le 4 septembre 2007
Rencontre SF : Lyonnacolo le 15/09/2007 à Lyon
Pour la rentrée, voici le rendez-vous à ne pas manquer pour les amateurs de science-fiction de la région lyonnaise : Lyonnacolo, la rencontre science-fictive franco-italienne organisée le 15 septembre 2007 au Café de la Cloche, 4 rue de la Charité, à Lyon. Avec : Cet événement est organisé par les sympathiques Lyonnes de la SF.


Dimanche, le 26 août 2007
Ambigrammes, quand il n’y en a plus...
Faut croire qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. En ce dimanche où je n’avais guère envie de sortir, je me suis dit que je devais relever le défi et essayer de faire un ambigramme avec un nom qui m’avait résisté (du moins, jusqu’à hier). Eh bien, c’est chose faite. Certes, J’ai toujours des problèmes quand il y a trop de différences de lettres entre les noms et prénoms, mais j’ai quand même réussi à faire un ambigramme avec le nom de l’ami auteur, essayiste et éditeur André-François Ruaud :
André-François Ruaud


René Barjavel, l’auteur qui – alors que j’étais tout petit – m’a donné le goût de la lecture, de l’écriture et de la science-fiction (je fais d’ailleurs partie de l’équipe organisant l’Olicon en 2008, l’événement couplant la prochaine convention française de science-fiction et les Journées Barjavel) :
Barjavel


Christopher « Chris » Yukna, un ami prof d’anglais (pas très orthodoxe, comme il le dit lui-même) et auteur amateur de science-fiction :
Chris Yukna


Emmanuelle « Manue » Beaunis, une amie architecte rencontrée lors de mon récent séjour aux Antilles :
Manue Beaunis


Bon, hein, je vais me calmer avec les ambigrammes durant ces prochains jours.
Enfin, je vais en tout cas essayer...


Jeudi, le 23 août 2007
Am, stram, gram, ambigramme (tribute to friends)
Pendant que Dean nous coupait du reste du monde, à défaut de pouvoir sortir profiter de la mer des Caraïbes, de la piscine ou des autres charmes des Antilles, il a bien fallu nous occuper.
Avec mes amis, nous n’avons sans doute jamais autant joué aux jeux de société que durant cette période d’attente, et j’ai découvert à cette occasion que j’étais un champion du Trivial Pursuit. Bon, mon ego en a quand même pris un coup, car il s’agissait de l’édition « Junior » – c’est-à-dire réservée aux 7 à 15 ans –, ce qui nuançait grandement ma soi-disant culture...
J’ai donc eu du temps pour lire, mais aussi pour écrire (et pas que des cartes postales, postées longtemps avant l’annonce du cyclone) et pour dessiner.
J’ai ainsi réalisé de nouveaux ambigrammes, comme ceux réalisés la dernière fois.
Alors les voici :

Markus Leicht, un ami auteur.


Francis Valéry, un autre ami auteur.


J’en ai encore dessiné quelques autres depuis. Je les mettrais en ligne un de ces jours...


Mardi, le 8 mai 2007
Le théoricien
[Voici un texte reflétant mes angoisses en rapport avec l’état du monde et de mes connaissances personnelles très spécialisées sur le domaine.
Espérons que cela ne restera que de la fiction...]

À l’Université, les étudiants l’appelaient entre eux « Professeur Tournesol ». Au laboratoire, bien qu’il n’ait pas porté de surnom officiel, il était considéré par ses collègues comme une espèce de dinosaure. Ses derniers doctorants avaient soutenu leurs thèses depuis bien longtemps, ses sujets de recherche étaient aujourd’hui complètement désuets. Le directeur lui avait fait savoir à de multiples reprises que la seule manière pour lui de s’en sortir aurait été de demander un CRCT, un « congé pour reconversion et congé thématique », mais il s’obstinait à ne rien changer à son mode de fonctionnement. Travaillant en électron libre, il poursuivait son petit bonhomme de chemin dans le domaine le plus théorique qui soit de l’apprentissage automatique, ce thème de l’intelligence artificielle qui cherchait à rendre les machines plus « intelligentes » à travers des processus d’apprentissage. Tout juste toléré – car il publiait quand même chaque année son lot d’articles dans des revues qui avaient en commun de contenir en sous-titre les termes « theoretical issues » –, il occupait le bureau le plus exigu du campus, avec pour seul mobilier une armoire bancale pleine de vieux livres accumulés au fil des années, une chaise, une table de classe et une antiquité d’ordinateur dont la déplorable définition d’écran fatiguait ses yeux désabusés.

L’époque était à la recherche appliquée. Ainsi, chaque fois qu’il demandait des crédits pour partir en mission, il se voyait répondre une fin de non recevoir, les conférences où il souhaitait se rendre ne se trouvaient jamais parmi celles de la liste que le laboratoire finançait. Un jour, à sa grande surprise, on parla de lui. Un de ses articles avait été cité dans un papier d’une équipe américaine qui essayait de mettre au point un système d’analyse des blogs d’étudiants. L’objectif affiché était de prévenir une tragédie telle que l’absurde carnage qui s’était produit en Virginie, à la mi-avril 2007. Ses travaux purement théoriques en apprentissage automatique avaient ainsi quelque espoir d’être réutilisés dans des applications concrètes. Seulement, il n’y avait qu’aux États-Unis que cela pouvait se produire.

Il fit quand même une chose qu’il n’imaginait possible : il répondit à un appel à projet initié par le Ministère délégué à la Recherche et aux Nouvelles Technologies. L’enveloppe budgétaire de ces projets avait sensiblement gonflé peu après les élections présidentielles et législatives. Malgré son ignorance des chiffres et le peu de contact qu’il avait avec ses collègues du même ou d’autres laboratoires, sa proposition reçut une réponse favorable. Il pouvait à présent monter une équipe rien qu’à lui, incitant des étudiants brillants à venir à ses côtés pour les encadrer en thèse, accueillir des stagiaires de master de recherche et faire travailler des ingénieurs… Ses collègues jaloux se dirent que la comète avait tardé à s’écraser sur Terre et que le dinosaure, au lieu de disparaître, s’était en fin de compte adapté, prêt à dévorer les mammifères.

Boostés par l’argent, les travaux qu’il dirigeait avancèrent au pas de charge. Les algorithmes fondamentaux qu’il avait développés trouvaient une application idéale dans la fouille de données multiformes telles que les informations présentes sur l’internet. Peu soucieux de ses semblables, il ne se rendit pas compte que le nouveau président de la République avait fait passer en douceur tout un ensemble de mesures inspirées de l’USA PATRIOT Act.

Les jeunes docteurs qu’il avait formés ne trouvèrent pas de postes dans la recherche ou l’enseignement supérieur mais dans une autre instance ministérielle, celle de l’Intérieur.

Lorsque les mesures liberticides mises en place par le gouvernement furent trop visibles, lorsque les forums et les blogs commencèrent à s’enflammer sur l’internet, avant que le feu de la rébellion ne descende dans la rue, il ne fallut qu’un instant à la Police pour l’étouffer en arrêtant quelques centaines de meneurs. Grâce aux outils de veille dont elle disposait pour prendre le pouls de la conscience de la France, elle avait pu remonter jusqu’aux principaux fauteurs de trouble potentiels : les petits moucherons, en s’agitant sur la Toile, croyaient s’en servir pour communiquer alors qu’ils ne faisaient qu’attirer à eux la vorace araignée.

Quand le professeur vit le lendemain les arrestations des blogueurs aux journaux télévisés, il eut la désagréable impression qu’il avait peut-être été un des innombrables engrenages d’une énorme machine répressive, mais cette idée s’envola aussi rapidement qu’elle était apparue. Après tout, il n’était qu’un théoricien.


© Fabrice Méreste, 2007.



Mercredi, le 28 mars 2007
Une grenouille et des agents secrets dans une uchronie 60’s
Neurotwistin’ de Laurent Queyssi, voilà un livre qu’il est bien : une grenouille génétiquement modifiée devient auteur de romans à la OSS 117 ou James Bond 007. Mais cette grenouille, malgré son succès populaire, n’est vraiment pas heureuse : elle se morfond de ne pas être homme, alors qu’elle a pourtant des sentiments bien humains...
Neurotwistin’ est le premier roman de Laurent "Mars Hotel" Queyssi (dont on retrouve le blog ici, ou qu’on retrouve sur Myspace là) qui, bien que se trouvant encore en "vrai" papier en librairie ou sur le site de son éditeur, les moutons électriques, (ou même dans ma propre bibliothèque !) peut maintenant se trouver également sous forme de fichier PDF sur le site de l’éditeur ici. On peut aussi écouter le monsieur causer de ses projets d’écriture . A lire, voir et entendre 


Mardi, le 27 février 2007
À la mémoire de Patrice
Désolé de ne répondre ni aux messages ni aux commentaires, je suis pris par le boulot... et je n’ai pas trop le moral pour cela en ce moment.
Dimanche, à savoir hier, j’étais à Lyon. Je devais voir là-bas des amis et connaissances du petit monde de la littérature de l’imaginaire (science-fiction et fantastique), et parmi eux, Patrice Duvic, un de ces géants de la SF francophone qui, même s’il était resté discret en tant qu’auteur (avec quand même une poignée de romans, dont même un adapté au cinéma, et quelques nouvelles), avait eu l’occasion de cotoyer et interviewer les plus grands auteurs de SF américains (Philip K. Dick par exemple) et avait travaillé en tant que directeur de collection pour Denoël ou Pocket.
Patrick et son épouse se faisaient attendre. André-François Ruaud, notre hôte, a cherché à les contacter pour prendre des nouvelles. Les larmes aux yeux, il a reposé le téléphone pour nous apprendre le décès de Patrice. C’était un choc car, même si nous savions tous que Patrice était malade, il était sorti de l’hôpital et semblait mieux aller.
Adieu Patrice... Voilà un grand vide. Nous pensons tous à Monique et à sa douleur. Cette soirée, à la mi-décembre, sera donc la dernière où j’aurais vu Patrice vivant. Nous avions eu une discussion en aparté intéressante, il m’avait donné des conseils au sujet de la publication de mon roman. Je lui avais envoyé un courrier électronique dernièrement qui poursuivait cette discussion. Mais il n’y aura plus jamais de réponse.


Mardi, le 6 février 2007
Après Fiction Spécial, le Fiction W !
L’excellente maison d’éditions les moutons électriques vient de sortir un numéro spécial (et promotionnel) de sa revue Fiction.
On le trouve en téléchargement gratuit ici
Y’a bon !


Dimanche, le 28 janvier 2007
Kikoolol attitude
Ça y est, j’ai ouvert mon SkyBlog site sur MySpace.
C’est amusant, j’ai retrouvé des gens déjà croisés ici ou là dans la vraie vie à l’occasion d’événements en rapport avec l’écriture (Markus Leicht, Sire Cédric, Laurent Queyssi, Fabrice Colin, Mélanie Fazi, Natacha Giordano...) et j’ai fait la connaissance d’autres personnes sympathiques et fort intéressantes.
En plus, comme c’est tout neuf pour moi, j’ai posté quelques billets ces jours derniers :
– Science-fiction sans technologie n’est-elle que ruine de l’âme ?
– Une justice au royaume pourri du cinéma ?
– Pourquoi écrire ?
– Mylène et moi
Donc maintenant, j’ai une véritable excuse si je suis un peu silencieux sur mon weblog, non ?


Samedi, le 27 janvier 2007
Science-fiction sans technologie n’est-elle que ruine de l’âme ?
Il est assez amusant de voir que de nombreux auteurs de science-fiction sont complètement "largués" au quotidien par la technologie, offrant dans leurs textes des visions se situant à des années-lumière du tout-venant mais carburant dans la vraie vie au low-tech.
Un de mes amis auteurs travaille encore avec un vieil ordinateur avec un modem en bois, et transfère ses fichiers avec une disquette... à la plus grande perplexité de certains éditeurs qui ne savent plus comment récupérer les données binaires sur ce type de support archaïque.
Moi-même, pourtant chercheur en intelligence artificielle, je me refuse à des éléments considérés comme "indispensables" à la vie moderne, et je passe pour un extra-terrestre auprès de ceux qui font ma connaissance.
1) Je n’ai pas de télévision. Moyen d’interactivité nul, on passe trop de temps à regarder des bêtises. Non, la vie est trop courte pour perdre du temps devant la pub. Aujourd’hui, il est vrai que j’arrive à avoir les chaînes de la TNT sur mon ordinateur, mais je me limite aux titres des journaux de 20 heures et à de rares émissions enregistrées de temps à autres.
2) Je n’ai pas de voiture. Je suis de l’espèce hyper-urbaine qui vit avec les transports en commun, ou le roller en cas de grève ou de beaux jours. J’ai pourtant mon permis avec tous ses points et j’avais une voiture pendant une dizaine d’années, mais habitant en centre-ville, je prends bus et tramway pour me déplacer au quotidien, ou train et avion de temps en temps. Je n’ai jamais beaucoup aimé conduire une voiture, je ne suis pas fan de la vitesse, et j’ai toujours un bouquin dans la poche ou mon sac. Les transports en commun, c’est du stress en moins, et du temps de lecture en plus.
3) Je n’ai pas de téléphone portable. Bien sûr, j’ai un téléphone fixe chez moi et à mon bureau, et je consulte très régulièrement mes courriers électroniques. Mais quelle idée saugrenue que de faire croire que l’on a besoin d’être contacté dans l’instant même, à tout moment ? J’avais d’ailleurs écrit une nouvelle au sujet des téléphones portables, il y a de cela quelques années :
Cellulaire sans en avoir l’air
Ce qui est pratique n’est pas toujours nécessaire... Il faut faire des choix dans la vie. :-)


Mardi, le 23 janvier 2007
Anges et vieux démons
Reçu hier, dans ma boîte aux lettres (car je suis abonné, si si...) le dernier numéro en date (le 45) de la revue Bifrost. Et dedans, pages 101 et 102, une critique de l’anthologie les Anges électriques par Thomas Day.
D’ordinaire, ça déménage sec quand cet écrivain joue au critique (surtout quand il endosse le pseudonyme collectif de « Cid Vicious » !) mais, même en signant son article sous son nom de plume, cela ne l’empêche pas de tailler dans cette anthologie parfois à la hache, et pas nécessairement sans raison. Quand on arrive à la nouvelle écrite par votre serviteur, cela donne :
« (...) Seule bonne surprise francophone, Fabrice Méreste, qui frôle l’excellence, avec un texte trop sensuel pour être qualifié d’eganien, même s’il y a un peu de Greg Egan dedans ; dommage que la chute, qui pourrait être facilement considérée comme un tract catho anti-avortement, ajoute au texte une morale nauséabonde. »

Euh, que dire ? Bon, il y a du compliment, certes, et on me rapproche inévitablement de Greg Egan parce que j’écris de la hard science sur la problématique de la nature de la conscience. Cependant, cette thématique n’est pas l’exclusivité de l’auteur australien car, étant chercheur et ayant une formation en sciences cognitives, il n’y a rien de plus normal à ce que j’aborde aussi le problème de la nature de l’esprit. D’ailleurs, mon ami et compagnon de plume Jean-Jacques Girardot était aussi considéré comme « eganien » dans certains de ses textes.
La fin de la critique de Thomas Day est plus difficile à interpréter avec son conditionnel ambigu. Me prendre pour un catholique intégriste adepte d’une position anti-avortement est ridicule (il suffit de me connaître). Ma nouvelle « des Ailes dans la tête » aborde cependant la question des cellules souches, un sujet sensible auquel j’ai tenté de donner une réponse optimiste : quand des cellules embryonnaires, voire fœtales, ne peuvent donner lieu à la constitution d’un nouvel être en raison des circonstances, au moins peuvent-elles avoir une utilité pour des individus qui en auraient un besoin vital. À ce titre, cela rejoint l’idée plus générale du don d’organe, et on peut déjà retrouver des éléments similaires dans la fin métaphorique de l’étonnant film québécois Jésus de Montréal de Denys Arcand (1989).


Dimanche, le 17 décembre 2006
Un de plus
Jeudi matin, grand moment : j’ai posté mon roman à un éditeur. Des heures de travail, des années de maturation, des espoirs et des déceptions, et voilà enfin mon bébé envoyé entre les mains du comité de lecture. Croisons les doigts...
Vendredi, préparation des gâteaux destinés au lendemain matin. Plus tard, je me suis retrouvé à Lyon avec l’ami Jean-Jacques Girardot à l’occasion de la soirée culturelle, littéraire et festive organisée par Sylvie. Moment vraiment Très sympa. Discussions plaisantes avec les anciens de la (et non « le ») Gang, ainsi que Jean-Marc Ligny, Patrice Duvic (qui m’a donné des idées d’éditeurs à qui proposer mon thriller si jamais la maison d’éditions à qui j’ai proposé mon texte le refuse), j’ai fait dédicacer quelques ouvrages et j’ai eu moi-même l’occasion de dédicacer quelques exemplaires des Anges électriques où se trouve ma nouvelle « des Ailes dans la tête ». Quelques photos sur le blog de Markus Leicht.
Samedi matin, réveil avec un an de plus. Mauvaise nouvelle en partant faire du sport, chargé de mes gâteaux faits maison et bouteilles de jus de fruits et d’alcool : pas de tram ni de bus en raison de la grève. Eh meeeeeeeerdeeeeeeee... Fort heureusement, je ne suis pas arrivé en retard à mon club de sport, mais ma promenade imprévue chargée comme un mulet a remplacé le temps que je comptais passer sur le step. Nous avons bien transpiré et les gâteaux Bagdad et pomme-amande (ce dernier étant cuit au four à micro-ondes) accompagnés de clairette de Die et de crémant d’Alsace nous ont permis de récupérer les calories brûlées durant l’effort. Arf !
Et puis ce fut la course pour faire tous les magasins, la fromagerie de la Préfecture, Centre 2 avec un retour chargé de bouteilles, les pains rustiques de Paul, le marchand de primeurs, les gâteaux d’anniversaire commandés chez Nelson, l’épicier du coin... tout ça en ne pouvant circuler qu’à pied. Gnurf.
Samedi soir, tout était à peu près prêt (j’étais en train de finir de préparer mes toasts) quand est arrivée la première invitée, suivie de peu par des Lyonnais (famille et amis) et mon appartement s’est rempli petit à petit. Soirée vraiment très chouette, j’ai été gâté par tout le monde, et bien entendu j’ai prévu à boire et à manger avec excès, j’ai de bonnes réserves de bouteilles (une pseudo-cave avec un éventail acceptable de rouges, blancs et vins pétillants, mais pas de rosé, beuh) et mon réfrigérateur est encore plein à craquer. Le lendemain a été un peu violent. Non, pas de gueule de bois, j’ai été raisonnable même si je n’ai pas dédaigné le très agréable pinotage sud-africain (moi qui d’ordinaire n’aime pas trop le rouge) et l’excellent gewurztraminer vendanges tardives, il se trouve simplement qu’il y avait beaucoup de vaisselle et encore pas mal de choses à ranger et nettoyer. Mais avec un peu de courage, tout a pu rentrer dans l’ordre et j’ai à présent plein de nouvelles choses à lire, voir et entendre avec tous les cadeaux de mes invités... Yes !


Vendredi, le 1er décembre 2006
En dédicace à Lyon le 15/12/06 à partir de 19 heures
Je vous fais suivre l’annonce officielle :

Soirée culturelle, littéraire et festive à Lyon le vendredi 15 décembre, à partir de 19 heures

L’imaginaire dans tous ses états

Au programme : rencontres, discussions, dédicaces (certains ouvrages seront disponibles sur place, surprises promises...), musique, exposition photos, dans un cadre convivial

Le lieu : restaurant Le Saint-Amour, 77 rue Villeroy, 69 003 Lyon – tel. 04 78 60 81 17 – Métro Saxe-Gambetta, sortie place Victor Basch (*)

Avec les éditions Moutons Électriques (revue Fiction, collection Rouge, Beaux livres...) et les éditions ActuSF-les Trois Souhaits

Et la participation d’auteurs dans les domaines de la Science-fiction et de l’imaginaire, proches de Lyon par le cœur ou l’esprit :
Exposition photographique de Patrice Duvic

Ponctuation musicale : première apparition publique du groupe Rockin’ James Trio (Rockabilly) : James Baddams (chant, guitare), Jean-Marc Tomi (guitare lead), Dominique Garcia (batterie)

Kir de l’amitié offert - boissons et restauration possible sur place.
Photographies, podcasts, demandes de dédicaces chaudement encouragées...

(*) Pour les personnes se déplaçant en voiture, parking à proximité : place des Martyrs de la Résistance, près piscine Garibaldi.


Vendredi, le 27 octobre 2006
Le monde est parfois mal foutu, et parfois bien quand même
La semaine prochaine, je vais aller à Bordeaux dans le cadre de mon métier-que-j’aime-bien. Trois jours de pris pour voir un étudiant pendant 3 heures, normal avec le train qui met 10 heures pour faire le trajet aller (et autant retour), normal que ce soit pendant les vacances car, autrement, comment pouvoir dégager trois jours d’affilée ?
Pas de problème, me suis-je dit, je vais pouvoir travailler sur mon roman dans le train, c’est sympa. Et, en plus, je vais pouvoir retrouver à Bordeaux des connaissances.
Mais... et meeeeeeeerdeeeeeee, les copains que j’avais prévu de voir n’y seront pas. Déjà, il y a les Utopiales à Nantes au même moment, donc tant pis pour voir M’sieur Queyssi. Par ailleurs, l’ami Francis Valéry (qui a mis en ligne son weblog et sa boutique) animera un spectacle avec sa copine dans la région stéphanoise (un comble). Donc je serai soli-solo à Bordeaux, dommage.
Ouais, parfois, dans la vie, ça ne l’fait pas.
Autre annonce, le frangin Ugo Bellagamba s’est lancé dans l’organisation de la convention de SF de 2008 qui aura lieu à Nyons (dans la magnifique Drôme provençale). J’y serai, bien sûr (je viens d’envoyer mon bulletin d’inscription à Ugo) et je devrais normalement présenter quelque chose sur René Barjavel et animer une table ronde. Ça sera bien marrant.
Enfin, à partir de demain, le samedi 28 novembre, vous devrez trouver l’anthologie les Anges électriques dirigée par A.-F. Ruaud dans toutes les bonnes librairies, avec dedans un texte-qu’il-est-de-moi-et-qu’il-est-top-bien.
Dans la vie, ça l’fait quand même, après tout...


Samedi, le 21 octobre 2006
Il faut lire ! (comme dirait Dany)
La Fête du Livre à Saint-Étienne ?
Très bien, merci. J’y retourne dans un instant.
Les rencontres littéraires qui s’y déroulent me ramènent aux impressions que j’ai eues l’an dernier lors dans la conférence de Nice sur « L’histoire dans la SF, la SF dans l’histoire ».
Les actes sont à présent en ligne et vous trouverez l’article que j’ai écrit (en collaboration avec J.-J. Girardot) ici. Bonne lecture !


Mercredi, le 11 octobre 2006
Je suis... aux anges !

Hier, je suis allé récupérer un colis à la Poste. À l’intérieur, mes exemplaires d’auteur de l’anthologie dirigée par A.-F. Ruaud intitulée les Anges électriques, Fiction Spécial, tome 1, publiée chez les moutons électriques éditeur.
Outre « Des ailes dans la tête », le très joli (si si !) texte de votre serviteur, vous trouverez des nouvelles de Jean-Pierre Andrevon, Richard Kearns, Jean-Louis Trudel (blog), Kelly Link (site officiel), René Beaulieu (blog), Rhys Hughes (blog), Paul Di Filippo (site officiel), Jean-Jacques Girardot, Christian Vilà, Jamil Nasir, Johan Heliot, Xavier Mauméjean, Fabio Nardini, Sylvie Denis, Roland Fuentès (blog), Andrew Weiner ainsi qu’un article d’André-François Ruaud (blog) et des illustrations de Letizia Goffi et Sébastien Hayez.
Disponible dès maintenant sur le site de l’éditeur et à partir du 27 octobre 2006 en librairie ou ici ou .


Lundi, le 26 juin 2006
Décrochage local
Argh, je ne parviens plus à alimenter régulièrement mon weblog.
Pourtant, j’ai à nouveau l’ADSL à la maison, et j’écris depuis un tout nouvel ordinateur. Mais ça doit être aussi ça : ma machine est dotée de tout un tas de trucs dernier cri dont un bidule qui permet d’avoir (et de voir) la TNT. Or la télévision, tout comme la voiture et le téléphone portable, est un accessoire de la vie moderne dont j’ai toujours réussi à me passer jusqu’à aujourd’hui. Cependant, je suis resté un gamin, et là, c’était comme le lendemain de Noël, des heures à passer en revue les chaînes télévisées jusqu’à me rendre compte que, malgré la qualité numérique, malgré le nombre conséquent de chaînes (chez mes parents, on pouvait voir les six chaînes nationales plus trois chaînes allemandes), je crois en avoir fait le tour : rien de bien neuf sous le soleil. En plus, j’ai de la chance : il y a du football à la télé, donc rien qui puisse attirer mon attention devant l’écran en ce moment, n’éprouvant aucun intérêt pour le ballon rond.
Enfin, voilà, il n’y a pas eu que des plongées dans le virtuel car ces derniers jours ont quand même été l’occasion de voir des copains auteurs.
Tout d’abord, il y a déjà trois semaines de cela, l’ami Francis Valéry était de passage à Saint-Étienne. Francis, avec qui, en compagnie de Jiji, nous avions dîné dans une crêperie qui fait d’excellente râpées, a parlé de tout et de rien, et de son nouveau bouquin Chroniques du Premier Âge, mais peut-être avec un peu moins de cohérence que lorsque nous étions chez moi pour prendre l’apéritif et qu’il y avait encore des bouteilles de Soho et de Malibu dans mon réfrigérateur. Francis, bien que grand amateur de whiskies, s’est avéré être aussi un véritable exterminateur de mes alcools de filles.
Et puis, vendredi dernier, à Lyon, j’étais dans un bar de la Croix-Rousse pour fêter le lancement des Minuscules Flocons de Neige depuis Dix Minutes de David Calvo. Cadre sympa, un peu techno-branchouille, et même si je n’ai pas eu l’occasion de vraiment discuter avec David car pas mal de monde voulaient lui parler (pas grave, nous avions déjà eu l’occasion de parler autour d’une pizza quelques jours plus tôt chez André-François Ruaud), j’en ai profité pour entamer la discussion avec le sympathique Markus Leicht dont je viens de découvrir le blog.


Dimanche, le 5 mars 2006
Ma vie est un roman : 4. Déménagement
L’incipit de la semaine n’est pas très caractéristique du roman. Il faut attendre la troisième phrase pour voir apparaître le nom du héros, la quatrième pour supposer qu’il s’agit de science-fiction et la cinquième phrase pour ressentir un certain malaise. Le titre est une date.

C’était une journée d’avril froide et claire.


Je ne sais si la fin de l’hiver sera froide mais je me trouverai à ce moment-là dans mon nouvel appartement. Il est un peu moins clair que le loft que j’occupe encore jusqu’à la fin du mois de mars et il a sans doute un peu moins de charme (mon appartement actuel a un haut plafond, des murs recouverts de chaux vénitienne, du parquet à bâtons rompus et de grandes fenêtres donnant sur une bonne partie du ciel depuis le quatrième étage), pourtant je sens que je vais me plaire dans cet espace plus grand et plus fonctionnel, avec son chouette salon et ses pièces qui deviendront ma chambre, mon bureau-bibliothèque et mon atelier de sculpture. Je vais avoir les clés dans dix jours et j’aurai deux semaines pour déménager...
Pour ceux qui n’ont pas trouvé d’où est tiré l’incipit, laissez reposer votre curseur ici.


Samedi, le 18 février 2006
Ma vie est un roman : 2. les séparations
Nouvel incipit pour me raconter, celui de La Nuit des Temps de René Barjavel, un livre qui m’avait boulversé aux premiers moments de mon adolescence...

Ma bien-aimée, mon abandonnée, ma perdue, je t’ai laissée là-bas au fond du monde, j’ai regagné ma chambre d’homme de la ville avec ses meubles familiers sur lesquels j’ai si souvent posé mes mains qui les aimaient, avec ses livres qui m’ont nourri, avec son vieux lit de merisier où a dormi mon enfance et où, cette nuit, j’ai cherché en vain le sommeil.

Ce n’est jamais simple de perdre celle que l’on aimait. Lorsqu’une histoire d’amour se meurt, on regarde l’autre avec incompréhension, on se demande pourquoi on l’a aimé, ou on ne parvient pas à comprendre pourquoi l’autre nous aime encore. Parfois, quand on comprend et accepte le malentendu réciproque, on peut se pardonner mutuellement et rester bons amis. La regarder faire sa vie avec quelqu’un d’autre sans jalousie, sans amertume, et se réjouir de son bonheur, c’est possible quand on fait le deuil de la relation passée. C’est rare, mais ça m’est pourtant arrivé alors que j’avais pourtant été très amoureux d’elles. Je suis un grand lecteur, alors je sais tourner la page...


Mardi, le 13 décembre 2005
La clé laxienne est celle du Paradis
Triste nouvelle.
Robert Sheckley, l’auteur états-unien de SF qui savait mettre une bonne dose d’humour dans ses œuvres, vient de nous quitter.
Sheckley, c’est l’auteur de pas mal de romans, de recueils, de nouvelles... C’est lui qui a écrit la nouvelle le Prix du Danger qui a été adaptée en film en 1983 avec Gérard Lanvin, Marie-France Pisier et Michel Piccoli.
Sheckley, c’est un grand monsieur que j’ai rencontré il y a de cela un peu plus d’un an, à la convention SF de l’Îsle-sur-la-Sorgue de 2004.
J’avais eu l’occasion de lui parler de l’écriture en collaboration, un thème qui m’est cher, car il avait publié la trilogie du démon Azzie avec Roger Zelazny, peu avant le décès de ce dernier. Sheckley m’avait confié ne s’être pas réellement prêté au jeu de la coécriture étant donné que, dans cette aventure, l’un s’était simplement occupé de développer un synopsis que l’autre avait pris comme base pour rédiger le texte de A à Z.
Un peu désolé d’apprendre ce demi-échec sur le procédé d’écriture en collaboration, je lui ai alors fait part de mon idée qu’écrire à deux, quand cela fonctionne, produit quelque chose qui n’est le reflet ni de l’un ni de l’autre des auteurs, mais une nouvelle entité unique qui va vivre sa propre histoire, un peu comme un enfant.
À cet instant, nous nous sommes regardé en souriant, imaginant tous deux que les textes écrits en collaboration auraient pu être l’œuvre d’un auteur virtuel, un individu ayant les traits de chacun des co-auteurs, un être impossible malgré les prospectives technologiques du clonage et des manipulations génétiques.
« Yes, it’s a child, m’avait alors confirmé Bob avec malice. It’s a magic child... »


Lundi, le 12 décembre 2005
Dont acte
Bonne nouvelle. Les actes du Colloque SF de Nice – qui s’était déroulé du 10 au 12 mars 2005 – viennent enfin de me parvenir. Ils ont été édités dans la revue Cycnos, volume 22, dans les numéros 1 et 2. Vous trouverez l’article « Le steampunk, une machine littéraire à recycler le passé » que Jean-Jacques Girardot et moi-même avons écrit dans le numéro 1, des pages 55 à 66.
En espérant que vous aurez l’occasion de le lire, que cela vous divertira tout en vous apprenant des choses... En tout cas, Jiji et moi nous sommes bien amusés en l’écrivant, presque autant que s’il se fût agi de fiction !



Mercredi, le 30 novembre 2005
Comme Phil et Arthur
Ouais, comme tout bon écrivain de science-fiction, je suis né un 16 décembre. Et pas les moindres des auteurs : ceux, entre autres, de 2001, l’Odyssée de l’Espace et de la nouvelle Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques (la base du film Blade Runner).
Meuh non, ce n’est même pas pour qu’on pense à me souhaiter mon anniversaire dans deux semaines !
Et puis, tant que j’y suis, bonne fête papa !


Mercredi, le 23 novembre 2005
Rendez-vous manqué
Du jeudi 10 au dimanche 13 novembre 2005, à Nantes, se sont déroulées les Utopiales, le festival international (?!) de science-fiction.
Encore un rendez-vous sympa manqué. Mais des photos très originales ont été prises des participants. J’y ai reconnu nombre de copains et/ou auteurs, en particulier :
Ben ouais... j’ai encore loupé un truc...


Dimanche, le 16 octobre 2005
Quelques mots en passant...
Ben tiens, ça fait maintenant plus d’une semaine que je n’ai pas mis de nouveau post sur mon weblog. Pourtant, des trucs, il m’en est quand même arrivé un paquet depuis.
Déjà, j’étais malade. Ça a commencé en début de semaine passée par une sensation bizarre au niveau de la gorge, puis au crâne. Puis le rhume, la grosse fatigue et la voix qui s’en va. Ouais, j’étais presque aphone, alors je réservais ma voix pour le boulot, ce qui fait que mes interlocuteurs au téléphone avaient l’impression de discuter avec le mime Marceau. Pas terrible. Aujourd’hui, ça va un peu mieux, même si je dois toujours encore pas mal tousser.
J’aurais aussi pu parler de la sortie du Tome 2 de la revue Fiction auquel j’ai modestement collaboré par le recueil des témoignages des sieurs Fabrice Colin, Ugo Bellagamba et Thomas Day, tous trois ayant expérimenté la coécriture dans leurs parcours d’auteurs.
Je pourrais aussi raconter que cela va faire bientôt trois ans que je tiens un weblog, débuté sur Blogger, poursuivi sur un site perso installé sur Free et maintenant en place ici. Le problème, c’est que les nouveaux posts s’ajoutent aux anciens sans aucun souci d’archivage et le texte brut finit à présent par atteindre le poids de 100 ko (c’est pas bien), sans compter que les anciennes archives n’ont pas été rapatriées. Et il y a aussi toute la section sculpture à reprendre, avec de meilleures photos, l’ajout de mes nouvelles créations, etc.
Bon, ben, il y a du travail ! Mais ce ne sera pas pour tout de suite car, maintenant que je retrouve peu à peu la forme et que mon temps n’est pas pris par mon job officiel, je vais poursuivre la réécriture de mon roman...


Samedi, le 4 juin 2005
J’aime bien...
Il est des personnages qui ne peuvent pas laisser indifférent. Pour moi, le réalisateur et scénariste Jean-Pierre Jeunet est de ceux-là.
Mercredi dernier, j’ai eu la chance de le voir au cinéma Le France de Saint-Étienne. De 18 heures au lendemain, rien que du bonheur... Cela a débuté par les premiers courts métrages de Jeunet : L’évasion (1978) et Le Manège (1980), des films d’animation où le travail de son complice Marc Caro fait des merveilles et annonce la superbe Cité des Enfants perdus (1995), Pas de repos pour Billy Brakko (1984) et Foutaises (1989), où on retrouve les prémices d’éléments qui seront exploités dans Delicatessen (1991) et Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001).
Ce type est fascinant. On sent bouillonner en lui une créativité extraordinaire. Pour passer d’Alien IV (1997) à Amélie Poulain, il faut vraiment être un magicien. Et le mélange des genres, il l’a transcendé dans son dernier film, Un long dimanche de fiançailles, qui mêle avec brio à la fois la romance, le film de guerre et l’enquête policière.
De Jean-Pierre Jeunet, j’adorais l’œuvre, maintenant je suis aussi admiratif de l’homme, un immense artiste, et un être fondamentalement humain.
Et si vous tenez à voir d’autres créatifs, aux réalisations plus modestes, certes, pensez à faire un tour à Saint-Victor sur Loire. C’est le dernier jour du Fest’Uval Jean Mon’Arts où vous pourrez assister à une multitude de spectacles, de la danse, de la poésie, de la chanson française, de la musique chorale, du trip hop, du rock... et même assister à une exposition où votre serviteur présente quelques une de ses sculptures.



Jeudi, le 19 mai 2005
Journée pas type (mais j’aimerais bien !)
Hier, réveil à 4 heures du mat’.
Non, ce n’est pas pour faire la queue afin de voir la « revanche des suites » au ciné, je devais aller à Lyon où j’étais convié à un jury.
Auditions, discussion, vote... de 8h30 à 15h30. Au final, j’ai été heureux de faire basculer la majorité dans le sens qui me semblait le plus juste.
Petit coucou à mes anciens collègues.
Passage pour voir le copain André en train de bosser avec son pote Rafu.
Un bref bonjour à mon ex copine, une fille charmante qui est restée ma meilleure amie.
Un peu de temps pour acheter de la nourriture pour mes poissons exotiques et du matériel pour mon aquarium.
Puis la course pour arriver à la gare et attraper le train du retour.
Arrivé à Saint-Étienne, je croise la miss avec qui j’ai failli sortir, l’an dernier. Ah, les hasards...
Soirée à finaliser un article sur le steampunk avec le compère Jean-Jacques.
Je me suis couché, très tard, avec la satisfaction d’avoir eu une journée remplie, et bien remplie.


Mardi, le 19 avril 2005
Dernières lectures
Voici un état de mes dernières lectures depuis que je suis revenu du 5e Colloque International de Science-Fiction de Nice :
  • L’Ère du Dragon de Xavier Mauméjean, Éditions Mnémos, 2003.
    Dans cette suite de La Ligue des Héros où l’arrivée de Peter Pan et du peuple de Nulle Part en plein Londres avait changé la face du monde, Xavier Mauméjean nous décrit un monde alternatif dans lequel rien ne va plus. L’intrigue débute à Pékin en 1900 où les représentants des puissances de l’Occident sont aux abois, menacés par les forces chinoises aidées des créatures de l’Internationale Féerique. Une nouvelle Ligue des Héros est alors formée pour aller à leurs secours...
    Gasp, Maumémjean est complètement fou ! Ce roman steampunk, qui joue avec brio du mélange des genres, est incroyable : jamais le lecteur n’a le temps de souffler en lisant cet ovni littéraire à la fois drôle et teinté d’une certaine ironie. L’intrigue est fouillée, avec pléthore de références réelles et imaginaires, et on sort de cette lecture tout abasourdi. Une grande claque.
  • Jhereg de Steven Brust, Éditions Mnémos, 2005.
    Vlad Taltos est un assassin. C’est un métier comme un autre qu’il exerce dans la cité d’Adrilankha où se côtoient différentes races organisées en Maisons. Mais là, Taltos, cet Oriental de la Maison du Jhereg, a un problème avec son prochain contrat : il s’agit d’un piège qui risque de déclencher la guerre entre la Maison du Dragon et celle du Jhereg...
    Univers étonnant que celui de Brust, une fantasy avec ses monstres, sa magie, sa sorcellerie, ses complots, ses combats à l’épée... et un peu de science-fiction quand même, avec un empire galactique, des pouvoirs psi, des manipulations génétiques... Vraiment rafraîchissant. [Eh merde, André, pourquoi tu m’as passé ce livre ? Si ça continue, par ta faute, je vais finir par aimer la fantasy !]
  • Fiction, tome 1, Moutons Électriques éditeur, printemps 2005.
    • « Jusqu’à la pleine lune » de Sean McMullen. Carlos, un jeune linguiste espagnol est appelé par son oncle pour participer à une enquête criminelle. En fait, de crime, il s’agit de la découverte d’une jeune femme qui semble tout droit échappée de l’âge des cavernes. Carlos tente alors de communiquer avec elle pour comprendre ce qui lui est arrivé...
      Ouah ! La première nouvelle de Fiction commence fort ! Des idées fortes vraiment bien traitées par cet auteur australien, un très grand moment de lecture.
    • « # Critical Mass in the Quantum Cathedral 1.1. », « 3.1. En plusieurs soirs d’été » et « 4.0. Kat Onoma » de Jim Dedieu.
      Euh ?... Pour les amateurs de short-short stories saugrenues.
    • « Sous terre » de Roland Fuentès. Deux hommes. Une poule. Une taupe. Des plants de tomate. Peut-être les seuls rescapés de l’univers.
      Humour noir.
    • « Dédales » d’Alex Nikolavitch.
      Visite caverneuse et mortelle. D’ennui.
    • « Création » de Jeffrey Ford. Une fantasy forestière contant la création d’un bonhomme de bois.
      Joli.
    • « Solitude » d’Ursula K. Le Guin. La vie d’une petite fille dans une société primitive et post-cataclysmique envoyée par sa mère ethnologue pour collecter des informations, les adultes ne se parlant pas dans cette culture.
      Une belle petite histoire de science-fiction ethnologique.
    • « L’anniversaire du monde » d’Ursula K. Le Guin. La vie d’une petite fille destinée à devenir une déesse à sa majorité.
      Ursula Le Guin, toujours dans le même registre.
    • « Le bretteur qui n’était pas mort » d’Ellen Kushner. Dans une cité, les bretteurs vivent en provoquant des duels. Le champion Richard acceptera-t-il d’enseigner son art à une jeune recrue ?
      Une histoire sympathique de cape et d’épée.
    • « Voyage au centre de l’univers » de Juan-Miguel Aguilera. Quand le jeune Pierre Theilhard de Chardin rencontre Jules Vernes...
      Une curieuse rêverie.
    • « Charge utile » de Jean-Jacques Régnier. Dans cette suite d’« Ernest et les cas métaphysiques » (nouvelle parue dans le numéro 131 de Yellow Submarine), Raymond, le convoyeur de l’espace, et son intelligence artificielle Ernest sont à nouveau confronté à un problème : les passagers qui devaient bien tranquillement voyager en état d’hibernation se réveillent les uns après les autres. L’espace vital du petit vaisseau est de plus en plus menacé...
      Charmante histoire, un brin longuette mais pleine d’humour et de verve.
    • « Échos » de Marie-Pierre Najman. Dans les alentours de Lyon, des drôles de clochards se rendent à la soupe populaire. Le problème, après la bouffe, c’est de se limer les cornes...
      Une curiosité. Des faunes dans notre quotidien. Ou bien...
    • « Presque chez soi » de Terry Bisson. Trois copains trouvent que les différents éléments qui entourent le stade abandonné du village ressemblent à un aéroplane. Et si, justement, il pouvait voler ?
      Une histoire étrange, un très beau conte fantastique.
    Pari gagné avec ce premier tome de la nouvelle anthologie périodique de Fantasy & Science Fiction. En plus de ces nouvelles chocs, des articles originaux, des dossiers intéressants, une ligne éditoriale soignée. Encore !
  • Bifrost, numéro 38, Éditions du Bélial’, avril 2005.
    • « Spatterjay » de Neal Asher. Sur une île à la nature des plus hostiles, une équipe d’humains et de mutants mène une expédition. Mais qui peut rester encore humain au contact d’une telle nature ?
      Une très chouette nouvelle.
    • « Perdre son temps » de Philippe Curval. Gérard aime Ludmilla. Mais il n’est plus tout jeune. Alors il va voir le professeur Lindström qui lui propose un traitement révolutionnaire pour le faire rajeunir.
      Délirant.
    • « La Véritable toute première affaire » de Johan Héliot. Passepartout accompagnait Phileas Fogg dans son tour du monde de 80 jours parce qu’il était un agent secret. Et le voyage de Fogg n’était pas qu’un pari fou, il était aussi le moyen de retrouver certains de ses « frères » afin de réaliser une sinistre mission...
      Johan Heliot reviste avec bonheur certaines références littéraires dans un bel univers steampunk.
    • « Boucherie modèle » de André Ruellan. Comme son nom l’indique.
      Une short-short story qui donne faim si on est carnivore et pas très sensible.
    • « Le Fil de l’épée de bois » de Victor Conde. Le Patriarche fait des rêves. Il a peur de n’être plus qu’une machine de guerre destinée à anéantir les exths.
      Une lente et sombre plongée dans l’irréalité.
  • Les Trois Crapules du Klahgann d’Alexis Nevil, Éditions Eons, 2005.
    Des barbares édentés à la peau bleue cherchent à s’emparer de la Source d’Abondance que gardent des moines. Mais voilà qu’un golem arrive pour défendre la Source.
    Alexis Nevil, dans son premier roman, décrit un univers peuplé des personnages qui ont marqué son imagination. On retrouve du Conan dans les barbares, des éléments de science-fiction, et bien sûr des références japonisantes, ce qui donne un curieux mélange pas vraiment désagréable. [Au fait, Niouk, ce sont qui, finalement, les trois crapules ? Moi, j’en compte quatre, pas une de moins : Languelame, Od-Go, Rha-Ghensh et Ghrôen].
    Le court roman de Nevil est suivi d’une nouvelle (une amusante short-short) de Markus Leicht intitulée « le Gnok ».
  • Sunk de David Calvo & Fabrice Colin, Moutons Électriques éditeur, 2005.
    L’île de Sunk coule. Ou c’est l’eau qui monte. Arnaud et son frère Sébastien, sur demande du Maire du Village, vont monter une expédition pour aller voir ce qui se passe dans les hauteurs avant que tout ne soit noyé et dévoré par les requins.
    Colin et Calvo s’y sont mis à deux pour nous peindre un univers de folie, un roman inclassable écrit avec une verve rabelaisienne, avec des références de fantasy, des Champigolos, des Orques, de la pizza, du Picon bière, des canards. Et beaucoup d’eau.
    Drôle. Délirant. Suprenant. Et, bien sûr, sombre...



Mardi, le 22 mars 2005
Soli solo
Je viens de recevoir aujourd’hui le contrat des moutons électriques pour la publication de ma nouvelle « Des ailes dans la tête » dans l’anthologie les Anges électriques. Une nouvelle étrange, curieusement hard science pour une antho dont le titre fait croire à un recueil de nouvelles de fantasy, et ceci sera le premier texte que je publie professionnellement seul, tout seul, comme un grand. C’est assez paradoxal, parce que pour un prochain numéro de Fiction – la célèbre revue F & SF de langue française qui vient de faire son retour –, je dois terminer un article sur l’écriture en collaboration. L’écriture à plusieurs, ça me connaît, outre un texte de fiction écrit avec Jean-Jacques Girardot, en tant que scientifique, j’ai publié presque tous mes articles avec des « pairs », directeur et co-directeur de thèse ou autres collègues chercheurs. Mais bon, voilà : « Des ailes dans la tête » est le premier texte publié sous mon seul nom de plume, un texte qui traite de l’identité, du processus de création, de la sculpture, des neurosciences... et des anges.
En plus de cet article et d’autres textes à avancer, je dois aussi faire évoluer ce site. J’y ai ajouté des expositions virtuelles de mes sculptures (mais il faut que je corrige certaines instructions javascript qui ne fonctionnent pas correctement avec des navigateurs sous Linux), et je dois aussi reprendre l’ensemble de mes archives, des posts publiés sur mes weblogs depuis octobre ou novembre 2002, ça commence à faire beaucoup...


Lundi, le 17 janvier 2005
Rancard publicitaire
Après les moutons électriques, signalons les Éditions de l’Homme Montagne de Yama Otoko.
Au catalogue de cet éditeur bordelais (car derrière la montagne se cache l’homme Francis Valéry) : un ensemble de textes de qualité sur des supports imprimés et façonnés artisanalement.
Jugez plutôt avec cet extrait des titres déjà parus :
  • A & A, le « Magazine des Survivants » qui, réapparu aux Utopiales 2004 au numéro 138, en est à présent au numéro 141 pour sa 29ème année de publication (abonnement : 20 €)
  • Collectif — Mélanges 01 (20 €), Mélanges 02 (15 €), Mélanges 03 (15 €)
  • Louis Maillard — Fruits et Légumes conservés (7,50 €)
  • Francis Valéry — Fariboles animalières (5 €), le Livre du Céleri (4 €), Vingt manières de cuisiner le Céleri (4 €)
  • Robert Abernathy — l’Intégrale (30 €)
  • Syllabaire : Méthode Nouvelle de Lecture et Écriture (7,50 €)
Souscriptions :
  • Taxi de l’Espace, Volume 1 (10 €)
  • Collectif — Mélanges 04 (15 €)
  • Pour les commandes, les chèques sont à établir à l’ordre de Francis P. Valeri-Dostert et à adresser aux Éditions de l’Homme Montagne, c/o Francis P. Valeri-Dostert, 3 Le Canton, 33620 CUBNEZAIS.

    Et c’est sur cette publicité pour Francis Valéry, « écrivain-éditeur-musicien-cuisinier-jardinier-consultant en Feng Shui » passionnant et passionné, que ces avis singuliers vont se refermer quelque temps pour cause de travaux. Il était plus que temps, la page devenait impossible à charger pour des petits modems avec tous ces textes et images en page d’accueil.
    Retour prochainement ailleurs, sur un site plus grand, plus beau... et surtout plus moi. Fini le layout bleu clair, vestige d’une première version issue de Blogger, adieu les limitations du site gratuitement hébergé chez Free, je vous accueillerai bientôt dans un nouveau domaine...


    Vendredi, le 14 janvier 2005
    Culture pub
    MAUVAIS GENRES : Science fiction et fantasy.
    Production : François Angelier
    Avec : André-François Ruaud, Xavier Mauméjean.
    Livres : "le panorama illustré de la fantasy & du merveilleux" par André-François Ruaud (édition les Moutons électriques) ; la "Vénus anatomique" par Xavier Mauméjean (éditions Mnémos).

    En direct samedi 15 janvier 2005 de 21 heures à 22 heures dans l’émission « Mauvais Genres » sur France Culture ou en différé ici.


    Dimanche, le 2 janvier 2005
    Let’s talk about sex!
    En ce moment, je lis Sexomorphoses d’Ayerdhal (que le monsieur m’avait dédicacé lors de sa venue à Sainté, en octobre dernier, à la Fête du Livre). Un peu compliqué, surtout quand on n’a pas lu le premier tome (l’Histrion) : space opéra avec stratégies impériales galactiques, pouvoirs psy... et un héros/héroïne qui, à travers des mutations, passe d’un genre à l’autre. Et c’est pas mal...
    Je viens de terminer d’écrire une nouvelle et ce serait vraiment génial de la voir publier, pour bien débuter l’année. Je suis content des thèmes qui y sont abordés, de l’histoire, des personnages... Et surtout, j’ai tout particulièrement soigné une scène d’amour qui y est décrite (car nous étions vraiment très, voire trop, soft dans « Quand s’envoleront ma vie et ma conscience... », la nouvelle écrite avec Jean-Jacques Girardot).
    Entendue hier soir, mais que l’on trouve encore sur le site de Mauvais Genres (l’émission de France Culture qu’elle est bien), une heure consacrée au sexe bizarre. À écouter sans attendre... parce que, à partir de samedi prochain, le 8 janvier, ce sera trop tard !
    Au hasard des clics, je suis tombé sur un quizz sympa : Sex Quiz for Dummies. Bon, c’est en anglais, mais c’est rigolo et instructif. En plus, le réalisateur du quizz, un prof (qui doit être un sacré original, apparemment), donne des explications à chacune des réponses, avec références à la clé.
    Et puis, que faisiez-vous au moment de passage de la nouvelle année ? Pour ma part, avec mes amies, nous étions surpris en pleine partie de Love Trivia...

    Voilà une année qui s’annonce donc sous d’agréables auspices érotiques.

    [Certes, je ne suis pas insensible aux horreurs qui touchent le monde en ce moment. Mais même sans être licencié en psychologie, vous n’êtes pas sans savoir que Thanatos s’accompagne de l’autre pulsion : Éros...]


    Vendredi, le 29 octobre 2004
    Citation
    Agréable surprise : j’ai découvert que j’étais référencé par Luc Dutour (dont la lecture de la délirante nouvelle a failli me coûter mon sac, voir le post d’hier) dans son article « Steampunk, le vertige rétro » présent dans le Panorama illustré de la fantasy & du merveilleux, aux moutons électriques, éditeur, 2004.
    Je cite, page 311 :

    (...) La boucle est bouclée entre romans populaires et pulps magazines, hommages aux pionniers de l’imaginaire et de l’aventure de l’âge d’or de la science-fiction. Mais le steampunk ne s’arrête pas là : en fait, il ne cesse de convoquer et de brasser des personnages historiques (écrivains, politiciens, scientifiques, etc) et des héros littéraires emblématiques (Sherlock Holmes, Bouvard et Pécuchet, Fu Manchu, Peter Pan ou bien Dracula), qui sont en général placés sur un même plan de réalité. Ainsi par exemple, le professeur Challenger (héros créé par Sir Arthur Conan Doyle) assiste-t-il à une conférence scientifique en compagnie de sommités telles que Ivan Pavlov, Marie Curie et Max Planck (dans la nouvelle « Quand s’envoleront ma vie et ma conscience... » de Jean-Jacques Girardot et Fabrice Méreste, in anthologie Passés recomposés, 2003). En fertilisant sa fiction de figures de référence, réelles ou imaginaires, le steampunk ancre sa pratique dans la culture de ses lecteurs, tout en travaillant sur une certaine pertinence avec le monde réel (passé historique), mais il va plus loin encore, en tentant de créer une véritable nouvelle mythologie, un corpus mythique moderne. La littérature steampunk revisite les icônes du XIXe et du XXe tout comme les autres littératures du merveilleux réinvestissent les légendes anciennes et les contes de fées. (...)


    Bien vu, la référence à Conan Doyle ! Mais, bizarrement, la référence à un autre élément important de notre nouvelle, un quasi-personnage, la multinationale ABC (pour Aerian Bord of Control) que Jean-Jacques et moi avions emprunté à Rudyard Kipling (dans « With the Night Mail », 1909, et « As Easy as A.B.C. », 1912) semble passée inaperçue auprès des lecteurs... C’est dommage car l’auteur du Livre de la Jungle avait décrit avec une étonnante finesse au début du XXe (soit l’époque où sont classiquement censées se dérouler la plupart des histoires de steampunk) une sombre world company qu’il situait un siècle et un siècle et demi plus tard, c’est-à-dire dans notre monde actuel. Or ces fameuses multinationales sont, avec les réseaux de communication électroniques, des éléments omniprésents de l’univers cyberpunk, le genre science-fictif qu’a cherché à parodier le steampunk à ses origines. Quand la boucle bouclée reboucle encore plus loin que ça, la mise en abyme tient presque de la fractale...


    Dimanche, le 12 septembre 2004
    Les films de l’été
    Impressions subjectives des quelques films que j’ai eu l’occasion de voir lors de ces vacances estivales...
  • J’me sens pas belle de Bernard Jeanjean. Regard intelligent, à la fois tendre et féroce, sur la vie des trentenaires célibataires, leurs désirs, leurs difficultés à s’engager dans une relation sentimentale... Meuh non, je ne me sens pas concerné... ;-) À noter les excellentes performances de Marina Foïs (que je n’apprécie pourtant guère parmi les Robins des Bois) et de Julien Boisselier dans le huis clos d’un appartement parisien.
  • Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. Documentaire engagé sur le président actuel des États-Unis d’Amérique, son élection foireuse, ses liens troubles avec les magnats du pétrole saoudiens, le 11 septembre 2001, les interventions en Afghanistan et en Irak. Et dire que Kerry a perdu son avance face à ce type, ça fout froid dans le dos. Indispensable.
  • Shrek 2 de Andrew Adamson, Kelly Asbury et Conrad Vernon. Le retour de l’ogre vert pétomane, avec sa fiancée, son âne... et de nouveaux personnages. L’humour est toujours au rendez-vous, les critiques et parodies aussi. Jubilatoire. Aussi bon que le premier, ce qui n’est pas peu dire.
  • Hellboy de Guillermo Del Toro. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les nazis mêlent sciences et occultisme pour faire revenir des ténèbres de l’Enfer des démons pouvant les aider à vaincre les Alliés. L’arrivée des soldats US fait échouer ce plan... mais un bébé démon (Hellboy) a traversé la porte des deux mondes, et est pris en charge par un scientifique du gouvernement des États-Unis. De nos jours, une organisation décide de remettre ça et réveille un monstre endormi dans une urne d’un musée. Seul Hellboy et d’autres créatures mutantes pourront s’opposer à ces derniers. Il s’agit ici d’un bel exemple d’histoire secrète (l’Histoire ne s’est pas déroulée exactement comme nous le croyons) reposant sur quelques bases véridiques (la société de Thulé, groupe ésotérique d’extrême droite d’où sortirent les chefs de file du parti nazi). Les scènes de combat avec les monstres à la "Spectroman" sont parfois ridicules, le Bien et le Mal sont présentés un peu de façon caricaturale, mais la nature ambiguë d’Hellboy, démoniaque par essence mais mettant sa force au service des humains, sauve toutefois la vision manichéenne du film. À suivre (oui, la sortie du numéro 2 est en effet déjà annoncée).
  • Le Village de M. Night Shyamalan. Un petit village perdu au milieu de nulle part, avec sa douceur de vivre et ses règles. Tout autour, des bois où vivent "ceux dont on ne parle pas", empêchant par la même tout contact hors de la micro-société du village... Argh, un sixième sens m’avait prévenu de ne pas aller voir ce film. Ce réalisateur est vraiment malsain. Shyamalan, dans Incassable, développait la fumeuse théorie selon laquelle les hommes costauds à mâchoire carrée sont destinés à devenir des super-héros au service du Bien alors que les êtres atteints de tares génétiques ne pouvaient qu’être les négatifs de ceux-ci, leurs âmes étant assortie à leurs couleurs de peau. Beurk. Et puis il y a eu le très peu convaincant Signes, présenté comme un Independance Day vu d’après des paysans du Middel West perdus dans leurs champs de maïs. Et là, avec le Village, sous le prétexte fallacieux de nous faire peur car le film est annoncé comme un thriller fantastique (ce qui est une sombre escroquerie : il n’y a pas la moindre part d’irrationnel dans tout le film), Shyamalan nous présente sans nuance une société sectaire et les règles (cruelles) qu’elle s’impose pour assurer son existence. Si c’est ça que vous cherchez, regardez plutôt la Plage, c’est plus intelligent, plus beau, et il y a la charmante Virginie Ledoyen (ou Leonardo DiCaprio, si vous préférez). Enfin, c’est décidé, je n’irai plus voir un film de M. Night Shyamalan. :-(
  • Le Tour du monde en 80 jours de Frank Coraci. Adaptation (très libre) du roman éponyme de Jules Verne. Surprise en m’installant dans la salle de ciné, je suis l’un des rares adultes (du moins, qui ne soit pas accompagné d’un gamin). Je m’étonne de l’intérêt porté par les mômes à l’auteur des célèbres romans d’"anticipation scientifique". Mais, c’est vrai, il y a Jackie Chan (dans le rôle du domestique français Passe-Partout, si, si !). Pourtant, le film n’en est pas un enchaînement de combats d’arts martiaux pour autant, le texte de Verne est respecté dans les grandes lignes, avec quelques aménagements, bien sûr, les clins d’œil à l’Histoire sont nombreux (les rencontres de Phileas Fogg avec Van Gogh, les frères Wright ou la reine Victoria), et la pétillante Cécile de France rajoute son charme et sa bonne humeur à ce gentil divertissement.
  • Le Roi Arthur de Antoine Fuqua. Ami spectateur qui recherche la légende arthurienne, ne va pas voir ce film, tu seras déçu : Arthur est un soldat romain, point de Camelot mais un avant-poste en (Grande-)Bretagne situé au niveau du mur d’Hadrien, la frêle Genièvre est devenue une farouche guerrière (et elle combat avec une espèce de bikini du plus bel effet), le champion Lancelot est un mercenaire Sarmate obligé de se mettre au service de Rome pendant une quinzaine d’années, et point de Graal, d’Excalibur ou de magie... Fuqua a essayé de mettre en scène une vision historique plus que légendaire du roi Arthur, et même si ça ne tient pas la route (les historiens soulignent en effet de criantes invraisemblances historiques et erreurs chronologiques), l’intention est louable et le résultat intéressant. À ceux qui préfèrent la "vraie" (?) légende à cette tentative historisante, je ne peux que conseiller de revoir l’excellent film Excalibur de John Boorman qui n’a pas trop mal vieilli bien qu’il date du tout début des années 1980...
  • I, robot de Alex Proyas. Dans un futur proche, les robots sont présents partout, au service de l’humanité. Un détective enquête sur l’accident (meurtre ou suicide ?) d’un chercheur en robotique... qui le mène sur la piste d’un robot, machine qui, par construction, est dans l’incapacité de faire du mal. Gentil film inspiré de l’œuvre d’Asimov, avec quelques défauts navrants (comme l’omniprésence de la publicité pour des produits curieusement d’aujourd’hui) mais de jolis effets spéciaux et un scénario plutôt réussi. Attention, le fait de regarder ce film ne vous dispense pas de lire les livres du bon docteur Isaac Asimov ! :-)


  • Lundi, le 23 août 2004
    Rencontres Remparts / Convention nationale de science-fiction 2004
    Visions subjectives de ces deux événements. Je n’ai pas pris de notes, aussi la chronologie n’est-elle peut-être pas correcte, veuillez par conséquent pardonner les erreurs de ma mémoire dues à la richesse des moments vécus en ces occasions.
    Samedi 14 août. Départ en fin d’après-midi. Il faut environ deux heures au car pour se perdre dans l’Ardèche septentrionale. Pas vu le temps passer, pas eu le temps de lire une page : je reconnais Alain Huet, organisateur de la convention SF de Saint-Denis, en 2001, et nous n’arrêtons pas de discuter de science-fiction, des fanzines, de l’encyclopédie à venir de Jacques Goimard, de ses projets fous comme la publication d’un index du fanzine Satellite ou des pseudonymes avérés des auteurs du milieu... Nous arrivons à Saint-Agrève, Jean-Jacques Girardot vient nous récupérer et nous entraîne dans un lieu où un chemin de terre, de pierres et de flaques d’eau traîtresses nous garantit une tranquillité à toute épreuve.
    Dimanche, lundi, mardi, mercredi... Les jours filent, les amis du fandom SF arrivent. Petit à petit, de façon très décousue, une pièce de théâtre se construit, mélange curieux de clins d’œil science-fictifs et de jeux de mots (laids). Mais l’ambiance n’est pas au travail studieux, même si Remparts est d’ordinaire une période d’atelier d’écriture, et même si les orages nous retiennent la plupart du temps enfermés dans une grande bâtisse : nous profitons de ces instants pour discuter entre nous, lire un peu au calme, voir des films ou jouer sur nos ordinateurs, et je découvre que les dernières pièces du sculpteur Didier Cottier ont vraiment pris de la maturité.
    Jeudi 19 août. C’est le départ. Nous quittons l’Ardèche pour le Vaucluse, les uns après les autres. Je pars dans la voiture des Girardot. Après un passage par l’hôtel, nous retrouvons le lieu de la convention. L’organisateur n’est pas là, obligé de faire la navette entre les différentes gares et la salle des fêtes, mais nous retrouvons déjà des connaissances, et les rayons de livres sont là pour ceux qui recherchent la perle rare... Première conférence : Francis Saint-Martin évoque l’histoire des fanzines, ces magazines réalisés par des fans. Après le repas, Yann Minh nous parle de cyberpunk et de ses travaux multimédias pour la télévision, nous plongeons alors dans son univers qui fait autant appel à l’intellect (avec de multiples anecdotes) qu’aux sens (souvent à travers l’érotisme). Retour à l’hôtel sous une pluie torrentielle. Nous devinons la route cachée par les eaux, les éclairs illuminent une nuit de déluge, sensations de fin du monde.
    Vendredi 20 août. Conférence de Joëlle Wintrebert sur l’évolution de la sexualité dans les textes de science-fiction et de fantasy.
    Je me rappelle qu’au cours du déjeuner, des jeunes gens tout de noir vêtus sont entrés dans la salle, et parmi les personnes attablées, beaucoup se demandaient qui étaient ces gens-là, imaginant qu’il s’agissait d’une secte ou autre bizarrerie. En fait, point du tout, il s’agissait des membres des éditions de l’Oxymore, à savoir Léa & Greg Silhol, Natacha & Anthony Giordano, ainsi que Sire Cédric. Parmi l’assemblée des fans de SF, il faut dire qu’ils détonnaient un peu, par leur aspect vestimentaire, leur recherche d’une certaine classe, le fait de venir en couple, leur goût marqué pour la fantasy plutôt que la SF... En effet, la plupart des membres du fandom SF sont, caricaturalement, moins soucieux de leurs personnes, très souvent d’éternels célibataires (d’où peut-être le sentiment de "famille" qu’ils ressentent les uns envers les autres), et leur intérêt pour le seul genre SF semble parfois friser l’obsession.
    Dans l’après-midi, conférence de Eric Henriet sur l’uchronie. L’auteur de l’Essai, qui avait intelligemment critiqué la nouvelle que j’avais écrite avec Jean-Jacques Girardot, nous présente sous forme statistique les différents points de divergence de l’histoire qu’il a recensé dans les textes uchroniques et pose une question intéressante : quels sont les points de divergence que les auteurs auraient pu exploiter ?
    En fin d’après-midi, avec les membres de Remparts, nous présentons notre pièce de théâtre. Je joue le rôle du "sous-genéral Dennté", et le seul nom de ce personnage au grade peu commun vous donne déjà une idée de ce qu’a pu être notre représentation...
    Retour à l’hôtel au cours de la nuit. Je vais à la piscine. Je ne suis pas seul à nager sous les étoiles, les hommes en noir de l’Oxymore profitent avec moi de la fraîcheur de l’eau.
    Samedi 21 août. Nous manquons la conférence du matin (j’ai demandé à Gilles Goullet de me ramener à l’hôtel, j’avais en effet égaré mes clés... et pensais les avoir perdu au bord de la piscine). J’entame la conversation avec Sire Cédric, ce jeune homme (je peux dire "jeune", il a deux ans de moins que moi) qui me fait irrésistiblement penser, aussi bien par son allure que ses ambitions littéraires, à une sorte de Francis Valéry idéal, ou idéalisé, ce qui me le fait trouver des plus sympathiques. Je regrette soudain de n’avoir encore rien lu de lui. Je mange à la table des "gens en noir" dont je me sens finalement proche, même si mes vêtements sont aussi clairs que les leurs sont sombres, et même si mon genre littéraire de prédilection est la science-fiction et non la fantasy. Mais, au-delà de ces différences mineures, c’est la même foi qui nous anime en l’écriture, le même souci de toucher le lecteur, les mêmes désir et besoin mêlés de défendre ce qui nous semble beau et qui nous émeut.
    Après le déjeuner, conférence du dessinateur Philippe Caza en hommage à René Laloux. Puis vient la conférence de Robert Sheckley. Le nom de cet auteur américain ne me disait pas grand chose, et puis je me suis rappelé que j’avais adoré l’humour de ses nouvelles, telle la clef lanxienne ou de ses romans, comme la Dimension des miracles, et que le film français le Prix du danger des années 80, qui m’avait marqué lorsque je l’avais vu à la télévision, était en fait adapté d’un de ses romans.
    Jeux SF animés par Raymond Milési et Roland C. Wagner. Même pas gagné un point (les autres sont trop érudits ou trop rapides).
    Dîner de gala. Remise des prix Merlin à Mélanie Fazi pour son roman Trois pépins du fruit des morts et Sylvie Miller et Philippe Ward pour leur nouvelle Le survivant (le prix était une illustration de Didier Cottier). Remise du prix Rosny Aîné à Roland C. Wagner pour son roman La saison de la sorcière et à Claude Ecken pour sa nouvelle Eclats lumineux du disque d’accrétion (le prix était une statue réalisée suivant un modèle dessiné par Caza). Remise du prix Cyrano (aussi une sculpture d’après Caza), un nouveau prix récompensant une personnalité du monde de la science-fiction présent à la convention, à Robert Sheckley. Remise du prix Versins du plus mauvais jeu de mots de la convention à Sylvie Laîné (le prix consistait en une figurine en plastique). Vente aux enchères. Rien acheté cette fois-ci. Terriblement fatigué.
    Dimanche 22 août. Alors que tout le monde semble encore endormi, Greg Silhol et moi discutons au bord de la piscine. Après le petit déjeuner, quelques longueurs de brasse, puis il faut faire sa valise. Sylvie m’emmène jusqu’à l’hôtel où se trouve Robert Sheckley. Nous y croisons Roland C. Wagner, Yann Minh, Didier Cottier, et d’autres. Arrivé sur le lieu de la convention, Jérôme "globule" Lamarque me donne un coup de main pour connecter mon PC portable au Mac de Yann Minh afin de pouvoir récupérer la vidéo de la pièce de théâtre (2 giga, quand même). Et puis, c’est le moment des aux revoirs, désagréable sensation de fin de colonie de vacances. Je me retrouve ensuite dans la voiture de Sylvie, en compagnie de Mélanie Fazi (qui prendra un TGV à Avignon) et de Robert Sheckley. Tiens, amusant, je me rends compte à l’instant que, des occupants de la voiture, je suis le seul des quatre à ne pas avoir été primé lors de la soirée de gala. Après quelques bouchons du côté de Valence, nous arrivons à Lyon. Je prends le métro, j’arrive à la gare. Le car me ramène à Saint-Étienne. À dix mètres de chez moi, je croise un collègue qui me dit : « À demain ! ». Déjà ? Mon répondeur est plein de messages d’une gamine inconnue qui a dû se faire offrir un téléphone portable et qui m’a appelé par erreur. Ma plante verte a besoin d’eau. Mon petit frère m’a fait parvenir un ensemble de CD souvenirs de son mariage. Parmi les e-mails, il y en a un de mon père qui me souhaite ma fête...
    Bref, c’est la fin des vacances.


    Dimanche, le 18 juillet 2004
    Albator
    Il y a quelques jours, j’ai terminé de visionner les épisodes de la série Albator, dans sa version 78, dessin animé connu aussi sous son nom japonais de « Uchû Kaizoku » ou anglais de « Captain Harlock ».
    Il y a deux mois, j’avais parlé d’une série, San Ku Kaï, dans laquelle j’avais retrouvé, outre un brin de nostalgie, de nombreux points commun avec les premiers Star Wars de George Lucas. Mais quel intérêt allais-je trouver à regarder 5 DVD de plus de 3 heures chacun totalisant 42 épisodes ?
    Certes, une telle épreuve aurait été impossible au sujet de Goldorak ou du Capitaine Flam. Le premier parce que chaque épisode était construit de manière stéréotypée, le second parce qu’il se voulait trop hard science alors que tout cet enrobage scientifisant (vu avec le recul et une culture scientifique acquise par des années d’études et de curiosité) n’était qu’une ridicule fumisterie.
    Et Albator, alors ? Remettons nous dans le contexte : À l’aube du 31ème siècle, l’humanité asservie par la technologie des robots vit dans l’opulence et ne voit pas arriver la menace d’invasion de la terre par les terribles Sylvidres. Le capitaine Albator à la tête de son équipage, incompris de tous et placé au rang de renégat s’aperçoit du grand danger menaçant les terriens et part en direction de l’espace...
    Albator, c’est certes un manga où les dessins de Kazuo Komatsubara peuvent paraître bien éloigné de la richesse à laquelle nous ont habitués les studios Disney car la plupart des personnages principaux sont caricaturalement grands et minces alors que les autres sont petits et gros. Mais il n’y a pas que ça. Ce n’est pas non plus la simple transformation science-fictive des classiques aventures de pirates. Non, Albator, c’est une réinterprétation originale de nombreux mystères de l’humanité dans un ensemble cohérent.
    En effet, les traces de civilisations disparues telles que les pyramides d’Egypte ou d’Amérique précolombienne, les cités englouties et le triangle des Bermudes, résulteraient, dans la vision proposée par l’auteur original Leiji Matsumoto, d’un témoignage d’une civilisation extraterrestre terriblement avancée par rapport à l’humanité et qui aurait visité la planète Terre il y a des milliers d’années. L’invasion des Sylvidres, au quatrième millénaire, s’avérerait ainsi facilité par une excellente connaissance du terrain, la mise en place d’un énorme service de renseignement, et surtout par l’indifférence d’une population terrienne réticente à tout type d’effort et à toute décision.
    Albator, c’est aussi une critique sociale : face à l’attitude aveugle d’une civilisation post-industrielle décadente, la seule voie de salut est la rébellion. Le drapeau noir à tête de mort des pirates devient alors la bannière de la liberté.
    Albator, c’est enfin une grande finesse de jeu psychologique, bien loin d’une vision manichéenne trop souvent présentée aux enfants, les premiers spectateurs de ce type de divertissement. Le capitaine Albator a beau sembler un homme très froid, il est prêt à jouer la vie de son équipage pour sauver Stelli, la petite fille dont il est le tuteur. Vilak, le ministre de la défense terrienne et ennemi juré d’Albator, ne voit d’abord dans le capitaine qu’un vulgaire pirate... mais découvrant la vraie nature du combat d’Albator, il se rallie à lui jusqu’à la mort. Les Sylvidres, ces amazones de l’espace, sont des femmes au charme trouble mais cela ne les empêche pas d’user des pires méthodes employées en temps de guerre. Au sein même des rangs de ces femmes soldats, l’ambiguïté est aussi de mise : la reine Sylvidra aussi doute du rôle qu’elle a à jouer envers son peuple et ne peut faire autrement que de se résoudre à sacrifier une amie qui s’est rebellée ; il y a des civils, hommes et femmes, que convoient les Sylvidres dans leur armada  et parmi les femmes militaires, nombreuses sont celles qui finissent par ne plus croire au bien-fondé de leur mission de colonisation de la Terre. Car l’ambiguïté des sentiments règne en force dans Albator, que ce soit un sentiment envers un parent (à noter qu’un épisode s’intitule même « le complexe d’Œdipe » !), envers un ami ou envers l’être aimé. Je tiens enfin à ajouter que de nombreux épisodes se terminent par le sacrifice d’un personnage, soit découvert dans l’épisode, soit suivi dès le début de la série. Même si, pour les Japonais, cela reprend un événement bien particulier de leur histoire, à savoir le comportement courageux mais suicidaire des aviateurs kamikazes, une telle attitude a également une résonance particulière dans notre civilisation occidentale, où, baignant dans des valeurs judéo-chrétiennes, la notion de sacrifice a aussi son importance.


    Dimanche, le 11 juillet 2004
    Les copains
    Ça y est, j’ai reçu dans ma boîte aux lettres le nouveau Bifrost, la « revue des mondes imaginaires ». Dans ce numéro, le 35ème, un spécial « aventures spatiales ».
    Au menu, des nouvelles de Thomas Day, James Patrick Kelly et Michael Swanwick, ainsi qu’un long article de Robert Silverberg sur la profession d’auteur de science-fiction.
    Mais aussi...
    Mais aussi un entretien de l’ami Jean-Jacques Girardot...
    Mais encore, dans l’édito, l’annonce de la création d’une nouvelle maison d’édition, spécialisée dans le domaine des littératures de l’imaginaire et dont le directeur littéraire n’est autre que le « Capitaine » André-François Ruaud. Cette maison d’édition, appelée les moutons électriques éditeur et dont la premier titre paraîtra à la rentrée 2004, nous promet du bon et du beau (nous n’en doutons point, avec A.-F. Ruaud à la barre, l’esthétique et l’intelligence des textes seront au rendez-vous).
    Longue vie aux moutons électriques !


    Jeudi, le 27 mai 2004
    Petites annonces
    Ami lecteur, vous avez des droits.
    Enfin, vous avez au moins la possibilité de manifester votre goût pour un texte francophone de science-fiction paru l’année passée et de le mener jusqu’aux pré-sélections du prix Rosny-Aîné.
    Ça ce passe ici et c’est auprès de Joseph Altairac qu’il faut s’adresser en indiquant au moins deux titres de romans et autant de nouvelles parmi les listes indiquées.
    Bien entendu, je pourrais parler de l’excellente nouvelle "Quand s’envoleront ma vie et ma conscience..." de Jean-Jacques Girardot et d’un certain Fabrice Méreste, parue dans l’anthologie Passés recomposés de Nestiveqnen, mais bon, je dis ça, je dis rien, car il y a aussi d’autres textes très bons dans cette anthologie, comme "La stratégie Alexandre" (suite de "l’Apopis Républicain") du compère Ugo Bellagamba (et père tout court depuis quelques jours d’une petite Margot, l’heureux homme !). L’ami Ugo a aussi quelques autres textes remarquables à son actif en 2003 dans son recueil la Cité du Soleil paru au Bélial’, en particulier la nouvelle éponyme. Parmi les textes courts que j’ai aussi lus et bien aimés en 2003, il y a également "Si Thébaldus rêve..." de Sylvie Denis, dans son recueil Jardins virtuels paru chez Gallimard. Il faut encore compter avec des nouvelles d’auteurs divers publiées dans la revue Bifrost.
    En ce qui concerne les romans, il faut noter l’audacieux Double corps du roi de Thomas Day et Ugo Bellagamba (chez Mnémos) ou le troublant Eternity Express de Jean-Michel Truong (chez Albin Michel).
    Bref, pensez à voter !
    Deuxième petite annonce : André-François Ruaud a été interviewé par ActuSF où il nous annonce la création d’une maison d’édition appelée les moutons électriques, éditeur et dont le premier titre doit paraître à la rentrée 2004. Une affaire à suivre...


    Dimanche, le 30 novembre 2003
    Ce qu’ils en pensent...
    Quelques critiques de professionnels du domaine de la nouvelle « Quand s’envoleront ma vie et ma conscience... » (écrite en collaboration avec Jean-Jacques Girardot) et de l’anthologie uchronique Passés recomposés dont elle est issue (textes réunis et sélectionnés par André-François Ruaud, et publiés dans la collection Science Fantasy des Éditions Nestiveqnen en septembre 2003) :
    • la critique de l’érudit Pascal J. Thomas sur la liste de discussion TiF (Time in Fictions), à paraître dans KWS ;
    • la critique du terrible expert Éric B. Henriet sur le site de Markus Leicht.
    À noter aussi, Passés recomposés est le coup de cœur de la Porte des Mondes.


    Samedi, le 18 octobre 2003
    Avis de décès : lorsque j’étais mort...
    En ce moment, à Saint-Étienne, se déroule l’événement Livres en Fête.
    Au programme : auteurs venus dédicacer leurs ouvrages, stands de libraires et bouquinistes, ateliers et animations diverses.
    Hier, j’ai fait un petit tour sur le lieu de cette manifestation culturelle en essayer de voir si certains auteurs m’étaient familiers et j’ai vu le nom de Fabrice Colin, récemment primé (tout comme Jean-Jacques Girardot, voir post ci-dessous) au Grand Prix de l’Imaginaire.
    Fabrice Colin et moi-même avons comme points communs d’être nés la même année, d’avoir le même prénom, et d’écrire tous les deux dans le domaine de la littérature de l’imaginaire, bien que lui soit un auteur bien plus publié que moi et qu’il écrive davantage dans le domaine de la Fantasy.
    Il y a de cela quelques années, j’étais étudiant à Paris, et lors d’une rencontre organisée par le Club Présences d’Esprits, on m’avait pris pour lui...
    C’est toujours ennuyeux d’être pris pour quelqu’un d’autre.
    Voici une anecdote qui m’est arrivée justement à cette époque où je poursuivais mes études à Jussieu.
    Un jour de novembre, mes parents eurent la surprise de recevoir une lettre d’une dame d’un village voisin, cette dame s’avérant être la mère d’un de mes anciens camarades de classe de collège. Un détail aurait pu mettre la puce à l’oreille de mes parents : le nom de famille était mal orthographié (« Méreste » est un pseudonyme, mon véritable patronyme étant trop difficile à écrire correctement par le commun des mortels). Dans cette lettre, une carte indiquant : « Sincères Condoléances » avec une image de fleurs tristes comme il convient dans ce genre de situation.
    En ouvrant la carte, mes parents purent lire le texte suivant, en caractères d’imprimerie :

    « Le livre de la vie

    est le livre suprême

    qu’on ne peut ni fermer

    ni ouvrir à son choix.

    On voudrait revenir

    à la page que l’on aime

    et la page du chagrin

    est déjà sous nos doigts.


    Sincères Condoléances. »


    Puis, écrit à la main :
    « Je suis bouleversée par le deuil qui vous frappe. Croyez en ma sympathie bien attristée. »
    Suivis du nom de la mère de mon ancien copain de classe et d’un post-scriptum : « Si je peux vous aider... »
    Passé le premier moment d’émotion et de surprise, mes parents m’ont quand même appelé par téléphone pour prendre de mes nouvelles, et comme je me portais comme un charme, ma mère s’est décidée à prévenir la personne à l’origine de la lettre afin de la rassurer.
    L’explication était simple : quelques jours plus tôt, un malheureux homonyme (à une lettre près dans l’écriture du nom de famille), du même âge et de la même région natale que moi, s’était tué dans un accident de voiture. L’avis de décès avait été publié dans les pages nécrologiques du journal local.
    Certaines personnes ont cru qu’il s’agissait de moi, comme des habitants du village de mes parents, mais voyant que ma mère ne semblait en rien touchée par le décès de son fils aîné, ils ont vite compris qu’il ne s’agissait pas de moi : une lettre de différence dans le nom de famille ainsi que l’activité du défunt (serveur dans un restaurant) avait fini par lever le doute.
    Quoi qu’il en soit, apprendre que j’avais été considéré comme mort aux yeux de certains est une drôle d’expérience : cela permet de relativiser les problèmes divers qui nous touchent car ceux-ci sont toujours bien dérisoires face à la chance que nous avons d’être vivants.


    Dimanche, le 12 octobre 2003
    Avis spécial : tribute to J.-J.
    Pendant des années, à ceci depuis le milieu des années soixante-dix, Jean-Jacques Girardot plaçait ses nouvelles dans tous les supports de publication disponibles : fanzines, revues, recueils...
    Mais cet auteur restait trop rare et n’avait pas encore publié son recueil de textes. Cette chance allait lui être donnée en 2001 lorsque les membres du jury du prix Alain-Dorémieux, réuni aux Utopiales de Nantes, firent de Jean-Jacques Girardot leur lauréat. En effet, le prix Alain-Dorémieux a pour objectif d’aider un « jeune » auteur en lui permettant d’éditer son premier recueil de nouvelles (ou son premier roman).
    C’est ainsi que Jean-Jacques put sortir, l’année suivante, ses Dédales virtuels (Éditions Imaginaires Sans Frontières).
    Le jury du prix Alain-Dorémieux ne s’était pas trompé : l’année suivante, au cours de la convention nationale de science-fiction organisée à Flémalle (en Belgique), une nouvelle inédite extraite de ce recueil et intitulée « les Visiteurs de l’éclipse – Gris et amer (1/2) » obtint le prix Rosny ainé (ex æquo avec une nouvelle de Sylvie Lainé, prix Alain-Dorémieux 2002 !), salué ainsi par les lecteurs de science-fiction.
    Et enfin, tout récemment, Jean-Jacques s’est vu décerner le Grand Prix de l’Imaginaire pour son recueil, récompensé ainsi par un jury composé pour sa plus grande partie de professionnels du milieu tels que des auteurs et des directeurs de collection.
    Par ailleurs, en plus de ses qualités d’auteur, Jean-Jacques est un homme d’une énorme gentillesse, quelqu’un d’attachant, de cultivé et d’un peu fou, quelqu’un avec qui j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire une nouvelle, mais aussi quelqu’un de sensible que j’ai stupidement blessé, grosse nouille que je suis, parce qu’un jour, après une semaine stressante, j’étais sur les nerfs...
    Voilà, petit hommage à Jean-Jacques Girardot, parce qu’il le vaut bien !


    Dimanche, le 7 septembre 2003
    Compte-rendu (bien singulier) de la XXXème Convention nationale de Science-fiction française
    1. Introduction

    Ça l’air d’un film :

    Sara et la Convention perdue

    ...mais, non, il s’agit de la convention S.-F. nationale de 2003, ou plutôt de la « Convention transnationale d’imaginaire francophone » puisque celle-ci s’est déroulée du 28 au 31 août 2003 au Centre wallon d’art contemporain de la Châtaigneraie, à Flémalle, au sud de Liège.
    Une convention hors norme, en quelque sorte, puisque hors de France (même si quelques conventions S.-F. avaient déjà eu lieu auparavant en Belgique ou en Suisse) mais aussi hors du simple domaine de la science-fiction car les autres genres de la littérature de l’imaginaire (fantasy et fantastique, et même polar) étaient aussi à l’honneur.
    Hors norme enfin par le jeu de rôles dans lequel se sont retrouvés plongés les participants et invités à la convention.


    2. Au cours du mois de juillet...

    Dans un document attaché à un courrier envoyé par Sara Doke, il est indiqué :
    « Joueur : Méreste, Fabrice
    Groupe : Agents du Vatican (représentants des gardiens de l’Aggartha)
    Membres : Jean-Claude Dunyach, Fabrice Méreste
    Alliés : Personne !
    Ennemis : Tout le monde
    Signe distinctif : chemise blanche et accessoire noir (n’oubliez pas que vous êtes des prêtres) (...) »
    Sont aussi indiqués les personnages connus et reconnus, missions et historique.
    Ouh là ! Je ne comprends pas grand chose, c’est la première fois que je participe à un jeu de rôles. Bon, ça peut être drôle. Je mets dans mon sac de voyage un jeans noir et une chemise blanche...


    3. Jeudi 28 août 2003 : le départ

    Jean-Jacques Girardot, son fils Alain, et moi-même, à savoir les Stéphanois de la Gang, retrouvons les Lyonnais chez Sylvie Lainé à 7 heures du matin.
    Tout le monde est déjà là (André-François Ruaud, Gizmo Mergey, ainsi qu’un fan et auteur suisse prénommé Vincent) mais ce n’est pas pour autant que nous partons pour la Belgique : nous discutons entre copains en prenant le petit déjeuner.
    Les Stéphanois prennent place dans la voiture de Jean-Jacques et les autres (Sylvie, Vincent, André et Gizmo) dans la Gizmobile, nous voilà enfin sur le départ alors que le jour tarde à se lever : nous ne sommes plus habitués aux gros nuages gris après cette canicule.
    Nous quittons la région Rhône-Alpes, traversons la Bourgogne, entrons en Champagne-Ardenne, passons par la Lorraine (avec nos sabots) et déjeunons à Luxembourg où Georges, un ami d’André-François qui travaille dans cette ville, nous montre quelques bien beaux endroits le temps d’une visite-éclair.
    Nouveau changement de frontière : la Belgique. Le chemin semble long pour aller jusqu’à Liège. Jean-Jacques quitte l’autoroute à un moment pour prendre de l’essence dans une bourgade appelée « Vaux-sur-Sûre ». Ce nom curieux nous rappelle la blague au sujet des manifestations de mai 68 à Bruxelles : du côté des étudiants, on criait : « CRS, SS ! » et du côté des forces de l’ordre : « Étudiants, -diants, -diants ! »
    Liège nous accueille sous une pluie battante. Nous suivons la voiture de Gizmo. Nous arrivons en centre-ville, tournons, hésitons... il est dur de trouver son chemin lorsque les panneaux sont difficiles à voir ou lorsqu’une route prévue dans l’itinéraire est barrée.
    En fin d’après-midi, nous parvenons enfin à l’hôtel, à Rocourt, dans la périphérie de Liège. Nos chambres ont bien été réservées. Mais c’est Anne Smulders qui a nos factures (et le numéro du code pour ouvrir le portail de nuit). Elle a bien fait : arrivés trop tard, nous n’aurions pu trouver quelqu’un à l’accueil de l’hôtel. Nous nous rendons au lieu de la convention, et le chemin n’est pas moins simple que pour aller jusqu’à l’hôtel (doux euphémisme).
    Il pleut, il fait froid, nous sommes fourbus. Je ne remarquerai la beauté de la Châtaigneraie que plus tard, petit manoir entouré d’un parc qui n’est pas sans évoquer le Moulinsart de Tintin.
    Nous avons manqué le programme de l’après-midi, tant pis. Dommage pour la conférence de l’auteur britannique Brian Stableford sur « l’Imaginaire du XIXème siècle », celle de Patrick Marcel sur le fantastique (auteur, entre autre, du guide Atlas des brumes et des ombres sur le Fantastique en Folio S.-F., ah, ben non, en fait, cette conférence n’a pas eu lieu m’a-t-on rapporté), et la rencontre avec Jean-Marie Buchet, cinéaste et historien du cinéma au sujet de « Cinéma et Science-fiction ». De toute manière, les conventions, ce n’est pas seulement assister à une série de rencontres, conférences, tables rondes et débats, c’est aussi et surtout l’occasion de retrouver des copains, de rencontrer des auteurs, de faire de nouvelles connaissances avec des personnes qui partagent le même intérêt pour la science-fiction, ou, d’une manière plus globale, pour la littérature de l’imaginaire.
    À l’accueil, c’est Jean-Claude Dunyach, mon partenaire dans le jeu de rôles, qui s’occupe de la caisse : tickets repas et « delsemmes » pour les boissons. Comme l’année passée, les bières et cafés se paient avec une monnaie de singe : le delsemme, en l’honneur de Serge, cet auteur de S.-F. liégeois récemment disparu.
    À peine le temps de dire bonjour aux copains présents, de jeter un coup d’œil aux œuvres exposées à l’étage (sculptures, peintures et collages d’inspiration science-fictionnelle ou fantastique) et c’est déjà l’heure de dîner (ou plutôt de « souper » car, en Belgique, le terme « dîner » s’applique à ce que nous, Français, appelons le « déjeuner »). Nous nous retrouvons sous une grande tente pour nous restaurer : soupe, puis boulet (?) de viande et... frites, bien entendu, et enfin dessert ou fromage, je ne me rappelle plus.
    Il est bien tard lorsque nous avons terminé de manger, la conférence prévue par le professeur Tassilo Von Töplitz est reportée au lendemain.
    Vincent, notre nouvel ami helvète, plutôt que d’aller dormir à l’auberge de jeunesse, souhaite rester en compagnie de la Gang, il partagera donc ma chambre pendant ces trois nuits. Retour à l’hôtel (en suivant les voitures de ceux qui connaissent le chemin), puis dodo...


    4. Vendredi 29 août 2003

    Petit déjeuner dans la salle à manger de l’hôtel. Les habitués (qui sont déjà debouts) occupent les lieux : Raymond Milési, Pierre Stolze, Alain Huet, Jérôme Baud...
    Nous suivons les voitures pour arriver jusqu’au lieu de la convention.
    Assemblée générale de l’association Infini.
    [J’échappe pour un moment à la convention car je dois retrouver un de mes meilleurs amis que je n’ai plus vu depuis plus de... dix ans, ami que j’avais connu au temps d’un stage réalisé à Seraing, ville voisine de Flémalle. Cet ami, Africain d’origine rwandaise, est justement de passage aux Pays-Bas et en Belgique, et il a pu s’arranger pour venir à Liège au moment où j’étais aussi présent. Vers 11 heures, ce sont les retrouvailles. Avec un de ses compatriotes habitant maintenant la région, nous quittons Flémalle en voiture pour le centre de Liège, déambulons dans les rues du « Carré » et nous décidons d’aller manger dans un restaurant de poissons. Le temps est bien trop court pour se raconter les milliers de choses qui nous sont arrivées et que nous n’avions pu communiquer ni par courrier postal ni par courrier électronique. Juste le temps de faire un tour à la cathédrale de Liège où je tenais temps à revoir la sublime statue de l’ange déchu sur la Chaire de la Vérité de Guillaume Geefs.
    Mon ami doit prendre le train pour aller à Bruxelles, il faut déjà se dire au-revoir, je suis raccompagné à Flémalle...]
    J’arrive à la Châtaigneraie alors qu’André-François Ruaud débute sa conférence sur l’initiation à la fantasy. Devant moi, je reconnais quelqu’un de dos, en chemise écarlate, assis à côté de Gizmo : Gilles Dumay, directeur de la collection Lunes d’Encre de Denoël (et également auteur sous pseudonyme).
    Au gré de mon humeur, j’assiste à des conférences (Joseph Altérac remplaçant Tassilo Von Töplitz pour nous parler de « Terre Creuse et Monde souterrain » et du fameux « roi du monde »), je vais voir les livres neufs ou d’occasion proposés à la vente (j’en profite pour compléter ma collection Histoires, l’anthologie de science-fiction du Livre de Poche), je participe sans trop comprendre au jeu de rôles (où semblent beaucoup s’amuser le jeune Alain Girardot et Sylvie Lainé), j’écoute Gilles Dumay parler de télétravail (il vit à présent dans un coin perdu des montagnes de Thaïlande et exerce ses fonctions depuis un cyber-café), j’échange quelques mots avec Thomas Day au sujet du Double Corps du Roi (aux Éditions Mnémos) qu’il a écrit en collaboration avec mon copain Ugo Bellagamba...
    Repas. En face de moi, à table, Raymond Milési n’est qu’à moitié content du plat de rechange qui lui a été servi au lieu des haricots, légumes qu’il abhorre (qu’a-t-il eu à la place, des concombres cuits ?!).
    Après le repas, Raymond prend sa guitare et nous gratifie d’un concert (chansons parodiques avec paroles de sa composition) mais certains d’entre nous ont bien du mal à en profiter en raison de la fatigue.
    Retour à l’hôtel, dodo.


    5. Samedi 30 août 2003

    P’tit dèj’. Voiture. Flémalle.
    Présentation des candidatures pour les conventions 2004 et 2005. On prend les mêmes et on recommence : la convention de 2004 sera organisée par Jérôme Baud et aura lieu à l’Isle-sur-la-Sorgue (comme en 2000, première convention à laquelle j’avais participé), la convention de 2005 sera organisée par l’équipe d’Alain le Bussy à Tilff (à nouveau en Belgique, comme en 2002, où je n’avais pu être présent pour cause de rédaction de thèse).
    Conf’versation sur la « structure du conte » animée par Claude Mamier et Philippe Dulauroy, deux personnes qui décident de mener le projet assez fou de raconter et collecter des contes pendant près de trois ans (voir leur projet ici). Conférence sur les OVBI présentée par Jean Etienne. Non, je n’ai pas dit les OVNI mais bien OVBI : Objets Volants Belges Identifiés. À propos, saviez-vous pourquoi il y a tant d’OVNI recensés en Belgique ? Il paraît que c’est un des pays les plus brillants de la Terre car les autoroutes y sont éclairées... Et ce n’est pas une blague. Revenons aux OVBI. Historique et petit cours de physique sur les lifters, étranges dispositifs qui parviennent à voler à l’aide d’une haute tension. Nous assistons à une démonstration surprenante de cet engin.
    Après le repas (buffet froid), débat sur « l’Histoire de la S.-F. » animé par Jean-Claude Vantroyen, Jean-Pierre Fontana et Jean-Claude Dunyach.
    Je croise Sara Doke qui s’inquiète de la disparition de Gilles Dumay (qui est l’invité mystère) et d’André-François Ruaud. Ces derniers étaient à Liège à la recherche d’un distributeur de billets acceptant les cartes bancaires du type dont est pourvu le Gillou.
    Autres conférences et rencontres, je ne comprends toujours rien au jeu de rôles, je m’accroche un bout de plastique vert fluo autour du poignet afin d’indiquer que je participe à la murder party. Je repère Michel Pagel qui est lui aussi affublé de ce signe distinctif mais, peine perdue, nos missions n’ont rien en commun, nous avons l’impression qu’il y a plusieurs histoires indépendantes emmêlées dans ce jeu de rôles.
    André-François et Gilles sont de retour. Le débat sur « la Guerre des Étiquettes » peut débuter. Il ne sera pas animé par Catherine Dufour (qui n’est pas encore là en raison d’un problème de voiture) mais par Patrick Marcel (qui traduit aussi les propos de Brian Stableford). Le débat est très intéressant. Brian Stableford nous parle des attentes des éditeurs (« écrivez-nous la même chose, donc le même genre, parce que ça marche ! ») et des envies des auteurs ; l’idéaliste Gilles Dumay de la nécessité commerciale de présenter le genre des livres (science-fiction, fantasy avec nains de jardin, fantasy sans nains de jardin...) mais que ce qui compte, selon lui, est de publier et défendre un auteur et une œuvre, qu’importe son étiquette ; André-François Ruaud et Patrick Marcel, tous deux auteurs d’un guide respectivement sur la fantasy et le fantastique commandés par... Gilles Dumay (j’en profite pour saluer Francis Valéry, auteur du guide de lecture sur la science-fiction dans la même collection qui n’a malheureusement pu venir pour des raisons de santé... nous te souhaitons un prompt rétablissement, Francis !), évoquent les difficultés qu’ils ont eu à définir les genres (fantastique, science-fiction, fantasy) et à classer des textes dans l’un ou l’autre de ceux-ci, certains relevant de la fusion des genres...
    Nous quittons ensuite la Châtaigneraie pour aller au Préhistosite, non loin de là. Et c’est dans la reconstitution d’une caverne qu’ont lieu les remises de prix, dont le prix Rosny Aîné (auteur de la Guerre du feu), prix dont s’occupe Joseph Altérac et qui est établi selon le vote des lecteurs afin de récompenser le meilleur texte francophone de science-fiction de l’année écoulée.
    Roulement de tambour...
    Le prix Rosny de la nouvelle de science-fiction est attribué à... Jean-Jacques Girardot pour « Gris et amer, les Voyageurs de l’Éclipse » (extrait de son recueil de nouvelles Dédales virtuels paru aux Éditions Imaginaires Sans Frontières), ex æquo avec Sylvie Lainé pour « Un signe de Setty » (dans un numéro de la revue Galaxies). Trop de bonheur : il s’agit de textes que j’avais lus et vraiment beaucoup aimés, et en plus, ce sont des copains... En recevant leur trophée (la sculpture en forme de crâne de mammouth), Sylvie et Jean-Jacques se prettent à un étonnant jeu de duettistes. Ne s’agirait-il que de la même entité implémentée dans deux corps différents ?
    Prix Rosny du roman attribué à Joëlle Wintrebert (hélas absente) pour Pollen.
    Prix Merlin (équivalent en fantasy de ce qu’est le Rosny pour la science-fiction) de la nouvelle attribué à Jess Kaan pour l’Affaire des Elfes Vérolés.
    Prix Merlin du roman attribué à Lea Silhol pour « la Sève et le Givre » (qui, comme Joëlle, est aussi absente).
    Les auteurs de fantasy se sont vus remettre de jolies planches : un crayonné pour Jess Kaan qui avait bien du mal à cacher son émotion et une peinture pour Lea Silhol.
    Prix Versins (du plus mauvais jeu de mots réalisé pendant la convention) attribué à Pierre Stolze. Contexte : la convention avait pour sous-titre « Sara Jones et la Convention perdue ». Et il y eut effectivement beaucoup de problèmes pour trouver à la fois l’hôtel et le lieu de la convention, dans ce petit coin de Wallonie. Le jeu de mots de Pierre, fort à propos, fut ainsi : « Où wallons-nous ? ». Pierre s’est vu remettre un magnifique... euh... bidule... un machin avec plein d’hélices de couleurs que je me rappelle avoir déjà eu quand j’était tout petit.
    Apéritif. Discussions par petits groupes : Gilles Dumay, André-François et Patrick Marcel parlent entre eux de plein de textes et d’auteurs qui me sont inconnus, Gizmo et Éric Henriet discutent d’uchronie, Sylvie et Jean-Jacques taillent la bavette avec les 42 (Ellen Herzfeld et Dominique Martel), Catherine Dufour vient d’arriver, certains s’essaient à la bière « préhistorique » faite maison (qui, une fois ouverte, se déverse follement en mousse)...
    Retour à la Châtaigneraie, c’est le dîner de gala.
    Sara Doke est habillée en créature angélique. D’autres vont se changer au cours du repas. Vincent, à côté de moi, dégouline de faux sang. Je devrais le regarder avec appétit, m’étant déguisé en vampire, mais c’est plutôt à la serveuse largement décolletée à qui j’ai lancé un « vous êtes à croquer, mademoiselle ! » qui retient mon attention. J’ôte mes dents de Dracula pour manger. Après la soupe aux orties et le saumon, nous avons droit à de l’agneau (argh, une gousse d’ail, on veut ma mort !) et, en dessert, un machin-truc-chose au nom imprononçable pour un non-Belge qui ressemble à une sorte de grosse poire cuite au jus.
    Pendant le repas, vente aux enchères d’objets improbables animée par Georges Pierru (dans le rôle du commissaire priseur) et Jérôme Baud. Jean-Jacques Girardot s’en sort plutôt bien : cette année, son fils Alain ne l’a pas ruiné en achetant toutes les bêtises dont il avait envie.
    Tout le monde (ou presque) se déguise : André-François en cadavre élégant à canotier, Michel Pagel en Mort rouge à faux, il y a aussi des men in black et des extraterrestres, des cow-boys et des indiens, des créatures monstrueuses diverses et variées (je vous invite à voir le site de Matthieu Walraet pour vous faire une idée), ceux qui ne se sont pas déguisés se retrouvent avec des masques ou casquettes ridicules.
    Jean-Jacques Girardot et son fils partent se coucher. Nous convenons de l’heure de départ pour le retour à neuf heures, il ne faut pas oublier que lundi 1er septembre, c’est la rentrée pour Alain (et aussi pour moi et mes collègues enseignants). Tant pis pour le jeu « S.-F. again fascism » et le décrochage de l’exposition, et tant pour avoir si peu profité de Liège.
    Jacob Durieux est aux platines mais il n’y a pas réellement de bal costumé. Le sol caillouteux de la tente ne s’y prête d’ailleurs guère et nous aidons à débarrasser les tables.
    Gizmo ramène à Rocourt de bien curieux personnages : le maquillage blanc d’André-François s’en va par plaques et le faux sang n’en finit pas de couler du visage de Vincent. En se démaquillant à l’extérieur de la chambre d’hôtel, Vincent manque même de provoquer une crise cardiaque, ayant fait très peur à un touriste japonais noctambule.


    6. Dimanche 31 août 2003 : le retour

    Petit déjeuner en compagnie de Peter Motte (personne d’autre n’est debout si tôt). Ce traducteur néerlandophone s’est chargé de nous faire connaître des auteurs flamands durant la convention, notamment à travers la distribution d’un hors série en français de la revue littéraire trimestrielle De Tijdlijn (la Ligne de Temps).
    Il est presque neuf heures, Jean-Jacques n’est toujours pas descendu à la salle à manger alors que je suis prêt à partir. Je frappe à la porte de sa chambre. Il vient à peine de sortir du lit. Bon, pendant qu’il se prépare, je regarde les dessins animés à la télévision en essayant de ne pas réveiller Vincent.
    Jean-Jacques arrive enfin, et c’est parti. Le mauvais temps qui nous avait accompagné tout au long de la convention a laissé place au soleil.
    Le retour nous semble long jusqu’au Luxembourg et à la France.
    Nous nous arrêtons sur une aire d’autoroute pour déjeuner et je prends la relève au volant. Je conduis sur la majeure partie de l’autoroute, Jean-Jacques s’assoupit à côté de moi, Alain semble bien sage à l’arrière. Nous sommes à Saint-Étienne en fin d’après-midi.
    Voilà, c’était une bien belle convention, riche en émotions, en rencontres et en prix... Encore merci aux organisateurs : Sara, Anne et Jacob. Et à l’année prochaine à l’Isle-sur-la-Sorgue !


    Mardi, le 12 août 2003
    Ah, vie au calme, de vendredi à lundi...
    Week-end en Ardèche avec mon ami stéphanois Jean-Jacques Girardot. Nous avons travaillé sur une nouvelle steampunk qui sera la suite de celle à paraître à la mi-septembre dans l’anthologie Passés recomposés des éditions Nestiveqnen.
    En fait, écrire une histoire d’uchronie (ou encore : « qu’aurait été le passé si quelques événements s’étaient produits différemment ? ») demande énormément de travail de recherche. Et là, Jean-Jacques a fait très fort puisqu’il avait téléchargé quelques sites intéressants les jours précédents et mis tout ça sur une grosse machine.
    Arrivés dans ce petit coin perdu à la fraîcheur agréable (Lyon était une ville étouffante, ces jours-ci), nous avons pu mettre nos ordinateurs en réseau et travailler sur notre petit web local, après que Jean-Jacques a installé un outil de recherche adapté pour tirer au mieux parti des données recueillies.
    Au final, nous n’avons pas fait beaucoup de balades dans la forêt (ils ne sont pas très sportifs, mes copains), pas encore écrit une ligne du texte mais l’histoire prend forme petit à petit, l’univers s’enrichit, la gestation est longue mais nous promet un beau bébé...
    Donc un week-end vraiment agréable où nous avons fêté l’anniversaire de Jean-Jacques, ce qui m’a donné l’occasion de préparer à nouveau une charlotte aux poires (recette décrite en post du 27/07/2003).
    Bon, tout ça m’a un peu fait oublier mes problèmes divers à Lyon (l’appartement à faire visiter, les plombiers, le copain en hôpital psychiatrique), au boulot (les travaux de recherche à terminer avec mon équipe de Lyon, les nouveaux cours à préparer à Saint-Étienne), à Saint-Étienne (le parquet à refaire dans mon nouvel appartement, le déménagement)... auxquels se sont rajoutés dernièrement des problèmes de santé (je ne pense pas que ce soit grave, mais un médecin généraliste n’a su me dire de quel mal curieux je souffrais, aussi m’a-t-il dirigé vers un spécialiste que je dois voir cet après-midi).
    Enfin, rien de bien méchant, tout se gère petit à petit, et je pense que tous ces petits soucis seront réglés à la fin du mois, date à laquelle je m’installerai pour de bon dans mon chez-moi, à Saint-Étienne...


    Lundi, le 21 juillet 2003
    Avis : attention, peinture fraîche !
    Pascal-Jean-Gabriel, dit « Gizmo », le rédacteur de la Clepsydre, également historien et auteur à ses heures, tient aussi la fonction de webmestre de la Gang dont il vient de remettre le site à jour.
    Allez-y, c’est beau, c’est bleu...
    Vous y trouverez des informations sur les dernières parutions de mes copains gangsters.
    Merci Gizmo !


    Mercredi, le 11 juin 2003
    (M)a vie, en vrac : plus jamais avant minuit
    Tout a commencé dimanche dernier, le 1er juin.
    Sylvie donnait une petite fête chez elle pour son poste de prof des universités. Très sympa. Il y avait les copains de la Gang (Marie, André, Olivier, Gizmo, Jean-Jacques) ainsi que Francis Valéry. Il m’a surpris, le Francis. D’ordinaire, il est habillé de noir (avec les ongles vernis dans la même couleur). Mais là, il était sobrement vêtu de beige. Oh, le copieur ! (Oui, mes fringues sont le plus souvent blanches, beiges et couleur sable.)
    En partant, le mari de Sylvie m’a prêté des CD vidéos et je n’ai pu m’empêcher de regarder le film sur mon ordinateur, ce qui m’a fait coucher plus tard que d’ordinaire et presque louper le réveil... alors que, le lendemain, commençait une conférence (enfin, un colloque s’étalant sur toute la semaine) organisée par mon laboratoire.
    Donc lundi, je me suis rendormi après la sonnerie du réveil (c’est la première fois que ça m’arrive, et c’est désagréable), d’où un départ un peu à la bourre de chez moi. J’arrive au labo avant 8 heures, j’aide à installer ce qu’il faut, ça baigne, tout est prêt. Le discours des officiels, conférence d’un invité prestigieux, tout va bien. Nous gérons aussi le problème du mardi car, avec les grèves des transports, nous prévoyons de chercher les conférenciers logeant à Lyon pour les amener sur le campus de Bron, dans l’Est lyonnais (c’est moi qui vais servir d’accompagnateur).
    Alors, cette semaine, ça a été dur. Et pas moyen de trouver le temps de poster un message sur Singuliers (OK, j’avoue : j’ai commencé trois messages, je n’en ai terminé aucun avant celui-ci).
    D’abord, du sommeil en retard. D’ordinaire, je me lève très tôt (à 5 heures) et j’essaie de me coucher vers 22 heures, mais là, quand je ne rentrais pas tard après avoir dîné avec des collègues, j’ai redécouvert ce que c’est que de jouer sur l’ordinateur, ça me permet de tuer le temps jusqu’à ce que j’aie l’air d’un zombie et que, malgré la chaleur étouffante, je parvienne à trouver le sommeil. Mais bon, dodo plus jamais avant minuit, et lever assez tôt, même si c’est un peu plus tard que d’ordinaire, ça finit par taper durement sur le système.
    Ensuite, j’ai pris trois kilos. Les pauses-café accompagnées de délicieuses pâtisseries, les cocktails, le dîner de gala, le resto avec des Liégeois (pas au chocolat, des collègues belges), le déjeuner du vendredi avec le comité d’organisation, sans compter ce week-end... Argh ! Bon, au pain sec et à l’eau.
    Sinon, pour finir, le bon mot du docteur Fab. Le mercredi, juste avant le dîner de gala, nous avons eu droit à des dégustations de produits locaux (des beaujolais, des jus de fruits, du saucisson, des fromages de chèvres, du miel). Quand je suis passé devant les fromages, j’en ai goûté un qui était affiné, et l’autre qui ne l’était pas. Oui, rien à voir. Et là, je me suis dit que ce que c’était vraiment ce qu’il fallait pour un congrès de mathématiciens : la seule différence entre les deux fromages, c’était une fonction « affine »... (si vous ne comprenez pas, envoyez-moi un courrier électronique (c’est pourtant le programme de troisième, non ?)
    Enfin, samedi, petit tour au 13ème festival de la science-fiction et de l’imaginaire de Roanne. Le Capitaine en parle mieux que moi sur son site ici (billet du 08/06/2003).
    Déjeuner à Roanne puis après-midi agréable au bord de la Loire, dans le département du même nom, le fameux 42, solution à toutes les énigmes, et peut-être même, en ce qui me concerne, à celle de la quête acharnée d’un futur poste d’enseignant-chercheur.
    Affaire à suivre...


    Dimanche, le 25 mai 2003
    Ah... We are the young Americans
    Samedi matin, devant le cinéma UGC de la rue de la République. La foule. Je me joins à celle-ci et je sors un bouquin.
    Une dame fait une enquête. Elle prend les numéros de téléphone des gens qui, comme moi, patientent.
    « Vous avez l’intention de voir Matrix ? »
    « Certainement pas ! »
    Ma réponse la surprend un peu.
    Mais le premier Matrix m’avait paru comme une énorme bouffonnerie, je n’allais pas me coller la suite sous prétexte que j’aime la science-fiction et le genre cyberpunk. Toutefois, je reconnais que je n’ai peut-être pas vu le premier opus dans des conditions optimales : j’habitais à l’époque dans un foyer parisien occupé par un paquet d’étudiants en informatique, et ces derniers avaient récupéré sur le Net une version pirate de Matrix, filmé dans une salle de cinéma, avec un son déplorable et une qualité d’image laissant à désirer (les ombres des têtes apparaissaient sur le bas de l’écran). De plus, regarder ce film sur le moniteur d’un PC qui a le mauvais goût de redémarrer lors de la projection, c’est dur, même si on peut ensuite se vanter d’avoir vu le film tant attendu quelques semaines avant sa sortie nationale...
    Et comme M. Reloaded est, semble-t-il, un peu moins bien que le premier, je ne m’y suis pas risqué.
    Non, je suis allé voir Dogville de Lars van Trier.
    Un très bon choix ! Trois heures, le double du temps de Matrix Reloaded, et pourtant ce film nous tient en haleine, sans pour autant passer par des effets spéciaux, des scènes de combat hallucinantes ou des plastiques avantageuses (une Nicole Kidman guère mise en valeur vs. le duo de choc Monica Bellucci & Carrie-Anne Moss).
    Le décor de cette petite ville est minimaliste. Quelques traces de peinture au sol indiquent le nom des rues, délimitent les maisons, figurent le chien. Les bruitages donnent corps à ce vide théâtral.
    L’histoire : en un prologue et sept chapitres, nous découvrons la vie d’une petite bourgade perdue dans les Rocheuses, au nom improbable de Dogville, et la vie de ses habitants, au cours des années trente. Un soir, des coups de feu se font entendre au loin, et Tom, l’apprenti-auteur et philosophe de la ville, recueille Grace, une jolie jeune femme traquée par des gangsters. Les habitants de Dogville, sur la proposition de Tom, consentent à cacher Grace et à la faire vivre auprès d’eux en échange de quelques travaux. Grace va tout faire pour que la communauté de ces gens simples l’accepte.
    Critiques : Sublime ! Quel tour de force ! Lars von Trier parvient à peindre ces hommes et ces femmes qui font l’Amérique avec une terrible sincérité, les petits riens qui font leurs vies, leurs valeurs, leur esprit communautaire, leur détresse... Il s’agit aussi et surtout d’une allégorie de la violence humaine, ou comment, malgré tous nos idéaux, nous finissons toujours par nous en prendre aux plus faibles. Ce n’est pas un film optimiste, certes, mais d’une cruelle lucidité.
    Lucidité, lux... Oui, d’ailleurs, dans ce film, Lars von Trier joue beaucoup sur la lumière, la lumière qui met en valeur la profondeur des personnages, du soleil éclatant de la joie partagée au cours de la fête nationale, au clair de lune révélant toute l’horreur des êtres humains dans la terrible scène finale.
    Dogville est vraiment un film singulier... Allez le voir !


    Dimanche, le 13 avril 2003
    Avisés, les conseils de Bifrost !
    Chouette ! J’ai trouvé vendredi dans ma boîte aux lettres le dernier numéro de la revue Bifrost des Éditions du Bélial’.
    Et ce numéro 30, avec ses nouvelles, critiques, interviews et infos, je l’ai dévoré, comme d’hab’...
    Première nouvelle, celle de Catherine Dufour : Je ne suis pas une légende. Ces quatorze pages, clin d’œil au roman de Richard Matheson, nous racontent l’histoire de Malo, un antihéros qui fait tout son possible pour rester humain dans un univers où ceux de son espèce sont devenus des vampires. Ne vous fiez pas à la quatrième de couverture dont est tiré un extrait de ce texte, la nouvelle est pleine d’humour noir et de cynisme, la provocation gratuite n’est pas aussi fréquente.
    Un autre texte rafraîchissant : Faërie Boots de Johan Heliot. En une dizaine de pages, l’auteur de La lune seule le sait nous emmène sur les traces d’une rock star en revisitant la magie d’un conte de Perrault.
    L’Arbre aux lucioles de Jack Williamson, est un tout petit texte (4 pages) de fantastique champêtre dans un bled paumé des États-Unis. Bof.
    Le Goût du sang de Michel Pagel est une très belle histoire à chute. En 8 pages, un voyageur interstellaire immortel raconte à son ami combien peut s’avérer problématique le fait d’avoir trouvé l’amour en la personne d’une ravissante Andalouse.
    Enfin, Le Canot de Richard Paul Russo décrit en 12 pages la lente agonie d’un équipage d’une capsule de survie perdue dans un non-secteur du non-univers...
    Pour la partie critique, il y a bien sûr les coups de cœur... mais aussi les coups de gueule, en particulier ceux du féroce Cid Vicious qui s’en prend aux (trop) jeunes auteurs de fantasy et de space opera que des maisons d’éditions laissent publier des cycles sans fin, sans style et sans histoire... À noter, la critique en demi-teinte d’Un Amour d’outremonde de Tommasion Pincio par le marsien Laurent Queyssi. J’en avais parlé dans mes archives, trouvant au contraire ce livre plutôt pas mal...
    Les interviews : Catherine Dufour, auteur aux textes déjantés (outre la nouvelle présente dans ce numéro de Bifrost, elle poursuit un cycle intitulé Quand les dieux buvaient avec les titres Blanche-Neige et les lance-missiles, L’ivresse des provideurs et Merlin, l’ange chanteur qui ne semblent pas piqués des hannetons). Interview aussi de Fabrice Colin, qui, outre quelques titres intéressants, à le bon goût de s’appeler Fabrice et d’être né en 1972...
    Et encore, tout plein de critiques de romans, recueils et BD, d’infos et d’études (allant du phénomènre Perry Rhodan à la chute des météorites en passant par la science-fiction des années 1930), etc.
    Idéal pour se changer les idées et précieux avant de se ruer sur les nouveautés S.-F. en librairie.


    Dimanche, le 6 avril 2003
    Avis de nettoyage de printemps
    Ça y est, j’ai fait le ménage : les derniers posts de "Singuliers" sont bien rangés, classés par thème et par date.
    Je me suis rendu compte que la nouvelle Cellulaire sans en avoir l’air était difficile à lire pour ceux qui ne consultaient pas régulièrement mon avirtuel. Par conséquent, j’ai mis tous les épisodes à la suite dans les textes en ligne. Et j’en ai profité pour mettre en ligne un autre texte : L’homme sans sourire, écrit à Paris, en 1999, une nouvelle fantastique que l’on peut aussi retrouver sur mon site auprès de la Gang.
    Bonne lecture !


    Jeudi, le 3 avril 2003
    Avis de retour à l’anormal
    Voilà, c’est la fin de l’histoire de Cellulaire sans en avoir l’air.
    Que peut-on déduire de ce petit texte ?
    Que je connais un peu le quartier chinois parisien. Oui. Que je suis allergique aux téléphones portables. Aussi. Et que j’écris des textes qui ne sont pas publiés. Certes.
    Bon, en tout cas, poster des bouts de cette nouvelle m’a permis de ne pas me lâcher sur mon blog. Comme tout le monde, j’aurais eu tendance à laisser mon naturel agir, à en vouloir au monde et joindre ma voix à la série des "putain-ils-sont-vraiment-trop-cons-de-faire-la-guerre", à en vouloir à notre État bien-aimé qui profite du contexte international pour supprimer des postes à l’éducation nationale au profit des ministères de la Défense, de l’Intérieur et de la Justice, bref, à en vouloir aussi à toutes ces petits problèmes du quotidien qui nous gâchent un peu la vie (le moniteur de mon ordinateur qui grille, la grève des transports en commun, la grève du restaurant du personnel...) mais non, sans dire que tout va bien, ne disons pas que tout va mal.
    Non, je ne suis pas de ceux qui chroniquent avec humour et/ou cynisme l’actualité, d’autres ont davantage de talent que moi pour le faire.
    Non, j’aurais pu parler de quelques films que j’ai vus dernièrement (par exemple Adaptation de Spike Jonze), de quelques livres lus (comme Eternity Epress de Jean-Michel Truong), mais non, rien.
    Explication : j’ai trouvé une manière géniale d’utiliser toutes les feuilles qui encombrent mon appartement (mes brouillons de thèse, d’articles scientifiques et de textes de science-fiction). Je fais des marionnettes en papier mâché. Et des marionnettes locales, bien sûr, un véritable théâtre de Guignol.
    Oui, j’ai laissé un peu tomber l’écriture (du moins de mon blog) pour concevoir des personnages de marionnettes.
    Tiens, dans la série des coïncidences amusantes, en voici une concernant le film Adaptation. Dans ce film, Jonze parle d’un scénariste (joué par Nicolas Cage) et des problèmes de la création littéraire. Or il se trouve que ce scénariste a notamment participé à l’écriture de Dans la peau de John Malkovich (un autre film réalisé par Spike Jonze). Oui, fiction et réalité sont bien mélangées. Et quelle est la profession du personnage du film Dans la peau de John Malkovich ?
    Marionnettiste de rue, tiens donc...


    Dimanche, le 23 février 2003
    Aviez-vous déjà songé à réenchanter le monde ?
    La semaine dernière, Francis Valéry, monsieur Passeport-pour-les-étoiles (le guide de lecture en science-fiction de Folio SF) était présent à Lyon. Avons eu le plaisir de passer quelques agréables soirées en sa compagnie. Il nous tarde de le voir terminer Le Talent ressuscité (la suite du Talent assassiné)...
    Hier soir, sur France Culture, l’émission "Mauvais Genres" était dédiée à André-François Ruaud et à la fantasy.
    André-François, c’est le "capitaine" de la Gang, c’est l’auteur d’un roman de polar-fantasy (Des ombres sous la pluie), d’un guide de lecture en fantasy (Cartographie du merveilleux, en Folio SF), du Dictionnaire féerique (aux Éditions de l’Oxymore), d’essais (en particulier sur Arsène Lupin) ainsi que de nombreuses nouvelles puisant aussi bien dans les domaines de la science-fiction, du fantastique que de la fantasy ou du polar, c’est un anthologiste et le directeur de la plus vieille revue française sur la science-fiction et la fantasy Yellow Submarine qui fêtera, au mois de mars, ses vingt ans !
    André-François Ruaud, en qualité de docteur es fantasy national, nous a parlé pendant une heure avec passion des créatures du monde de la Faërie, ces petits êtres présents dans toutes les cultures traditionnelles, apparus dans l’imaginaire populaire à des âges divers (certains, tels ceux retrouvés auprès des gangs de Miami, sont étonnamment très récents), animés de bonnes ou mauvaises intentions envers les humains.
    Instructif aussi, de voir que les représentants du christianisme, et du catholicisme en particulier, se sont opposés au petit peuple de Faërie, une culture (ou une religion, ou un imaginaire) cherchant à en remplacer une autre.
    Personnellement, je suis assez peu sensible aux écrits du domaine de la fantasy. André-François a expliqué que les amateurs de science-fiction et de fantasy ne sont pas les vraiment mêmes : en général, les premiers ont plutôt une culture scientifique et s’intéressent à la science, à la technologie et aux répercussions sociales qu’apporte le progrès, les seconds sont plutôt amateurs de jeux de rôles (Donjons et Dragons est un univers de fantasy archétypal) et cherchent à "réenchanter" le monde... Ah, je suis rassuré : en tant que chercheur, je suis naturellement enclin à préférer la science-fiction, d’autant que j’ai un solide enracinement dans le christianisme qui me rend imperméable aux (autres) superstitions.
    Pour ceux qui ont manqué ce grand moment de radio samedi soir, vous avez une deuxième chance : l’émission peut être écoutée sur le site de "Mauvais Genres" (attention, les sept premières minutes sont consacrées à l’émission précédente "Chassé-croisé").


    Dimanche, le 16 février 2003
    Avirtuel sur la vie réelle
    [Message personnel à la personne qui se connecte assez régulièrement depuis Stanford.edu... Allez, Nono, reviens sur la liste de diffusion de la Gang ! C’est frustrant de te voir disparaître (joli paradoxe) à chaque fois que la discussion devient intéressante. Fin du message perso.]
    Nouvelles de ma vie d’enseignant-chercheur. Catégorie "avenir". Je suis officiellement qualifié aux fonctions de maître de conférences en informatique. Youpi ! Maintenant, va falloir s’accrocher dans la course aux postes...
    Nouvelles de ma vie d’enseignant-chercheur. Catégorie "recherche". J’ai reçu les retours du comité de rédaction d’une revue scientifique internationale au sujet d’un article dont je suis le premier signataire. Youpi ! Mon papier est accepté. Rien de méchant à corriger sur le plan scientifique, par contre je vais devoir trouver un native English pour régler les problèmes de langue.
    Nouvelles de ma vie d’enseignant-chercheur. Catégorie "enseignement". Après discussion avec la responsable du cours du module dont j’ai en charge les travaux dirigés, j’ai indiqué à mes étudiants de maîtrise que je ne leur demanderai pas de me rendre un projet, ces derniers (qui sont très occupés par leur stage) en ont déjà réalisé un en licence. J’ai fait cette annonce en regardant une partie de ma salle de TD et je me suis retourné vers l’autre. Un peu trop vite. Du coup, j’ai vu une étudiante (fort charmante, ma foi) qui faisait mine de m’embrasser (« M’sieur, on vous adore ! »). Elle est devenue rouge de confusion. Ah, finalement, il en faut peu pour être aimé... (euh, youpi ?)
    Nouvelles littéraires. Le numéro 29 de Bifrost est enfin arrivé dans ma boîte aux lettres. Avec les excuses d’Olivier Girard pour le retard sur une feuille cartonnée qui n’est autre que la pub pour la Cité du Soleil (et autres récits héliotropes) du frangin Ugo. Déjà presque terminé de lire la revue. Parmi les fictions, une très chouette novella de Claude Ecken. Et un compte-rendu très personnel des Utopiales de Nantes par Francis Valéry, alternant avec des passages de son roman à venir, le Talent ressuscité, la suite du Talent assassiné. D’ailleurs Francis doit arriver à Lyon ce soir. La semaine prochaine, il est prévu de passer quelques soirées sympas en sa compagnie.
    Nouvelles de ma vie d’être humain. Catégorie "douleur". Je ne sais comment, je me suis fait mal à l’index gauche, juste en dessous de l’ongle. Ce n’est qu’un bobo ridicule, qui a à peine saigné, qui a presque cicatrisé maintenant mais qui fait toujours mal. Et qu’est-ce que c’est gênant ! Je me sens vraiment handicapé de la main gauche. Je viens enfin de comprendre l’histoire du supplice chinois qui consistait à introduire des aiguilles brûlantes à cet endroit. Brrrr...
    Nouvelles de ma vie de célibataire. Catégorie "Saint Valentin". Vendredi soir, avec mon copain PYM et quelques autres, nous avions prévu de terminer la soirée dans un bar après notre habituelle balade en roller hebdomadaire, une sorte d’anti-Saint-Valentin entre potes. Tout était prévu, nous avions l’intention de nous affubler de signes distinctifs tels que des "cœurs à prendre" avec des planches anatomiques de l’organe en question ou des gros cœurs avec un ange descendu par sa propre flèche. Pas de très bon goût, certes, mais il faut bien ça pour lutter face à la mièvrerie de ce jour. Et finalement, rien de tel n’a été fait... PYM est retombé dans une phase down, il n’est pas venu à la rando roller, j’ai essayé de l’appeler mais le message sur son répondeur donne une bonne idée de son humeur noire... PYM, arrête de te regarder le nombril, c’est pas parce que tu t’es fait plaquer qu’il faut faire croire à tout le monde que tu vas te suicider (tu nous fais le coup tous les deux mois).
    Nouvelles cinématographiques. Catégorie "horreur". J’ai vu Le Cercle-The Ring de Gore Verbinski. Au début, j’ai eu peur... mais peur que le film soit un navet car il commence comme un de ces films pour adolescents au scénario sans surprise. Mais passées les dix premières minutes où une jeune fille raconte à sa meilleure amie une légende urbaine sur laquelle repose l’histoire, le film démarre comme une enquête journalistique avec un oppressant fond fantastique. Pas du grand cinéma, certes, mais le film remplit son rôle : j’étais calé au fond du fauteuil, la trouille au ventre.
    Nouvelles citoyennes. Catégorie "je milite". Samedi, 14 heures, place Bellecour. Manifestation contre la guerre en Irak. Bizarre. Pas vraiment de musiques ou de slogans (contrairement aux manifs anti-FN auxquelles j’avais participées). Une manifestation "pacifique", dans tous les sens du terme. J’ai retenu ce message, bien trouvé, écrit sur une pancarte : « Bush, si tu veux du pétrole, viens le chercher sur nos plages ».


    Jeudi, le 26 décembre 2002
    Ah, virtuels dédales !
    Aujourd’hui, c’est la Saint-Étienne, aussi vais-je vous parler d’un auteur stéphanois : Jean-Jacques Girardot.
    Jean-Jacques est un auteur que j’apprécie tout particulièrement, aussi bien pour ses écrits dont les thématiques me parlent vraiment (peut-être parce qu’il est aussi docteur en informatique), que pour ses compétences scientifiques (nos laboratoires ont des projets en commun), que parce qu’il s’agit de quelqu’un de tout simplement attachant.
    Auteur des Pages Françaises de Science-Fiction, vous pouvez voir Jean-Jacques Girardot aux conventions et festivals de science-fiction, en barbe et lunettes, des airs de Pierrot lunaire et de Professeur Tournesol, souvent accompagné par un elfe blond qui n’est autre que son fils.
    En 2001, lors des Utopiales de Nantes, Jean-Jacques a remporté le prix Alain Dorémieux qui récompense un jeune auteur en lui permettant de publier son premier ouvrage.
    C’est ainsi que nous avons eu la chance de voir arriver dans nos librairies son recueil de nouvelles de science-fiction : Dédales virtuels, publié en 2002 aux Éditions Imaginaires sans frontières.
    Petite précision : en près de 300 pages, le livre Dédales virtuels ne retrace pas une histoire de transformation maçonnique.
    Pas compris ?
    OK, je reprends : le livre des dalles virent truelles ne retrace pas une histoire de transformation maçonnique. Oui, Jean-Jacques, comme la plupart des membres de la Gang, est un expert en jeux de mots. Mais bon, j’assume l’entière culpabilité et paternité de celui-ci.

    Les Dédales virtuels s’ouvrent par "Voyageurs", une nouvelle initialement parue dans Escales sur l’horizon (anthologie de Serge Lehman publiée en 1999 chez Fleuve Noir). Dans ce texte qui retrace un premier contact avec une entité extraterrestre, Jean-Jacques évoque la vie d’une scientifique à la recherche d’un sens à sa vie, quête douloureuse de l’amour et de la vérité.

    La nouvelle "l’Éternité, moins la vie", déjà parue dans Cyberdreams n°10 (1997), s’inscrit dans la thématique du "brain-downloading" chère à l’auteur australien Greg Egan. Dans ce texte, la scientifique Helen Palmer cherche à sauver sa fille sous une forme électronique. Il s’agit d’une très belle illustration des positionnements juridiques et scientifiques de notre temps à l’éternel « qui suis-je ? » métaphysique quand l’entité en question est une intelligence artificielle.

    La nouvelle "Sur le seuil", parue dans la revue Galaxies n°4 (1997), est une autre réponse à cette question, lorsque la copie électronique d’un être décédé, à travers ses propres doutes, diverge de l’original.

    "Gris et amer" est une nouvelle inédite en deux parties traitant non plus du "Soi" mais de "l’Autre". Dans la première partie, intitulée "les Visiteurs de l’éclipse", une bande de copains nostalgiques des Beatles mènent un périple en France pour voir la fameuse éclipse totale qui s’est produite à la fin du XXe siècle. À cette occasion, ils découvrent une étrange substance grise et amère, offrande de l’Autre.
    La seconde partie, intitulée "l’Adieu aux étoiles", se déroule quelques années plus tard dans un monde post-cataclysmique. Roger, rescapé de la bande, apprend à accepter ces fameux visiteurs.
    Jean-Jacques Girardot a réalisé une étude approfondie de son texte ici.

    "L’Humain visible" est un texte paru dans l’anthologie de Stéphane Nicot Hyperfuturs en 2000 (hors série de la revue Galaxies). Thomas, un informaticien travaillant sur le projet "Visible Human" découvre que la plate-forme informatique sur laquelle un être humain a été numérisé à des fins de simulation est dotée d’une intelligence artificielle. Une relation ambiguë se noue entre Thomas et l’IA.

    "L’Instant d’éternité", autre nouvelle inédite, parle d’un être sensible qui veut sauvegarder pour toujours un instant précieux passé avec celle qu’il aime et qui est condamnée. Mais qui est-il réellement ?

    "Simon et Lucie, une romance", nouvelle déjà publiée dans Étoiles vives n°5 (anthologie de Gilles Dumay parue en 1998 chez Bifrost/Eacute;toiles vives) est une histoire d’amour amère sur fond de nanomachines censées rendre le quotidien plus merveilleux.

    La nouvelle "le Mouton sur le penchant de la colline", parue dans Escales 2001 (anthologie de Sylvie Denie parue au Fleuve Noir), est ma nouvelle préférée du recueil.
    Pourquoi ?
    Parce que la première fois que je l’ai lue, dans Escales, j’ai trouvé qu’il s’agissait là d’un très grand texte, un de ceux qui vous marquent et qui font que vous n’oublierez jamais plus l’auteur, un de ces textes trop rares qui vous obligent à faire un break et qui, même si vous êtes un dévoreur de livres, vous empêchent de passer aux suivants, tant les personnages, les situations et les idées sont fortes.
    Dans "le Mouton sur le penchant de la colline", un journaliste et "valideur d’informations" s’intéresse à la neuroprogrammation qu’aurait employée Sadam Hussein entre 2025 et 2030. Cette enquête et d’autres sur le sujet de la neuroprogrammation vont peu à peu impliquer ce personnage de manière bien plus profonde...
    À noter, dans ce texte, le docteur Helen Palmer, de "l’Éternité, moins la vie", fait une brève apparition.

    "Le Jeu de la Création", dernière nouvelle du recueil, est un inédit traitant d’une société d’insectes pensants. L’héroïne, Akeyliah, dirige son petit monde, cherchant à faire le bien de son monde en lui cachant une terrible vérité. Jusqu’à quand cette despote y parviendra-t-elle ?

    Les Dédales virtuels, ce sont les labyrinthes de l’esprit quand celui-ci est artificiel ou transformé par des nanomachines.
    Dédales virtuels, c’est l’ouvrage de Jean-Jacques Girardot, un petit bijou littéraire à acquérir et à lire d’urgence par quiconque s’intéresse aux grandes questions humaines portant aussi bien sur l’identité, sur l’estime de soi, sur le sens de la vie ou sur l’autre.
    Dédales virtuels, c’est de la science-fiction intelligente, ambitieuse, sans doute exigeante, mais c’est surtout, derrière le virtuel et l’artifice, l’humain à venir...


    Mardi, le 3 décembre 2002
    A vision of the future
    Samedi soir, je suis allé à la nuit de la science-fiction d’Oullins (dans le sud de Lyon). Très intéressant.
    Tout d’abord, un documentaire intitulé Robot Sapiens avec des interviews de chercheurs d’équipes toulousaine et parisienne ainsi que d’un Gérard Klein en pleine forme (non, pas l’instit’, Klein, c’est l’auteur de S.-F. et directeur de la collection Ailleurs et Demain, chez Robert Laffont).
    Surprise, Gérard Klein profère des propos virulents à l’encontre de l’intelligence artificielle, la considérant, grosso modo, comme une escroquerie intellectuelle.
    Après le documentaire, Klein, présent dans la salle, confirme ses propos, proposant de se référer à sa préface d’Excession de Iain M. Banks et se lance dans le jeu des questions-réponses...
    Une intervention venue du milieu de la salle. Un jeune homme prend le micro et se présente en tant que chercheur en intelligence artificielle (Klein avec un sourire : « Ah, il fallait bien que ça arrive ! ») et comme amateur de science-fiction (Klein : « Merci ! ») et auteur à ses rares moments de temps libre. Le chercheur tient à préciser que ce dont Gérard Klein parle, et dont le documentaire a fait état, était de robotique et de vie artificielle et non réellement d’intelligence artificielle. Il indique aussi que des travaux en intelligence artificielle ont produit des réalisations concrètes... En réponse, Klein poursuit sur ses critiques de l’intelligence artificielle "forte", parlant des positions défendues par des chercheurs hyper-médiatisés tels que Hugo de Garis (auteur d’une interview parue dans le Monde, le 9 novembre 1999).
    Le chercheur en IA répond à Klein que de Garis n’est pas un chercheur considéré par ses pairs mais qu’il s’agit de quelqu’un de complètement allumé...
    Finalement, Klein et le chercheur tombent plus ou moins d’accord sur les limites de l’intelligence artificielle dans sa version forte et conçoient que le terme "intelligence artificielle" est sans doute assez malheureux.
    Ah oui, j’ai oublié de préciser, le chercheur en IA, c’était moi...


    Vendredi, le 29 novembre 2002
    Avibus secundis
    L’Université vient de me faire parvenir les retours de mes rapporteurs accompagnés de l’autorisation officielle de soutenance de thèse. Les rapports de ces deux grands chercheurs qui ne me connaissaient pas auparavant (ce n’est pas un jury de complaisance) sont très positifs et indiquent qu’ils ont lu avec attention ma thèse, mettant fort justement en valeur les qualités de mon travail et faisant un ensemble de remarques pertinentes. Ainsi avais-je bien raison d’annoncer que j’allais être docteur dans mon premier post sur ce weblog : connaissant le professionnalisme et l’exigence de mon chef, celui-ci ne m’aurait pas laissé soutenir ma thèse s’il n’avait pas été satisfait de mon travail de recherche et de la rédaction de mon manuscrit.
    Joie !
    La soutenance de ma thèse se présente ainsi sous d’heureux auspices...
    Cependant, même si je n’ai même pas de corrections à apporter à mon document, le week-end prochain s’annonce pourtant chargé : j’ai un article pour une revue à boucler (avant lundi) tout en espérant pouvoir aller à la manifestation Rifl Art fiction de Villeurbanne (samedi), à la nuit de la science-fiction d’Oullins (dans la nuit de samedi à dimanche) et voir (dimanche) mes amis de la Gang...
    Bon, je me reposerai (sur mes lauriers) quand je serai mort.


    Mardi, le 19 novembre 2002
    Avyrel Sifranc (et trois sous...)
    Le Talent assassiné est le dernier roman de Francis Valéry, publié dans la collection "Lune d’Encres" de Denoël (Paris).
    Francis est un auteur de science-fiction, mais pas seulement. Il est aussi critique et essayiste (il a écrit de nombreux bouquins pour les fans des séries télévisées, ainsi qu’un "guide de lecture" SF), auteur pour la jeunesse, éditeur de la revue CyberDreams (hélas disparue aujourd’hui), musicien, bref, un véritable homme-orchestre...
    Ce qui le caractérise ? Pour avoir un peu discuté avec lui, je dirai : l’identité d’artiste. Cela agace parfois certains, cette façon d’être et de se dire "je ne suis pas comme tout le monde". Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, mais surtout qu’on ne l’ignore pas. Et Francis ne passe pas inaperçu : c’est un colosse habillé de noir, longs cheveux bruns (avec parfois des ajouts capillaires), ongles souvent vernis de noir, bagues gothiques, parfois du maquillage. Quant à ses propos, il masque une grande sensibilité par des avis provocants et des prises de position jusqu’au-boutistes.
    Voilà pour le personnage. Quant au Talent assassiné, c’est un roman plus ou moins autobiographique, une somme de réflexions sur l’identité d’auteur et le milieu de l’édition, une enquête policière faisant figure de quête de soi, avec un humour proche du "grand" Desproges.
    Qui plus est, pour ceux qui connaissent un peu le fandom SF, c’est vraiment à mourir de rire car toute ressemblance avec des personnages existants n’est pas que pure coïncidence.
    Un texte décalé, désopilant, délicieux.

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    >>> Science–fiction
    De tout ce qui a trait au genre artistique qui incorpore dans son imaginaire des réflexions scientifiques (plus ou moins poussées). Par excès, si on considère que les mythes et la magie peuvent tenir lieu de science, peut englober le genre fantasy.
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    >>> Sculptures / Arts plastiques
    Taille de pierres ou modelage, mais aussi peinture, architecture, etc. Expositions. Vernissages. Musées.
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    >>> Textes de fiction
    Productions littéraires personnelles, de la short short story à la nouvelle.
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    >>> Tranches de vie
    Impressions à la première personne.
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    >>> Travaux d’écriture
    Au sujet de l’art d’écrire, que ce soit sous forme romanesque, documentaire ou émotionnelle. Travaux personnels d’écriture en cours. Réflexions d’amis auteurs.
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    >>> Vie professionnelle
    Au sujet de mon travail d’enseignant-chercheur.
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